Vue sur le théâtre Graslin, une fois le rideau d'eau démonté. / Photo : Antony Torzec.

Oui, le rideau d’eau du Voyage à Nantes semble bien avoir abîmé le théâtre Graslin

Question d’Émile à Veracités : « J’ai entendu dire que le Rideau d’eau qui avait été installé sur le théâtre Graslin cet été avait causé des dommages au bâtiment. Est-ce bien le cas et si oui de quelle nature ? »

Graslin nuit
Le - splendide - rideau d'eau installé sur le théâtre Graslin durant le Voyage à Nantes. / Photo : Antony Torzec

Au nombre de photos publiées sur les réseaux sociaux, « Le Rideau » de Stéphane Thidet déployé sur la façade du théâtre Graslin a battu tous les records. Il faut dire que les moyens n’ont pas manqué pour rendre cette œuvre spectaculaire. Sur le péristyle de l’édifice du XVIIIe siècle, l’artiste a imaginé une immense cascade incessante venant frapper dans sa chute les marches du théâtre. L’eau s’écoulait ensuite dans un immense bassin conçu comme une extension de l’édifice. Effet garanti… jusqu’au démontage de l’œuvre et la découverte d’importantes traces d’infiltration d’eau sur le mur de la façade et sur quatre colonnes corinthiennes. 

Face aux inquiétudes de passants, Le Voyage à Nantes répond fin septembre dans les colonnes de Presse-Océan qu’un simple « nettoyage a été prévu » et qu’il « ne s’agit pas de dégradations ». Même réponse de la mairie lorsque le sujet s’invite au conseil municipal de Nantes deux semaines plus tard. La conseillère municipal LREM et députée Valérie Oppelt questionne alors l’adjoint au Patrimoine Olivier Château : « Nous avons récupéré le théâtre Graslin dans un état catastrophique. Quels sont les dégâts et qui va payer ? »

Graslin
Les traces laissées par le rideau d'eau sur la façade du théâtre Graslin. / Photo : Antony Torzec

Après avoir rappelé que ce Rideau avait été l’une des œuvres les plus plébiscitées de cette édition 2020 du Voyage à Nantes, l'adjoint de Johanna Rolland admet que des mousses et des traces d’humidité ont été constatées à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de l’édifice. Quant à la remise en état, « le protocole précis d’intervention sera décidé le 13 octobre lors d’une réunion entre la ville, le Voyage à Nantes et la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) ».

« Rumeurs », dit le Voyage à Nantes. Vraiment ?

Au lendemain de cette réunion, le 14 octobre, le Voyage à Nantes s’empresse d’envoyer un communiqué de presse aux médias. Qu’on se le dise : « Le bâtiment n’a pas subi de dégradations. A l’inverse des rumeurs en cours (sic), l’exploitation de l’œuvre n’a entraîné aucune infiltration mais une humidification superficielle de la pierre ». Le communiqué poursuit en précisant : « Il a été convenu qu’un temps complémentaire devait être respecté avant une intervention de nettoyage, afin de permettre l’évaporation des résidus d’eau présents sur les pierres ». Fermez le ban, il n’y a rien à voir !

Graslintraces2
Une colonne du théâtre Graslin endommagée par le rideau d'eau du Voyage à Nantes. / Photo : Antony Torzec.

Puisque ces dégradations sur le théâtre Graslin ne sont que « des rumeurs », Mediacités a interrogé la DRAC, chargée de la protection et de la surveillance des monuments historiques. Propriété de la mairie, le théâtre Graslin est en effet inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1998. De ce fait, c’est la DRAC qui a donné son accord au montage de l’œuvre Rideau. Et surprise : la réponse à notre sollicitation n’est pas vraiment identique aux conclusions du communiqué de Voyage à Nantes.

Pour la DRAC, « il a été constaté des désordres causés par l'eau. Un architecte du patrimoine va être mandaté par le Voyage à Nantes pour réaliser une étude et suivre les travaux de remise en état ». « Remise en état », les mots sont lâchés. L’édifice du XVIIIe siècle, classé monument historique, a bien subi des dégradations pendant la présentation de l’œuvre Rideau. La DRAC va même jusqu’à pointer le responsable : « Une protection totale des colonnes, de l'emmarchement, du sol, du mur et des huisseries du péristyle avait été demandée. Les prescriptions demandées n'ont pas été respectées. » Le Voyage à Nantes n’aurait donc pas rempli ses obligations en matière de protection de l’édifice.

Les prescriptions de la DRAC pas respectées

Le permis de construire délivré par la mairie de Nantes pour l’installation de l’œuvre comportait effectivement un accord de la DRAC. Sous réserve de prescriptions ! Et la première phrase de ces obligations était sans équivoque : « L’attention la plus grande devra porter sur les effets de l’eau sur l’édifice ». Les prescriptions du service de l’État énuméraient ensuite les protections à mettre en place notamment sur l’ensemble des colonnes. Des prescriptions pas toutes respectées. Ainsi, le sol et le mur du péristyle ainsi que quatre des douze colonnes corinthiennes n’ont reçu aucune protection contre les éclaboussures d’eau.

Capture préconisations
Les préconisations de la DRAC avant l'installation du rideau d'eau sur le théâtre Graslin.

La DRAC a-t-elle contrôlé le dispositif de protection avant la mise en eau ? Si oui, pourquoi l’a-t-elle autorisée ? A ces questions, la DRAC répond en renvoyant la balle vers le maître d'ouvrage, soit le Voyage à Nantes. « La DRAC n’ayant pas été associée aux réunions de chantier, il n’a pas été possible de réaliser le contrôle scientifique et technique », nous écrit son service communication.

Reste que ses prescriptions allaient jusqu’à demander l’arrêt complet de la chute d’eau « en cas de vent susceptible de rabattre la chute vers les colonnes ». Ce qui a été le cas à plusieurs reprises, sans que la théâtrale chute d'eau soit interrompue. Difficile probablement pour le Voyage à Nantes de stopper pour quelques heures l’une des œuvres les plus plébiscitées du parcours 2020…

Travaux et débat d'assureurs en perspective

Des travaux de remise en état, établi par un architecte du patrimoine, vont donc être nécessaires. Qui va devoir sortir le portefeuille ? Comme la plupart des incidents sur des monuments historiques, il faut s’attendre à un bras de fer avec les assurances. Une chose est sûre : le Voyage à Nantes s’était engagé auprès de la ville de Nantes à « restituer les lieux dans leur état initial », comme le montre le document ci-dessous. 

Capture contrat NM VAN
Extrait du contrat liant Nantes Métropole et le Voyage à Nantes.

Il s'était également engagé à souscrire un contrat d’assurance pour couvrir les éventuels dommages.

Capture assurances
Extrait du contrat liant Nantes Métropole et le Voyage à Nantes. Où il est question d'assurance.

Mais l’assurance acceptera-t-elle de rembourser des travaux dont la responsabilité des dégâts revient à Voyage à Nantes pour ne pas avoir suivi les prescriptions de la DRAC ? Les services juridiques des uns et des autres vont s’activer dans les prochaines semaines…

Le Voyage à Nantes n’a pas répondu favorablement à notre demande d’interview considérant qu’il « n’avait pas plus d’éléments à nous donner que ceux énoncés dans le communiqué de presse du 14 octobre ». A notre demande d’interview, la DRAC a répondu par un mail comportant les réponses à nos questions. Quant à la mairie de Nantes, elle nous a transmis le permis de construire, document public.

Avatar de Antony Torzec
Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).

Posez-nous vos questions


Les dernières réponses de Veracités