Le siège du Conseil départemental de Haute-Garonne, à Toulouse / © Gael Cérez

À quoi servent les conseillers départementaux de Haute-Garonne ?

Question d’Andreas, à Balma : « Concrètement, que font les  conseillers départementaux quand ils sont élus ? »

Bonjour Andreas, merci pour votre question qui nous permet d’éclairer le rôle méconnu des élus du conseil départemental alors que ce scrutin pourrait battre des records d’abstention cette année, à en croire le directeur général de l’Institut de sondage Ifop, Frédéric Dabi, sur France Info.

Pour comprendre à quoi servent les conseillers départementaux de Haute-Garonne, nous avons interrogé plusieurs d’entre eux. Seuls Jean-Baptiste de Scorraille, élu Les républicains dans le canton Toulouse 10 (ouest toulousain et Balma) et Arnaud Simion, élu socialiste dans le canton Toulouse 7 (à cheval entre nord de la Toulouse, L’Union et Balma) nous ont répondus.

Parmi les 15 vice-présidents du Département , Arnaud Simion est chargé de la protection de l’enfance. « Tous les lundis matins, je fais un point précis de fond sur l’ensemble des dossiers qui sont en cours. Le lundi est consacré à l’étude des dossiers, des emmerdements, et à la veille législative, explique-t-il avec sa gouaille particulière. On travaille des dossiers assez complexes comme le schéma départemental de l’enfance. On a des rencontres régulières avec l’ensemble des partenaires, dont les associations qui accueillent les 8 000 jeunes pris en charge par le Département. Il y a également tout le travail qui est fait avec la préfecture, notamment sur la question des 800 mineurs non accompagnés. » Au-delà de ce « lundi matin un peu chargé », l’élu est présent au conseil départemental « deux ou trois fois par semaine ». Le reste de son temps, il le partage entre son travail sur le terrain et son mandat de premier adjoint de la commune de Colomiers. « Mes semaines sont très chargées. J’ai des réunions le soir, des permanences le week-end, ajoute-t-il. J’essaye de ne pas trop rester dans un bureau et de passer 50 % de mon temps sur le terrain pour suivre les effets des politiques publiques. C’est comme ça qu’on se rend compte des conneries qu’on fait, ou des choses bien qu’on fait. »  

L'amour du terrain

Adversaires politiques, les deux hommes s’accordent sur l’importance du terrain à leurs yeux. « Notre rôle de conseiller départemental est un rôle de relai de proximité pour qu’on puisse apporter, même dans l’opposition, notre aide aux élus municipaux et à la population », estime Jean-Baptiste de Scorraille, par ailleurs adjoint au maire de Toulouse, et conseiller métropolitain.

Un rôle de proximité que confirme Héléna Zarifi, chargée de développement dans  l’association Sozinho, gérant l’espace culturel de quartier « La passerelle Negreneys » dans le quartier du même nom. « On a pu bénéficier de l'aide des élus du Département pour se présenter à des appels à projets, et pour obtenir des financements afin d'agrandir nos locaux. On est beaucoup en contact avec Anne Boyer (élue PS, NDLR), qui s’occupe des affaires culturelles. Et puis, on a pu se mettre d’accord pour obtenir des agréments comme le label Calme, ou pour aider des jeunes à obtenir de l’aide de la part du fonds d’aide aux jeunes qui a été mis en place par le Département », illustre-t-elle, satisfaite de l'accompagnement reçu.

Quand ils ne sont pas sur le « terrain », les élus travaillent en commission. Sauf que, selon l'opposition, la majorité n'y serait pas très partageuse. « Je regrette que l’équipe de Georges Méric ne nous donne pas plus voix au chapitre », déplore Jean-Baptiste de Scorraille, qui assure pourtant ne pas être dans l’obstruction systématique. « Avec ma binôme [Sophie Lamant, NDLR], nous votons tout ce qui va dans l’intérêt général de notre canton, comme pour l’installation de la caserne de pompiers boulevard d’Atlanta, à Toulouse, ou l’ouverture d’un second collège à Balma », liste-t-il.

Un « mauvais procès » selon Arnaud Simion qui jure avoir « beaucoup vu mes collègues de l’opposition à l’occasion des commissions ». « Dans les secteurs où je travaille, j’associe toujours l’opposition. J’ai beaucoup travaillé avec Sophie Lamant qui siégeait au conseil d’administration du centre départemental de l'enfance et de la famille, le foyer d’urgence de la protection de l’enfance », précise-t-il.

39 % de cumulards en Haute-Garonne

Au-delà cette petite polémique, les deux hommes se retrouvent sur un autre point commun : ils cumulent leur mandat départemental avec un mandat municipal. Ces deux élus ne sont pas des cas isolés. 39 % de leurs collègues sont dans la même situation. Un score plutôt bas comparé à d’autres territoires. À l’échelle de la Région Occitanie, la proportion atteint 70 % et dans le Département du Nord, elle est de 91,5 %.

« Je pense que c’est important d’avoir aussi un échelon local. Cela nous permet d’être au plus près des habitants. Tous les cantons de notre commune sont liés à la métropole. Ça nous permet de pouvoir agir au plus près et de bien connaître les problématiques de nos maires », argumente Jean-Baptiste de Scorraille. Argumentaire similaire côté socialiste. « Cela ne me pose aucun problème. Ce ne sont pas des mandats nationaux, s’exclame Arnaud Simion. C’est un mandat local, extrêmement complémentaire du mandat municipal. »

Ce cumul de mandats peut cependant avoir des effets négatifs, notamment sur l’absentéisme des élus. « Nous avons des pénalités sur nos indemnités, si nous manquons trop de commissions », reconnaît Jean-Baptiste de Scorraille, même si le Département ne rend pas publiques ces données. Ailleurs en France, la situation diffère. Ainsi, le Val-de-Marne publie chaque année les taux de présence des élus, et réduit leur indemnité en fonction des absences.

Au-delà du cumul de fonctions, les deux hommes cumulent aussi les indemnités. En tant que simple conseiller départemental, Jean-Baptiste de Scorraille touche une indemnité de base de 2 722 euros brut par mois. Ajoutée à celles de Toulouse et Toulouse Métropole, il empoche au total 5 373 euros brut par mois. Arnaud Simion perçoit, quant à lui, 3 800 euros brut mensuellement en tant que vice-président, soit 5 083,5 euros brut au total, grâce à sa casquette columérine. Selon l’Insee, le salaire médian se situe autour de 2 035 euros en Haute-Garonne.

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