Dans un bureau de vote français. // Photo : Creative Commons by Rama

Régionales 2021 : pourquoi les résultats des instituts de sondage à 20 heures sont-ils si précis ?

Question de Claire, de Blagnac (Occitanie) : « À 20 heures pétantes, les instituts de sondage ont donné Carole Delga victorieuse alors que les derniers bureaux de vote venaient juste de fermer. Comment font-ils pour être si précis, alors que les résultats officiels ne sont pas encore rendus publics ? »

Bonjour Claire, et merci pour votre question.

Dans la région où vous avez élu résidence, le 20 juin à 20 heures, les premières estimations de l’Ipsos / Sopra Steria ont placé Carole Delga, présidente sortante de la région Occitanie, en tête du premier tour, avec 39,5 % des voix. Le candidat du Rassemblement national (RN), Jean-Paul Garraud, est arrivé deuxième, avec 22,8% des suffrages. Vous l’avez remarqué, ces pourcentages sont, à peu de choses près, presque similaires aux résultats officiels donnés par le ministère de l’Intérieur (39,57% pour Carole Delga et 22,61% pour Jean-Paul Garraud).

Même son de cloche dans les autres régions métropolitaines, comme en Pays de la Loire, où le ministère de l’Intérieur et l’Ipsos ont tous deux placé Christelle Morançais en première position avec 34% des voix. Alors, comment se fait-il que les deux pourcentages soient si proches ?

Des résultats estimés sur du concret 

Rien d’étonnant selon Viviane Le Hay, ingénieure de recherches CNRS au centre Emile Durkheim à Sciences Po Bordeaux. La méthodologie utilisée par les instituts de sondage pour donner leurs premières estimations ne dépend pas des humains, mais « de vrais objets », c’est-à-dire des bulletins de vote. Les décomptes sont effectués à partir de la fermeture des premiers bureaux de vote à 18 heures, puis à 19 heures. La méthode d’échantillonnage permet donc d’estimer les premiers résultats à 20 heures, même si les bureaux ferment au même moment dans certaines grandes villes. Ils sont ensuite réévalués en fonction des urnes dépouillées dans les bureaux de vote restants. 

Seule difficulté, et pas des moindres : constituer un échantillon représentatif des bureaux sélectionnés, alors que certains sont encore ouverts. Un mystère, car aucune précision n’est apportée sur le site de l’Ipsos quant à la méthodologie utilisée. Un « secret industriel » pour la chercheuse, mais dont les grandes lignes sont pourtant connues. Les sondeurs font donc attention à la géographie (ville urbaine ou rurale), mais aussi aux résultats des élections antérieures. « Certains bureaux sont connus pour avoir une certaine stabilité politique, et voter historiquement pour un parti ou pour un autre. D’autres, au contraire, sont assez représentatifs du résultat national obtenu », développe Viviane Le Hay. Enfin, une attention est portée aux profils socio-démographiques des bureaux sélectionnés. Cette méthode permettrait donc de réduire la marge d’erreurs. « On entre vraiment dans la loi des probabilités », conclut la chercheuse.

La méthodologie des instituts de sondage n’est pourtant pas infaillible et peut comporter quelques couacs, comme celui qui s’est glissé dans les résultats donnés par l’Ifop / Fiducial sur TF1 pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca). À 20 h, les téléspectateurs se sont étonnés de voir Renaud Muselier (LR) arriver en tête des élections sur TF1, alors que France 2 le plaçait derrière Thierry Mariani (RN). Une erreur corrigée par la suite par l’institut de sondage. Au final, c’est bien Thierry Mariani qui est arrivé premier, avec 36,38 % des voix.

Une marge d’erreur plus importante pour les autres sondages

Deux semaines avant le premier tour, les sondages donnaient pourtant une tout autre couleur à ces élections. Dans la région Occitanie, l’Ipsos plaçait même le candidat du RN en première position, avec 33 % des suffrages, devant Carole Delga. Une erreur qui n’est pas propre aux Occitans. Le score du Rassemblement national a été largement surestimé dans d’autres régions, comme dans les Hauts-de-France, où Sébastien Chenu était crédité à 32% (contre 24,4 % obtenus au premier tour). 

Contrairement aux estimations données le jour même, les sondages d’intention de votes ne sont, logiquement, pas effectués sur la base de bulletins réels, mais sur les dires des citoyens. Ce qui entraîne certaines difficultés et biaisent les résultats. « Au fur et à mesure que le temps passe, l’humain peut changer d’avis, ce qui amène donc des nuances avec les pourcentages donnés par les instituts de sondages », souligne Viviane Le Hay. 

Et si d’autres facteurs peuvent brouiller la précision des estimations, la chercheuse accorde une importance particulière à « la désirabilité sociale » : « Les personnes interrogées travestissent leur comportement pour correspondre à ce qu'elles pensent être la norme sociale. Avant, on assumait peu de voter pour le Front national (devenu Rassemblement national, NDLR). Maintenant, c’est l’abstention qui est difficile à estimer. » Ce serait surtout ce facteur là qui justifierait les ratés des sondages sur le intentions de vote, d’après Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut de sondage Ipsos. Invité de France Inter le 21 juin, il a tenu à se défendre : « Nous avions annoncé une abstention record, historique, de 60 %, et elle est de 66 %. Tout part de là. »

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