Entrée de la "Maison du peuple", ancien collège Notre-Dame-du-Bon-Conseil, à Nantes. / Photo : Thibault Dumas

Quel avenir pour le site stratégique du Bon-Conseil, occupé par la “maison du peuple”, à Nantes ?

Questions à Veracités de Jean-Paul Huard, ancien adjoint à la maire de Nantes et conseiller métropolitain du groupe Écologistes et citoyens : « L’ancien collège Notre-Dame-du-Bon-Conseil, derrière la place Graslin à Nantes, est aujourd’hui occupé par « la maison du peuple ». Qu’est-ce qui est prévu dans ce lieu ? Pourquoi la Ville n’utilise-t-elle pas son droit de préemption en laissant les promoteurs décider de l’utilisation de ce lieu aussi stratégique ? Quelles priorités pour la ville ? Si le préfet décide d’évacuer les lieux, où seront relogés les 80 résidents et associations accueillis ? Qu’en est-il du dialogue citoyen dans ce dossier ? »

Bonjour Jean-Paul Huard,

Nous tenons d’abord à vous remercier pour cette série de questions. Nous apprécions qu’un ancien conseiller municipal et métropolitain fasse appel à Mediacités pour obtenir des réponses sur un dossier municipal. Sans doute le signe qu’un certain flou demeure autour de l’avenir de ce bâtiment emblématique. Un flou qui, malgré nos recherches, n’est pas encore totalement dissipé. Voici néanmoins ce que l’on peut en dire à l’heure actuelle.

Ce collège Notre-Dame-du-Bon-Conseil de l’enseignement catholique a accueilli des élèves au cœur de Nantes jusqu’en 2013. Vide depuis plusieurs années, il a été mis en vente par son propriétaire, la fondation La Providence. Depuis octobre 2019 et l’expulsion de la « Maison du peuple » de la rue Jules-Ferry dans le quartier Doulon, les bâtiments de plusieurs milliers de mètres carrés sont occupés illégalement par des dizaines de personnes : migrants, SDF, militants gilets jaunes, associations, etc. D’autres collectifs utilisent également les bâtiments comme local ou pour des rencontres, à l’image du mouvement politique Nantes en commun.e.s. Lors du début de l’occupation, la Fondation La Providence, qui gère les biens immobiliers du diocèse de Nantes avait porté plainte contre X pour « intrusion dans les bâtiments et dégradation ».

La vente repoussée en septembre 2021

Quel avenir pour ce bâtiment ? Au début de l’année 2019, une promesse de vente a été signée entre la Providence et un consortium de promoteurs immobiliers, principalement Eiffage et Bâti-Nantes. Depuis, la signature effective a été reportée à deux reprises en raison des discussions avec la mairie non finalisées. L’acte notarié est prévu à présent pour septembre 2021. Le projet immobilier, baptisé Biloba Plaza, prévoit de construire en lieu et place de ce collège, « 4 000 m2 de commerces, 3 500 m2 d’appartements haut de gamme et 500 places de parking », ainsi que l’indique le site internet du projet.

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Image de synthèse du projet Biloba Plaza, tel qu'affiché sur son site. - Socri Reim

Aucun permis de construire n’a jusqu’ici été déposé en mairie. Les services municipaux et les promoteurs étudient toujours le dossier qui doit correspondre aux objectifs du PLUM (Plan local d'Urbanisme Métropolitain) et aux critères du PSMV (Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur du Secteur Sauvegardé). Comme dans le cas de la plupart des projets immobiliers de grande ampleur, les discussions achoppent notamment sur la quantité de logements sociaux prévus.

Les logements sociaux au cœur des discussions

Si l’on en croit les engagements du PSMV établis en 2015, ce programme immobilier (qui fait uniquement mention « d'appartements haut-de-gamme ») se doit de prévoir au moins 20% de logements sociaux. « La nouvelle équipe municipale teintée plus verte semble vouloir en imposer davantage », explique à Mediacités l’un des partenaires de l’opération. Et ce pourcentage a de l’importance : plus la mairie exige de logements sociaux moins l’opération immobilière est rentable. Notamment dans le centre-ville. Le prix final de ce site dépendra donc de ces échanges entre la mairie et les promoteurs.

Ainsi que vous le faites remarquer, sur ce site stratégique situé en plein centre-ville à quelques centaines de mètres de la place Graslin, la mairie pourrait effectivement utiliser son droit de préemption urbain. En d’autres termes, acheter le terrain en lieu et place du promoteur, pour y développer le projet de son choix. Interrogée par Mediacités, elle nous répond que « juridiquement, si la vente n'est pas engagée, le droit de préemption ne peut être enclenché. “La Providence” est toujours aujourd’hui propriétaire. » Ce qui, nous en convenons, ne répond pas à la question de savoir si elle a l’intention de le faire jouer une fois la vente engagée. Là-dessus, nous n’en saurons pas plus.

Rien de prévu pour les occupants

La Ville, en lien avec l’État, « a ouvert la possibilité de construire sur ce site pour contribuer à la dynamique du centre-ville ». Dans ses réponses à Mediacités, la mairie de Nantes ajoute qu’« un dialogue est en cours avec le propriétaire, le potentiel acquéreur et les occupants mais le projet n’est pas abouti, ce qui explique que le permis de construire n’a pas encore été déposé ».

En cas d’évacuation des lieux, « la vulnérabilité des personnes sur place doit être prise en compte, notamment au titre de la mise à l’abri et de l’hébergement d’urgence » ajoute la mairie de Nantes. Qui s’empresse d’ajouter « ces questions incombent à l’État dont c’est la compétence ». La fondation La Providence quant à elle se dit « extrêmement attentive à l’avenir des occupants en situation de détresse ». La moindre des choses pour une fondation qui dépend directement de l’évêque de Nantes…

Antony Torzec

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).

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