Le fracassant mail de démission de l’ancienne première adjointe au maire de Treillières, au nord de Nantes, révélé par Mediacités le 14 octobre dernier, a donné des idées à l’opposition municipale.

Pour rappel, Catherine Cadou y racontait avoir halluciné en apprenant - entre autres - que le maire de la commune de 10 000 habitants, Alain Royer, était « parti en vacances » avec le SUV flambant neuf de la mairie, acheté 38 000 euros après qu’il ait mis au fossé la Peugeot 207 de la ville, en roulant en état d’ivresse durant le premier confinement. Trois jours seulement après le « mea culpa » prononcé par l’élu devant son conseil municipal, la nouvelle avait effectivement de quoi surprendre… D’autant plus que le maire de Treillières n’est pas simplement parti en vacances avec le véhicule de la commune : il a aussi emporté avec lui la carte d’essence.

2,5 fois le tour de la Terre en moins de quatre ans

Les élus du groupe d’opposition« Nouvel R » ont en effet demandé à se faire communiquer par l’administration municipale tous les frais de carburant du maire depuis 2017. Et le résultat, qu'ils ont obtenu mardi dernier, est assez édifiant : les documents, que Mediacités a pu consulter et dont nous avons confirmé la véracité auprès de sources internes à la municipalité, indiquent que le maire est, pour le moins, un très gros rouleur. Au total, entre 2017 et 2019, Alain Royer a dépensé pour 6 556 euros de carburant. Soit 2 185 euros par an en moyenne, pour – normalement – un usage du véhicule limité à l’exercice de ses fonctions. Par comparaison, en 2018, la dépense de carburant des Français s’élevait, en moyenne, à 1 585 euros, selon le Commissariat général au développement durable.

En retrouvant le prix moyen du litre de gasoil pour les années 2017 à 2020, et en partant d’une consommation moyenne de 5 litres aux 100 kilomètres pour cette petite Peugeot 207 diesel (pour ce modèle de 2009, les données constructeur indiquent une consommation moyenne comprise entre 3,7 et 5,5 litres aux 100 kilomètres, NDLR), les élus d’opposition se sont livrés à quelques calculs. Et en ont déduit qu’Alain Royer s’était fait rembourser par le contribuable l’équivalent de 107 000 kilomètres – soit plus de 2,5 fois le tour de la Terre – en moins de quatre ans ! Selon ces relevés, celui qui aime se présenter comme un « homme de terrain » parcourait ainsi chaque jour 125 kilomètres dans le seul intérêt de sa commune.

Au volant deux heures et demie par jour ?

Et cela, en partant du principe qu’il prenne ses week-ends mais jamais de vacances – ce qui n’est pas le cas, comme l’a relevé avec fracas son ancienne première adjointe… A titre d’exemple, entre le 14 juillet et le 15 août 2018, la carte d’essence du maire de Treillières a été débitée de 272,33 € de carburant. « En roulant à une moyenne de 50 km/h sur nos petites routes communales, il passerait donc deux heures et demie par jour en voiture », calcule Emmanuel Renoux, chef de file de l’opposition municipale et contrôleur de gestion de métier. Qui en tire une conclusion : « Comme ce chiffre est impossible, c’est donc qu’il passe tous ses déplacements personnels en notes de frais. »

L’association Anticor, qui lutte « contre la corruption et pour l’éthique en politique », a été alertée par le groupe « Nouvel R » de ce nouvel écart de conduite du maire de Treillières. Un nouveau courrier va aussi être adressé par l’opposition à la Chambre régionale des comptes (CRC) des Pays de la Loire. De quoi rendre encore un peu plus tendu le conseil municipal prévu ce lundi 9 novembre 2020 : à l’ordre du jour, était déjà prévue la désignation des successeurs de Catherine Cadou et des trois autres adjoints démissionnaires.

Contactée par Mediacités, l’ancienne première adjointe, Catherine Cadou – qui était jusqu’à sa démission déléguée à « l’administration générale » de la commune et en connaît le fonctionnement – reconnaît d’ailleurs sans détours qu’elle était au courant de la situation. Elle regrette simplement de « ne probablement pas avoir été assez ferme » avec Alain Royer sur le sujet de ses frais de carburant, notamment sur ses temps de vacances. « Ces cartes d’essence pour les élus ne font pas partie de nos valeurs : nos indemnités de fonction sont précisément là pour couvrir ce type de frais », rappelle l’ancienne première adjointe au maire de Treillières. Contacté jeudi matin, Alain Royer n'a pas retourné notre appel avant parution de cet article.


->>> Lire ou relire nos précédentes enquêtes sur Treillières :