«Une actualité en chasse une autre » ; « Les médias zappent les sujets les uns après les autres »... Ces reproches fréquemment entendus sont légitimes. A Mediacités, nous avons à cœur de suivre nos enquêtes. Pour cela, nous publions régulièrement des « compléments d'enquête ». Nous avons aussi décidé pendant cette période de fin d'année de nous replonger dans nos archives avec une question en tête : que s’est-il passé depuis telle ou telle publication ? Cette semaine, nous retournons du côté de la centrale nucléaire du Bugey, de l'aéroport Saint-Exupéry et de l'opéra de Lyon.

I Pollution autour de Saint-Exupéry : le bras de fer entre l’aéroport et les riverains se poursuit

Rappel des faits – « Comme une petite pluie de kérosène », avions nous titré en février dernier. Au nord de l’aéroport Saint-Exupéry, plusieurs riverains constatent depuis des années des traces d’hydrocarbures dans des étangs ou sur des abris de jardin. Pour en avoir le cœur net, l’Acenas (Association contre l’extension et les nuisances de l’aéroport Saint-Exupéry) avait fait analyser des échantillons prélevés dans l’étang d’une éleveuse de chevaux, à Thil, Valérie Pommaz. Conclusion : l’eau contenait des hydrocarbures au profil proche du kérosène. Ces composés pourraient correspondre aux « imbrulés », des résidus d'une combustion incomplète du carburant des aéronefs, phénomène observé après les phases de décollage.

Suite à la publication de notre article, Aéroports de Lyon avait dégainé ses propres analyses et lavé de tout soupçon les avions. Le dossier avait surtout viré à la guerre de communication, comme nous vous l’avions raconté dans un complément d’enquête. L'exploitant n'avait procédé à aucun prélèvement dans l’étang incriminé.

Et depuis ? – Aéroports de Lyon a finalement effectué un prélèvement, au cours de l’été 2019, dans l’étang de Valérie Pommaz. L’expertise précédente sur laquelle l’exploitant avait largement communiqué devenant alors « des résultats préliminaires »... Les nouvelles analyses ont été présentées en commission consultative de l’environnement (une instance où siègent des représentants des collectivités, de la préfecture, de l’aéroport et des associations). Elles concluent à la présence infime d’hydrocarbures.

« Aéroports de Lyon en est ressorti tout propre, peste Valérie Pommaz, or d’une part, ils ont effectué leur prélèvement avec un seau en ratissant largement, alors qu’avec l’Acenas, nous avions prélevé à l’endroit des dépôts observés. D’autre part, il y a bien des hydrocarbures dans mon étang et on ne sait toujours pas d’où ils viennent. » L’association réclame désormais que la préfecture se saisisse du dossier et fasse intervenir la police de l’eau. Elle démarche par ailleurs des laboratoires pour des analyses plus poussées. A coup sûr, les mystérieuses traces d'hydrocarbures s’inviteront de nouveau au menu de la prochaine commission consultative de l’environnement, en janvier 2020.  

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Après le décollage, des résidus d’une combustion incomplète de kérosène peuvent s'échapper des aéronefs. Photo : C.C.

 

II Opéra : Yorgos Loukos condamné en appel pour discrimination, mais toujours à la tête du ballet

Rappel des faits – Peut-on avoir un enfant et danser ? En octobre 2017, Mediacités révélait qu’une danseuse du ballet de l’opéra de Lyon, Karline Marion, avait été remerciée par le directeur de la formation Yorgos Loukos. Le motif : l’artiste était devenue mère. L’affaire avait fait grand bruit dans le petit monde de la danse et de l’art lyrique.

S’en était suivi un procès au terme duquel le patron du ballet, en poste depuis 1991, avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour discrimination et harcèlement. Le dossier contenait un enregistrement, effectué par la danseuse à l’insu de son supérieur, qui ne laissait aucun doute. On y entendait Yorgos Loukos déclarer : « C’est pas entre 35 et 40 [ans] que tu vas faire plus, en plus avec un enfant (…) parce que tu es plus occupée, tu as des choses à faire ». Ou s’agacer de la maternité d’autres danseuses : « On va faire une école maternelle ».

Il avait contesté sa condamnation et l’opéra lui avait conservé sa confiance. « Yorgos Loukos a fait appel. Il bénéficie à ce titre de la présomption d’innocence », défendait dans Mediacités, en mai 2018, le directeur de l’opéra Serge Dorny.  

