C’est par un simple mail confidentiel daté du 9 avril dernier, signé par une obscure « Communication interne pour le Directoire et le Comité de Direction », que les salariés de Milan Presse * ont appris la suppression de 27 emplois (avec les retraites anticipées) dans le cadre des 59 postes visés dans le plan social CAP29 annoncé par le groupe Bayard, le 9 avril.
La suppression de 10 % des effectifs de Milan Presse (260 employés) s’accompagne de l’arrêt brutal d’un titre et d’une collection de romans adultes. Yam Yam, successeur de Géo Ado disparaît après neuf mois d’existence. La collection « After Midnight », dont le premier titre devait partir à l’impression le 21 mai, ne sortira jamais, Bayard s’inquiétant de « risques réputationnels ».
Cela faisait un an déjà que la rumeur d’un plan de sauvegarde de l’empoi (PSE) courait, pourrissant l’atmosphère au sein de Milan, les salariés étant laissés dans le flou sur le contenu exact du CAP29. Depuis quelque temps, l’ambiance est « délétère et sent le marasme », confie un salarié, avec « de plus en plus de bureaux vides ».
Un proche de Stérin
Certains estiment qu’ils sont dirigés par des « marketeurs » qui « vendraient des chaussures, ce serait pareil. » Il faut rappeler ici que le Directoire du groupe Bayard est présidé depuis 2024 par François Morinière, passé par Monsanto, Cointreau, puis l’Équipe (2008–2014) où il avait également lancé un PSE. Il est par ailleurs directeur du « Fonds de dotation de La Nuit du Bien Commun » créé par le milliardaire ultra‐conservateur Pierre Edouard Stérin.
On se souvient aussi que François Morinière avait fait appel, en novembre 2024, au sulfureux ex‐bras droit de Stérin, Alban du Rostu, pour le seconder à la tête de Bayard avant de reculer devant la première grève de l’histoire du groupe de presse.
Dans le courriel annonçant les suppressions de postes, le groupe Bayard se félicite de l’acquisition de 95,01 % des actions du parc d’attraction breton, Kingoland, dans le Morbihan. Un investissement de 1,2 million d’euros a minima, qui fait grincer des dents chez Milan Presse.
Les élus du personnel regrettent d’avoir dû batailler, l’ordre du jour du CSE étant confidentiel, pour avoir quelques précisions sur le plan de compétitivité CAP29. L’impression d’être méprisés est renforcée par l’envoi par mail aux élus Milan des livres I et IV du PSE, copiés/collés de ceux destinés aux élus Bayard.
Un plan encore flou
A ce stade, les employés de Milan à Toulouse n’en savent pas beaucoup plus sur les services visés par les licenciements. Dans un deuxième courriel, daté du 19 mai, la direction évoque notamment « cinq projets de réorganisation, susceptibles d’entraîner vingt suppressions de postes, la mise en œuvre de quatre modifications contractuelles (…) ». Le tout, en toute transparence, comme s’en vante le premier courriel.
Une transparence toute relative, puisque les élus doivent s’engager à la confidentialité. Les parties du PSE concernant les risques psycho‐sociaux ont même été filigranés aux noms des élus afin de décourager toute fuite.
Alors que les risques psychosociaux sont déjà élevés du fait des incertitudes, la crainte que ce PSE ne soit pas le dernier d’ici 2029 n’incite pas vraiment les salariés du fleuron toulousain de la presse jeunesse laïque à la confiance.
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