La mairie de Treillières, en Loire-Atlantique. / © Photo : Guillaume Frouin

A Treillières, le ras le bol du personnel communal face aux affaires et à l’instabilité politique

A Treillières, au nord de Nantes, un nouveau conseil municipal « extraordinaire » doit se tenir ce lundi 13 septembre. Objectif : trouver des remplaçants à Jérôme Amiaud et Pascal Lavéant, qui avaient porté à huit, en juillet 2021, le nombre de démissions parmi les adjoints au maire Alain Royer. On le sait d’ores et déjà, la tâche sera difficile, les candidats ne se bousculant pas au portillon.

En attendant, le « malaise » du personnel communal lié à cet important turn-over perdure : selon nos informations, une cinquantaine d’agents – sur environ 130 – ont pris part jeudi 9 septembre 2021, pendant trois heures, à une « réunion d’information » organisée par leurs représentants du personnel. A l’issue, ils ont adressé un mail collectif à l’ensemble des conseillers municipaux – opposition comprise – pour témoigner de leur « mal-être au travail ».

« Grosse volonté » de débrayer ou de faire grève

« Plus de 50 agents (…) étaient présents (…) pour témoigner des dysfonctionnements importants de la part de vous, élus, engendrant des conséquences directes pour les services et les personnels municipaux& », écrivent-ils dans ce courriel que Mediacités a pu se procurer. Ils n’en peuvent plus de ce « manque de confiance de la part des élus » à leur égard, de cette « instabilité politique (…) qui perturbe [leur] quotidien (…) avec des changements permanents de décisions » ou encore « des idées et des discours contradictoires entre élus ».

« L’incapacité pour certains élus à respecter leurs rôles et leurs émotions envers les agents » est également pointée du doigt. Du coup, la « démotivation » gagne le personnel communal, qui se dit « incapable à continuer de travailler dans ces conditions » alors que de « nombreux départs (…) liés au contexte » sont déjà déplorés. Les salariés de la commune veulent donc, dans un premier temps, que les élus « engagent le plus rapidement possible une démarche d’amélioration des conditions de travail actuelles ».

Ce mail collectif pourrait toutefois n’être que la première pierre d’une fronde plus marquée. « Il y a une grosse volonté de faire un mouvement, que ce soit un débrayage ou une grève, si la situation ne s’améliore pas dans les prochains mois », confie à Mediacités Fabrice Bouron, le secrétaire départemental du syndicat Force ouvrière (FO) Services publics et Santé, qui a assisté à cette réunion. La « participation très forte » est d’ailleurs inédite à Treillières, selon lui. « Toutes les directions étaient représentées, on avait même des chefs de service », souligne-t-il. « Alors que d’habitude, dans ce genre de réunions, on n’a que deux ou trois membres d’un service qui debriefent ensuite à leurs collègues, on avait cette fois-ci cinq, six ou sept personnes d’un même service ! Toutes avaient besoin de s’exprimer, on sentait que ça leur faisait du bien. »

Un malaise « profond »

La situation de la commune de Treillières reste ainsi « rare », de son point de vue, en Loire-Atlantique. « Bien souvent, ce genre de situation s’arrange avec le dialogue, mais là ça perdure », déplore Fabrice Bouron. « Lors du premier mandat d’Alain Royer [2014-2020], ça se passait à peu près bien, mais ça a commencé à se dégrader avec le départ de la première adjointe [Catherine Cadou en octobre 2020 suite aux premières révélations de Médiacités, ndlr]. Depuis, c’est l’enchaînement : souvent, quand vous montez une liste aux municipales, les premiers élus sont bien formés mais les autres ne le sont pas forcément... »

Sollicitée par les élus de l’opposition, inquiets du « malaise profond des agents », la conseillère municipale déléguée aux ressources humaines préfère elle positiver : le taux d’absentéisme à la commune de Treillières est passé de 7,65 à 6,21 % entre 2020 et 2021, note ainsi Valérie Robert. Et il reste « inférieur à la moyenne nationale ». Depuis la « fin mai », l’élue fait d’ailleurs en sorte de « rencontrer un maximum d’agents » pour détecter « les éventuelles souffrances au travail ». Une « éventualité » qui ressemble plutôt à une réalité.

Mise à jour du 16 septembre 2021 à 07h30 : Lors du conseil municipal du 13 septembre, le maire de Treillières, Jean Royer, a minimisé l'impact de la grogne sociale dans les services. Il y a « très peu » de gens « qui se plaignent », a-t-il affirmé. Réaction immédiate des représentants du personnel qui, le soir même, faisait part dans un communiqué de presse de leur « colère », leur « incompréhension » et leur « écœurement ».

Autre surprise, le conseil municipal a entériné le retour dans l'équipe Royer de Jean-Marc Colombat, éphémère adjoint chargé de l'urbanisme au début de mandat, et qui avait été écarté par le maire suite aux révélations de Mediacités sur des suspicions de conflit d'intérêt. L'entrepreneur est en effet l'un des fournisseurs de la ville, a qui sa société a notamment vendu des systèmes d'éclairage public.


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