Et depuis ? – La cour d’appel de Lyon a confirmé, le 11 décembre dernier, la condamnation pour discrimination de Yorgos Loukos. Elle a en revanche écarté les faits de harcèlement. Le directeur du ballet écope d’une amende avec sursis de 1500 euros (contre 5000 euros en première instance) et de 5000 euros de dommages et intérêts à verser à Karline Marion. « Cette condamnation, même si elle reste de l’ordre du symbolique, reste un élément très fort », commente l’avocat de la danseuse Thierry Monod. Yorgos Loukos s’est aussitôt pourvu en cassation. « Il faut reprendre l’ensemble du dossier. On lui a fait dire des choses tout en l’enregistrant à son insu », estime Frédéric Doyez, l’avocat du directeur de la troupe.

Du côté de l’opéra, rien n’a changé… pour le moment. « En lien avec le conseil d’administration, Yorgos Loukos est convoqué à un entretien en vue d’une éventuelle mesure disciplinaire pouvant aller jusqu’au licenciement », nous fait savoir Claire Hébert, la directrice générale adjointe de l’institution. D’après nos informations, la rencontre devrait avoir lieu mi-janvier.

Le syndicat des artistes Snam-CGT réclame le licenciement ou une démission. « Le pourvoi en cassation ne suspend pas la peine. On réclame des mesures disciplinaires, une réponse ferme, le personnel n’attend qu’une chose, c’est qu’il parte, confie le représentant Nicolas Cardoze. Or, il n’a même pas été mis à pied à titre conservatoire. » Deux jours après sa condamnation en appel, Yorgos Loukos emmenait ses danseuses et danseurs en tournée à Cergy-Pontoise et Paris.   

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L'opéra de Lyon. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

 

III Nucléaire : au Bugey, l’hypothèse de réacteurs EPR se précise

Rappel des faits – « Appréhender le contexte foncier » : c’est ainsi qu’EDF présentait ses intentions dans un courrier envoyé l’an dernier aux propriétaires des terrains autour de la centrale nucléaire du Bugey. Mediacités avait mis en lumière les prospections de l’électricien dans un article publié en décembre 2018. Menée conjointement avec la Safer (le gendarme du foncier agricole), la démarche avait mis la puce à l’oreille des associations anti-nucléaire. Celles-ci redoutaient qu’EDF prépare le terrain à l’implantation de futurs réacteurs EPR, comme celui en cours de construction à Flamanville (Manche)… depuis 2007. « Nous préparons différents scénarios d’avenir », se bornait-on à répondre du côté de la centrale du Bugey, volontairement floue sur ses intentions.

https://www.mediacites.fr/enquete/lyon/2018/12/12/au-bugey-un-projet-de-rachat-de-terres-attise-la-crainte-dun-nouvel-epr/

Et depuis ? – La Safer, pour le compte d’EDF, a bouclé son état des lieux des parcelles à proximité du site au courant de l’été 2019. Il reste confidentiel. Mais deux faits sont venus, ces dernières semaines, accréditer l’hypothèse de nouveaux réacteurs au Bugey.

1/ Le 16 décembre, le conseil départemental de l’Ain a voté en assemblée un vœu pour accueillir, sur le site du Bugey, un (voire deux) EPR de seconde génération. La collectivité prend position au nom de l’emploi, du développement économique (« pérenniser une filière industrielle de pointe présente sur le territoire depuis les années 70 ») et… des recettes fiscales. Selon le département, EDF contribue aux finances locales à hauteur de 85 millions d’euros par an.

2/ Quelques jours auparavant, le 25 novembre 2019, le directeur de la centrale Pierre Boyer déclarait devant la Commission locale d’information (l’instance qui réunit l’exploitant, les collectivités et les associations) qu’EDF était « dans une démarche de sécurisation du foncier ». « La durée de vie de nos réacteurs n’est pas éternelle et il faut sécuriser l’activité de production de l’électricité », ajoutait-il, selon les propos rapportés par Le Progrès. Une manière de confirmer, en creux, que de nouvelles piles nucléaires sont bien envisagées, le scénario d’une centrale photovoltaïque ou d’un parc éolien sur les surfaces convoitées étant très improbable, comme détaillé dans notre précédent article.

Officiellement, l’Etat français n’a pas tranché l’épineuse question de construire ou non de nouveaux réacteurs. Mais, en octobre dernier, Le Monde révélait que le gouvernement avait demandé à EDF, dans un courrier adressé au PDG Jean-Bernard Lévy, de plancher sur un scénario de six EPR, répartis sur trois sites, sur une quinzaine d’années. « Une hypothèse de travail », nuançait alors le ministère de la Transition écologique et solidaire. Sans convaincre, tellement la lettre de mission était affirmative. Le Bugey prolongera-t-il son histoire nucléaire ? D’autres territoires réclament eux aussi leurs EPR, comme les Hauts-de-France ou, plus proche de nous, le site du Triscastin, entre Drôme et Vaucluse.