Arbres sur le cours Saint-Pierre, à Nantes. / Photo : Creative commons - Pymouss44

N’y aurait-il pas un peu de “greenwashing” dans les propositions écolos des candidats nantais ?

Question posée par Dominique sur Veracités : « Les mesures concernant la nature en ville reviennent souvent pendant la campagne à Nantes. Il y a une sorte de surenchère de tous bords notamment sur le nombre d’arbres à planter. Ces mesures sont-elles sincères ? Peut-on parler pour certains de greenwashing ? »

Bonjour,

La végétalisation urbaine, et plus généralement l’écologie, sont en effet des thèmes centraux de la campagne électorale. À Nantes, comme un peu partout ailleurs, les propositions sur la place et le rôle de la nature en ville affluent. Cette considération portée à la question écologique par les différents candidats reste relativement nouvelle, ce qui interroge parfois sur la part d’opportunisme qu’elle recèle. Le « greenwashing » ou écoblanchiment, vise à améliorer l’image écologique des candidats, via des propositions parfois trompeuses ou purement cosmétiques. Si nous ne nous lancerons pas dans une tentative d’évaluation de la sincérité des candidats, nous pouvons néanmoins vous apporter quelques éléments de réponses, en ce qui concerne notamment les promesses des candidats en matière de plantation d’arbres.

Un premier point : si la situation est évidemment perfectible, Nantes semble en la matière avoir un peu d’avance sur le reste des grandes villes françaises. Selon l’Observatoire des villes vertes, établi tous les trois ans par l’Unep (Union nationale des entreprises du paysage) et Hortis (une organisation regroupant les responsables d’espace nature en ville), la ville se classe deuxième en 2020 au niveau national, devancée par Angers. C’était déjà le cas dans le précédent palmarès, en 2017.

Inflation galopante de la plantation d'arbres

Comme vous le faites remarquer, cette situation plutôt enviable n’a pas empêché les candidates de multiplier les promesses sur le sujet, notamment celles concernant les arbres. Johanna Rolland promet ainsi la plantation de 25 000 nouveaux spécimens dans la ville durant le prochain mandat. Laurence Garnier, quant à elle, veut même monter jusqu’à 110 000 en 10 ans. Soit, comme pour la police municipale, un quasi doublement des effectifs…

Car selon les services municipaux que nous avons interrogé, Nantes compte déjà environ 150 000 arbres dans l’espace public. Soit environ 1 arbre pour 2 habitants. Un rapport à peu près équivalent à celui de Rennes mais supérieur à ceux que l’on enregistre à Toulouse (1 pour 2,4), Strasbourg (1 pour 3,3) ou encore Nice (1 pour 5,1). Des données qu’il faut toutefois nuancer, le décompte étant différent d’une ville à l’autre.

Mais les arbres ne sont pas les seules mesures proposées par les candidates. L’écologiste Julie Laernoës indique, par exemple, vouloir consacrer un milliard d’euros à la transition écologique durant les six prochaines années. Son plan ne concerne évidemment pas uniquement les arbres (dont le nombre de plantation n’est pas chiffré), mais aussi les transports, le vélo, l’aménagement de la ville, la création d’un service public de l’énergie ou la rénovation énergétique. Un projet très ambitieux quand on sait que le budget annuel de la ville de Nantes s’élève à environ 500 millions d’euros.

De son côté la candidate LREM, Valérie Oppelt, a attiré l’attention en proposant « la plantation de onze mini-forêts dans chacun des onze quartiers de Nantes. » Derrière cette mesure, une association : Mini Big Forest. Cette dernière œuvre pour planter des forêts de 300 arbres sur l’équivalent de 6 places de parking, tout en mobilisant les habitants. Un petit coté « strat-up » qui a du taper dans l’œil des Marcheurs. « Nous souhaitons mettre en place une trajectoire de neutralité carbone, et c’est en plantant ces mini-forets – qui permettent d’en absorber – que ça commence », justifie Caroline Jolly-Augereau, l’une des co-listières macronistes.

