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Ce qui s’est passé

« Ouf ! », Bénédicte Vidaillet, coprésidente de l’association PARC (Protection aménagement réappropriation collective de Saint-Sauveur), est soulagée. Voilà trois ans qu’elle se bat contre le projet de réhabilitation de la friche Saint-Sauveur mis au point par la ville de Lille et validé par les élus métropolitains. Ces derniers jours, tout s’est accéléré : mardi 21 septembre, elle a reçu « des conclusions encourageantes » de la part du rapporteur public, qui préconisait l’annulation de deux délibérations métropolitaines cruciales pour l’avenir de projet. C’est donc assez sereine qu’elle s’est rendue à l'audience du tribunal administratif ce jeudi.

Devant le tribunal, à midi et demie, des opposants au projet se sont rassemblés à l’appel des associations. Parmi eux, des représentants politiques, comme Stéphane Baly, co-président du groupe d’opposition municipal Lille Verte et conseiller métropolitain, ou encore le député du Nord (LFI) Adrien Quatennens. Les prises de paroles s’enchaînent, des applaudissements fusent. « On croise les doigts ! », s’exclame Bénédicte Vidaillet.

Bénédicte Vidaillet, coprésidente de l'association PARC, lors du rassemblement organisé avant l'audience du tribunal administratif. Photo : Brianne Cousin

PARC et ASPI (Association pour la suppression des pollutions industrielles) ont déposé des recours contre le projet, qui prévoit notamment la création de 2 400 logements, d’une piscine olympique et d’un parc de 3,4 hectares sur l’espace Saint-Sauveur. Pour justifier de son utilité, la Métropole européenne de Lille (MEL) soulignait en 2018 « l’envergure de la crise » du logement. « Il faut construire plus, un habitat plus mixte et plus durable. »            

« Avec cet argument, on va construire sur la citadelle ! », s’agace Bénédicte Vidaillet. Les opposants au projet lui reprochent principalement son impact sur la qualité de l’air et de l’eau et regrettent la disparition d’espaces naturels dans une ville qui en manque déjà cruellement. « Ce projet ne répond pas aux urgences. L’actualité nous donne raison », martèle Stéphane Baly. En France, Lille est l’une des villes les plus touchées par les « îlots de chaleur urbains » , selon une analyse de Franceinfo ; 88% des Lillois seraient concernés par ce phénomène.           

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Quel est l’objet de la plainte ?

Les associations ont déposé plainte contre deux délibérations métropolitaines déclarant le projet d’utilité générale. « L’utilité générale, c’est une sorte de bilan coûts-avantages. Si un projet d'urbanisme est désigné comme tel, le Plan local d’urbanisme [PLU] peut être modifié pour permettre le début des travaux », explique l’avocate Muriel Ruef, qui défend les protestataires.

Le 15 juin 2018, les élus de la MEL - à l’exception des Verts - ont voté en faveur de ce projet. Une décision immédiatement suivie d’un recours en référé des associations pour bloquer la mise en œuvre de la délibération et d’un autre pour questionner le fond du projet. La délibération est ainsi gelée jusqu’à ce que le tribunal administratif se prononce. Un an plus tard, après une étude d’impact complémentaire, les élus métropolitains déclarent à nouveau le projet d’utilité générale. Rebelote. Les associations déposent alors deux nouveaux recours.

C’est donc sur le fond que l’audience du 23 septembre a débattu. Le rapporteur public a souligné, à de nombreuses reprises, les irrégularités et les inexactitudes émanant des études d’impact de la MEL. Il a donc confirmé sa position concernant les deux délibérations. Un autre sujet, celui de la compatibilité du projet avec la loi sur l’eau, a également été soumis à l’appréciation du juge. Le rapporteur public a demandé « un sursis à statuer ». Concrètement, explique Muriel Ruef, « il souligne des irrégularités mais propose de laisser huit mois pour régulariser la situation ». Ce qui impliquerait de repartir à zéro en faisant une nouvelle étude d’impact et donc une nouvelle enquête publique.

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En parlera-t-on encore la semaine prochaine ?

Le projet Saint-Sauveur n’est pas près d’arrêter de faire parler de lui. Prochaine étape : le jugement du tribunal administratif, le 14 octobre prochain. « La plupart du temps, le juge suit l’avis du rapporteur public », observe Muriel Ruef. Pour autant, la bataille juridique est loin d’être terminée. « Qui dit jugement dit possibilité d’appel », souligne Stéphane Baly. « On va voir s’ils [la mairie et la MEL] atterrissent sur terre », glisse Bénédicte Vidaillet de l’association PARC. En cas de jugement défavorable à leur cause, les opposants au projet ont d’ores et déjà annoncé qu’ils feront appel. Contactées par Mediacités, la métropole et la mairie ne se sont pas encore prononcées à ce sujet. Mais l’avocat de la MEL, Thibault Soleilhac, précise : « Le rapporteur public s’est prononcé sur l’irrégularité de la procédure, pas sur la teneur de l’intérêt général. »

En attendant, les conclusions du rapporteur public semblent déjà constituer une grande victoire pour les opposants au projet. « Ça fait trois ans et demi qu’on se bat contre la ville et la MEL. C’est pour nous une étape énorme. On est tous bénévoles, c’était David contre Goliath ! », applaudit Bénédicte Vidaillet. Même soulagement du côté de Stéphane Baly : « On voit que le passage en force, ça ne fonctionne pas. Quand le politique est défaillant, il reste la voie juridique. Qui, aujourd’hui, semble donner raison aux citoyens. »

Cet article concerne la promesse :
« Ouverture d’une piscine olympique métropolitaine à Saint-Sauveur »
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