Wilfried Van Liempd (au centre), directeur de campagne d'Eléonore Revel (à gauche à l'arrière-plan), candidate RN aux municipales à Nantes. Octobre 2017 / Capture du compte twitter du RN 44

L’embarrassant directeur de campagne d’Éléonore Revel, candidate Rassemblement National à Nantes

Question de Frédérique sur Veracités : Un tweet souligne des liens entre le RN à Nantes et des groupuscules d’extrême droite aux actions violentes. Qu’en est-il réellement et qui est le directeur de campagne d’Eléonore Revel, Wilfried Van Liempd qui semble impliqué ?

Bonjour,

Publié le 24 février dernier, la série de tweets que vous mentionnez évoque effectivement des liens entre la liste d’Éléonore Revel et un groupuscule aux actions violentes, nommé « Arsouille Naoned ». Se présentant comme un « Independent Open-Source Investigator » spécialisé sur l’extrême droite, soit un enquêteur utilisant des données en libre-accès sur Internet, Sébastien - @primeralinea sur le réseau social – s’est appuyé sur des vidéos et des photographies de manifestations pro et anti-PMA ayant eu lieu devant la préfecture de Loire-Atlantique, le 1er décembre dernier. Pour rappel, ce jour-là, la situation dégénère entre les deux camps et une militante LGBTQ est agressée physiquement et légèrement bléssée selon Ouest France. De fil en aiguille, des liens sont établis, via la reconnaissance des individus violents sur les images. Un homme y est notamment identifié comme portant un tatouage de rune d’Odal, un symbole néonazi. Parmi les autres individus présents, on retrouve également Wilfried Van Liempd, directeur de campagne d’Eléonore Revel et numéro 2 sur la liste Rassemblement national à Nantes.

D’après @primeralinea, les deux personnes se retrouveraient également sur une photographie revendiquant « l’agression sur la page Facebook "Ouest Casual" » pour le groupuscule « Arsouille Naoned ». Par ailleurs, une autre photographie identifie clairement Éléonore Revel en compagnie des mêmes personnes. Un fait que la candidate à la mairie de Nantes ne nie pas : « Les photos sont là, oui nous étions à la manifestation mais nous ne sommes pas responsables des autres personnes présentes ! », explique-t-elle à Mediacités.

Pour le reste, la tête de liste du RN balaye tout d’un revers de main. « Ce sont des informations totalement erronées », assène-t-elle, quelque peu agacée. Même son de cloche du côté de Wilfried Van Liempd, également questionné par Mediacités : « J’étais présent mais je n’ai pas donné de coups. » Une chose que le tweet n’affirme pourtant pas.

Un directeur de campagne qui joue de la matraque

Les liens entre la liste du RN et le groupuscule - qui aurait également revendiqué la vandalisation de la fresque réalisée en hommage à Steve, sur un mur du quai Wilson - ne peuvent être assez clairement établis pour affirmer une proximité. L’enquête utilise d’ailleurs le conditionnel afin de le souligner. L’occasion pour Éléonore Revel de dénoncer une « décrédibilisation ciblée ». « Mais ça ne prend plus, je reçois énormément de messages de soutien, les gens ne sont pas dupes », avance-t-elle.

Depuis la publication de la série de tweets par @primeralinea, nombre d’éléments auparavant présents sur les réseaux sociaux ont été supprimés. Mediacités a tout de même cherché à remonter le fil afin de vous répondre.

Artisan de métier, Wilfried Van Liempd, 47 ans, est également directeur de la campagne d’Éléonore Revel et se situe en deuxième position sur sa liste. S’il se définit lui même comme un « militant du peuple européen », Nicolas Bay, eurodéputé et numéro 2 du parti d’extrême-droite le qualifiait « d’homme de terrain », lors du meeting d’Éléonore Revel à Nantes, le 4 mars dernier. Qu’entendait-il par là ? « Un profil terrain c’est quelqu’un qui fait tout, qui va tracter, qui fait son propre site internet, etc. Nous avons tous ce profil au RN, c’est ce qui nous différencie des autres partis », nous explique Éléonore Revel. Comme nous le décrivions, dans le cas de Wilfried Van Liempd, un « homme de terrain » est également quelqu’un qui n’a pas peur de sortir sa matraque pour faire reculer « l’agresseur » en cas de tensions avec des syndicalistes et des manifestants Antifa.