Des "mini-forêts" pas si efficaces

Jim Bouchet, président et co-fondateur de Mini Big Forest ne semble pourtant pas en promettre autant. « Nous avons démarré ce projet car nous avons été séduits par la méthode Miyawaki, venant du Japon, explique-t-il à Mediacités. Ces forêts permettent de restaurer les sols, mais absolument pas de compenser la part de CO2, il faut rester réaliste. » Les mini-forets permettraient, en 3 ou 4 ans, de reconstituer des sols en plantant, de manière dense, des espèces adaptées au terrain et au climat. Ce que confirme Stéphane Delevallade, vice-président d’Hortis, l’association des directeurs d’espaces verts, qui a lancé un projet similaire à Reims. « Cela permet également de créer des îlots de fraîcheur dans la ville, des endroits de respiration », ajoute-t-il.

Plus encore, Jim Bouchet et Stéphanie Saliou, co-fondatrice de l’association, ont souhaité se lancer dans l’aventure pour les liens qu’elle crée avec les habitants, une manière de les sensibiliser à la nature. C’est d’ailleurs cette dimension du projet qui a séduit Johanna Rolland, l’actuelle maire de Nantes et candidate à sa réélection. Eh oui : le projet soutenu par la candidate En Marche existe déjà à Nantes, où deux de ces mini-forêts ont été plantées. D’autres seraient encore à venir. « Nous sommes tout de même les seuls à en proposer dans chaque quartier », se défend la colistière de Valérie Oppelt, Caroline Jolly-Augereau. Elle-même avait contacté Mini Big Forest, afin de faire adhérer ses créateurs au programme de Valérie Oppelt. « Nous avons été contactés par plusieurs listes, mais nous avons refusé à chaque fois, confirme Jim Bouchet. Nous n’avons aucun accord avec des candidats, nous souhaitons juste travailler avec les municipalités pour porter notre projet. »

Penser à trente ans plutôt qu'à la fin du mandat

« Si les personnalités politiques s’emparent de ces sujets, c’est bon signe. Mais il faut qu’il y ait un vrai projet à long terme derrière », souligne le vice-président d’Hortis, Stéphane Delevallade. Afin que ces mesures écologiques ne soient pas simplement de la « com’ », il faut réfléchir à un réel schéma de développement, sur plusieurs dizaines d’années. Le retour de la nature en ville constitue à présent une réelle demande des populations, et un réel besoin au regard des enjeux sanitaires et climatiques. « Trop longtemps, on a été dans la nature gadget », déplore Jean-David Abel, vice-président de France Nature Environnement. Il pointe notamment une certaine végétalisation des rues, dont la seule finalité est souvent l’esthétisme. Les espaces naturels manquent selon lui de liens, afin de développer la biodiversité.

Pourtant la trame verte et bleue, existant à Nantes, est censée assurer ces connexions. Ce schéma articule les différents espaces de végétalisation et les cours d’eau afin, justement, de faire vivre la biodiversité. « Il n’y a pratiquement pas de villes en France qui aient une vraie logique d’aménagement pour promouvoir cette biodiversité, constate Jean-David Abel. Planter en quantité ne signifie pas pour autant être efficace pour améliorer les conditions de la nature en ville. » Une stratégie complexe qui se heurte souvent aux besoins en logement en transport, très gourmands en espace. Est-il encore possible, selon lui, de changer de logique ? Oui, mais à condition de faire vite et de viser loin. « Si on mettait en place un plan de développement cohérent aujourd’hui, il faudrait qu’il s’étale jusqu’en 2040-2060. » Une réflexion à - très - long terme qui se fait plutôt rare au sein des différents programmes électoraux et qui va bien au delà du nombre d’arbres plantés.

Romain Bizeul

Posez-nous vos questions


Les dernières réponses de Veracités