Sur le "parc éolien le plus étudié de France", à Nozay, entre Nantes et Rennes. / Photo : Thibault Dumas

À Nozay, un lien « hautement improbable » entre les éoliennes et les vaches malades, estime l’Anses

Jeudi 16 décembre, la publication d’un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a porté à 27 le nombre d’études réalisées ces dix dernières années sur les troubles mystérieux touchant deux élevages de la commune de Nozay, entre Nantes et Rennes. Depuis la construction du parc éolien des «Quatre Seigneurs» en 2012, trois éleveurs de vaches rapportent une mortalité accrue dans leur troupeau, ainsi que des troubles du comportement et une baisse de la production laitière. Des phénomènes inexpliqués qu’ils attribuent à l'installation d’éoliennes à 700 et 1 300 mètres de leurs fermes respectives.

Une hypothèse que l’Anses vient purement et simplement d’exclure. Saisie en 2019 par les ministères de la Transition écologique et de l'Agriculture, elle conclut son rapport de 250 pages en jugeant « hautement improbable, voire exclue » la responsabilité des éoliennes dans les troubles constatés chez les bovins. Si elle reconnaît que ces troubles sont réels, l’agence estime qu’ils ne sont pas imputables aux « agents physiques » générés par les éoliennes. Qu’il s’agisse des courants [électriques] parasites, des ondes sonores, des vibrations au niveau du sol ou des champs électromagnétiques. « Les niveaux d'exposition à la plupart des agents physiques sont faibles et ne diffèrent pas de ceux rencontrés habituellement dans un élevage », affirment les auteurs du rapport.

Démarche scientifique

Pour sa démonstration, le groupe d’experts mobilisé par l’Anses s’appuie sur la – très rare – littérature scientifique européenne consacrée à l’effet des éoliennes sur la santé animale. Il a également auditionné les acteurs concernés (agriculteurs, exploitant du parc, Enedis) et épluché les 26 études diverses et variées réalisées à Nozay depuis bientôt dix ans, remettant en cause la fiabilité scientifique de bon nombre d’entre elles. « On a également interrogé l'ensemble de nos agences homologues à travers l'Europe, précise à l’AFP, Matthieu Schuler, directeur général délégué du pôle « sciences pour l'expertise » de l'Anses. Aujourd'hui aucun trouble équivalent n'a été rapporté (...) dans une vingtaine de pays d'Europe ».

Concernant la diminution de la quantité et de la qualité du lait comme les troubles de la reproduction et la mortalité chez les bovins, le rapport estime même que « la chronologie des troubles est incompatible avec les périodes de construction et de mise en service du parc éolien ». Une affirmation d’autant plus rude pour les agriculteurs de Nozay, qu’en février dernier, une précédente étude confirmait « la concomitance des troubles intervenus dans les élevages avec la construction du parc éolien », préconisant un arrêt total du parc pendant dix jours afin de réaliser un test. Comme celle de l’Anses, cette étude avait été menée à la demande des ministères de la Transition écologique et de l'Agriculture .       

Amertume des éleveurs

C’est avec amertume que les éleveurs ont accueilli le rapport de l’Anses, ainsi que le rapporte Ouest-France. « Les rapports des géobiologues évoquant des courants vagabonds générés par les câbles sont passés à la trappe », déplore Didier Potiron, tandis que sa voisine, Céline Bouvet, s’insurge de la remise en cause par l’Anses de la qualité du système électrique des exploitations.

De fait, s’il dédouane les éoliennes, le rapport de l’Anses explique que les troubles rencontrés chez les bovins pourraient avoir « d’autres causes », non encore étudiées, malgré l’attention scientifique portée aux deux élevages depuis dix ans. « L’origine de ces troubles requiert une démarche diagnostique claire et rigoureuse dans une approche globale (sanitaire, zootechnique, agents physiques), objective et sans a priori, qui fait défaut dans les deux élevages », affirment les experts, en recommandant de s’intéresser non seulement à l’installation électrique des bâtiments, mais aussi aux méthodes d’élevage.

L’Anses préconise aussi la création d’un protocole standardisé pour établir le plus précocement possible un diagnostic et mettre en œuvre des solutions dans les élevages concernées par ce genre de problèmes. Et appelle à la création d’un observatoire centralisant les signalements d’élevages déclarant des perturbations à proximité des éoliennes. Dix ans plus tôt, voilà qui aurait peut-être pu aider les éleveurs de Nozay. Ces derniers attendent désormais la publication, prévue au plus tard pour juillet 2022, de l’expertise des câbles électriques du site, ordonnée en novembre par le tribunal judiciaire de Nantes. Elle portera à 28 le nombre d’études réalisées sur le site ces dix dernières années…


Nos précédents articles sur le parc éolien de Nozay

 

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer le débat public.

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