« Mettre des claques aux gauchos »

Interrogé par Mediacités, un ancien responsable du Rassemblement National en Loire-Atlantique donne une autre définition du terme. « J’avais l’impression d’avoir affaire à quelqu’un plus intéressé par le fait de mettre des claques aux gauchos que par la politique », confie-t-il à propos de Wilfried Van Liempd. Un sentiment que partage Alain Avello, ancien du RN et désormais membre des Patriotes, le parti fondé par Florian Philippot. « Alors que j’étais secrétaire départemental du FN, on m’a proposé que Wilfried Van Liempd devienne chef du service d’ordre, raconte l’ex-membre du parti de Marine Le Pen. J’ai demandé à Philippe Vardon – qui le connaissait – son avis sur la question et il m’a dit de me méfier de lui car c’était "un homme aux multiples visages". » Des déclarations qui résonnent d’autant plus quand on connaît le passé du « désormais repenti » Philippe Vardon, créateur de Génération Identitaire et condamné en 2008 pour incitation à la haine raciale.

Jugé trop “limite” et trop sulfureux, « Wilfried Van Liempd n’avait jamais vraiment été utilisable avant », déclare un ancien membre du parti. Ce à quoi Éléonore Revel répond : « Il était candidat aux départementales en 2015 donc c’est faux. Personnellement je suis très contente de l’avoir à mes côtés. Je l’ai souhaité et il fait du très bon travail. » Proches, la tête de liste RN et son directeur de campagne font de la boxe thaï ensemble comme nous l’a confirmé ce dernier.

Très critique sur l’immigration, Wilfried Van Liempd en a fait un cheval de bataille et s’insère parfaitement dans la ligne de son parti. Parfois par le biais d’actions plutôt musclées. Revenons en novembre 2016, à Arzon, dans le Morbihan. Le 10 novembre, une femme de 67 ans est agressée sexuellement par un mineur de 16 ans. Il s’agit d’un migrant soudanais, hébergé dans le centre de vacances de la commune suite au démantèlement du camp de migrant de Calais. « La dame et le jeune ont échangé des banalités avant que ce dernier ne lui donne un baiser. Après cinq baisers, la femme, excédée, s'est dégagée. Le jeune lui a alors touché le sein gauche, avant de mimer une masturbation et de s'enfuir. La victime n'a pas eu peur mais a porté plainte », raconte alors le procureur de la République de Vannes à l'AFP.

Manifestations identitaires

Il n’en faut pas plus pour que les groupuscules identitaires s’en emparent et alimentent la rumeur d’un viol. Quelques jours plus tard, à l’appel de ces mêmes groupuscules identitaires, une manifestation anti-migrants à lieu sur le lieu d’hébergement des migrants, qui va vite déraper. Entre slogans racistes et anti-migrants, Wilfried Van Liempd filme et diffuse en direct sur l’application Périscope avec son compte personnel. Une vidéo toujours présente sur le réseau social où l’on peut entendre l’actuel directeur de campagne d’Éléonore Revel lancer des slogans tel que « Vos femmes sont les prochaines ! » Des éléments que confirme une vidéo du Télégramme, où l’on observe Wilfried Van Liempd lancer ce slogan (à 2’30’’) bonnet noir sur la tête, le téléphone à la main.

Capture Periscope Wilfried Van Liempd
Capture du compte Periscope de Wilfried Van Liempd, directeur de campagne d’Éléonore Revel à Nantes (RN).

Après l'affrontement avec les forces de l’ordre, deux personnes vont être condamnées pour violences ou dégradation. Toujours suite aux mêmes évènements, mais plus récemment, un autre individu a été interpellé pour menace de mort à l’encontre du maire d’Arzon, pour l’accueil qu’il propose aux réfugiés. Le lendemain de la manifestation, dans Ouest France on pouvait lire : « Le Front National, par la voix de son leader régional, Gilles Pennelle, a refusé de s'associer à cette manifestation. Agnès Richard, conseillère régionale du groupe y était cependant, pancarte à la main. » Wilfried Van Liempd également, lui qui avait été candidat aux départementales une année plus tôt comme l’a rappelé Eléonore Revel.

Quelques mois plus tôt, en 2015, l’action « On ferme », regroupe plusieurs groupuscules pour des actions anti-migrants. Leur méthode : coller des serrures de locaux d’associations d’aide aux migrants et les taguer. Selon une de nos sources, cette action émanerait directement de l’actuel directeur de campagne. « C’est de la diffamation ça », rétorque-t-il aussitôt. Il indique avoir soutenu l’action mais ne jamais y avoir pris part. « Ce sont des choses répréhensibles, que je condamne », indique-t-il, sans prendre la peine de dissimuler son ton ironique.

Romain Bizeul

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