C’est un document explosif que vient de se procurer Mediacités. Il éclaire d’un jour nouveau les démissions de Catherine Cadou et de trois autres adjoints au maire de Treillières (Loire-Atlantique) Alain Royer, suite à nos révélations sur son accident en état d’ivresse au volant d’une Peugeot 207 communale et l’achat par la suite d’un SUV hybride à 38 000 euros. Ce mail a été envoyé le 8 octobre 2020 par la première adjointe aux vingt-deux élus de sa majorité – avec copie à quatre cadres de l’administration municipale – pour y expliquer les raisons de sa démission.

Catherine Cadou y revient d’abord sur les causes de cette « crise politique majeure », à commencer par « le mensonge » d’Alain Royer autour de ce « qui aurait dû être un épiphénomène ». « J’ai découvert que l’accident avait eu lieu sous l’emprise de l’alcool le 11 septembre 2020 face à un journaliste !!! », écrit-elle ainsi à propos de son interview commune avec Alain Royer par Mediacités. « Je vous laisse imaginer ma surprise et ma déception. (…) Si la transparence (…) avait été de mise dès le premier jour, aucune déclaration à l’assurance n’aurait été faite, aucune commande de véhicule n’aurait été réalisée et bien entendu aucune demande de subvention… et donc aucune presse à scandale (sic). »

Le maire « part en vacances » avec le SUV de la commune

En « bon petit soldat », Catherine Cadou a toutefois « encore cru » en son mentor et a « proposé » à Alain Royer de faire des « excuses publiques » en conseil municipal. Ce qu’il a fait le 28 septembre. « Ces excuses (…) auraient pu suffire si elles avaient été accompagnées immédiatement d’exemplarité », écrit-elle encore. Par exemple « en remisant dès le soir du conseil » le SUV flambant neuf sur le parking de la mairie, et non plus au domicile du maire. Las : dès le jeudi suivant, Alain Royer « a utilisé tout le week-end le véhicule de service et est même parti en vacances avec », hallucine l’ancienne première adjointe au maire de Treillières. Une habitude, manifestement : livrée le 15 septembre, la commune a déjà dû payer « 160 euros » de carburant en quinze jours… pour un véhicule hybride, rappelons-le, c’est-à-dire mi-électrique mi-thermique.

Confrontée aux « congés du capitaine du navire en pleine tempête », Catherine Cadou a donc accueilli chez elle, le samedi 3 octobre, une réunion « privative » d’élus de la majorité. Douze d’entre eux avaient rédigé la veille « un projet de communiqué de presse invitant à la démission du maire et de M. l’adjoint à l’aménagement ». Alain Royer et ses partisans les plus zélés n’y étant pas conviés, les règlements de comptes ont fusé, par mails interposés, dans les jours qui ont suivi.

A commencer par le fameux « adjoint à l’aménagement » dont la démission est aussi réclamée par les frondeurs : Jean-Marc Colombat. Inconnu du grand public, le successeur de l’ancien adjoint à l’urbanisme Philippe Lebastard – pour sa part mis en cause dans un mic-mac immobilier autour des terrains de sa belle-famille – est lui aussi au cœur d’une autre suspicion de conflit d’intérêts. A travers son entreprise Electrofluid, basée à La Chapelle-sur-Erdre, il vend les mâts solaires du fabricant Fonroche Eclairage... à la commune dont il est l’adjoint pour son éclairage public. Pratique !

« A la limite du respect des règles des marchés publics »

Contacté mardi 13 octobre 2020 à son entreprise, Jean-Marc Colombat n’avait « pas le temps » de répondre aux questions de Mediacités sur le sujet, mais a demandé à ce qu’on lui transmette nos questions par mail. Mail resté sans réponse avant la publication de cet article (Edit : Jean Marc Colombat nous a finalement répondu dans l'après-midi du 14 octobre. Lire plus bas). En attendant, il fallait se contenter des déclarations de Catherine Cadou dans son ultime intervention d’élue. « Je n’avais pas validé la venue de J.M. Colombat sur la liste Treillières en Action », recadre-t-elle d’emblée. « Je considérais déjà les acquisitions solaires du dernier mandat à la limite du respect des règles des marchés publics. Cependant – et à mon grand regret aujourd’hui – j’ai fini par accepter (…), Monsieur le maire m’ayant assurée de l’intelligence et de la probité de Jean-Marc Colombat (…). »

Une « probité » toute relative, à en croire le déroulé des dernières semaines. « A mon retour de vacances – le 3 août dernier –, j’ai intercepté des commandes de mâts solaires à l’entreprise Fonroche dont J.M. Colombat est encore le responsable commercial Pays de la Loire – commandes qu’il avait, avec M. le maire, déposées pendant l’été au service finances », relate Catherine Cadou. « Le 4 août, décision de M. le maire d’annuler la commande suite à mon interpellation. Annulation a priori faite mais les mâts solaires ont été livrés (…). » L’ancienne première adjointe s’émeut aussi d’une vidéo sur internet, où le maire Alain Royer « vante les mâts solaires Fonroche », alors qu’une « demande de retrait » a été faite « le 24 août ». Depuis, ladite vidéo a bien été retirée, mais on en retrouve la trace sans grandes difficultés sur Google.

Pas de « tribunal » pour Colombat

« Le maire de la commune de Treillières a compris très vite les nombreux avantages de la solution d’éclairage urbain durable développée par Fonroche Eclairage », se targue l’entreprise sur son blog, dans un post en date du 4 juin, soit après la nomination de Jean-Marc Colombat comme adjoint au maire. « Après un premier projet réalisé il y a six ans, il a privilégié l’énergie solaire pour sécuriser et illuminer toute sa commune : des abribus en 2014, le parking de l’église en 2015 et deux liaisons douces entre 2016 et 2019. (…) Ces projets n’auraient pas pu être menés sans l’accompagnement du représentant local, connaissant bien la Région et devenu expert de la technologie d’éclairage autonome développée par Fonroche Eclairage. »

Ce « représentant local » n’est plus nommé, mais il l’était dans une première version du post : « Jean-Marc Colombat, gérant de l’agence Electrofluid (44), représente la marque Fonroche Eclairage depuis 2014 sur les régions Bretagne et Pays de la Loire », était-il alors explicité.

S’il ne souhaite pas répondre à Mediacités, l’adjoint en question a, en revanche, vertement répondu à ses colistiers qui réclamaient sa démission. « Je préviens aimablement la majorité que je ne viens pas à un « tribunal » », écrivait Jean-Marc Colombat dans un mail envoyé le 5 octobre, en amont de la réunion qui provoquera les quatre démissions de la semaine dernière. « Je rappelle que des échéances majeures arrivent (…) et qu’une division de la majorité pourrait être catastrophique [sur un plan] tant politique que financier. » Elle a déjà commencé.

La réponse de Jean-Marc Collombat

Mis en cause dans le courrier envoyé par Catherine Cadou, l'adjoint à l'urbanisme n'a d'abord pas répondu à nos questions, avant de nous faire parvenir un message après publication de l'article. Celui qui connaît Alain Royer depuis 1991 pour être son voisin se défend. Nous reproduisons ici la partie de son message correspondant aux accusations de la première adjointe démissionnaire  :
« Je ne comprends pas les accusations malveillantes portées contre moi. J’ai seulement compris qu’on me reprochait d’avoir vendu à la commune de TREILLIERES des mâts solaires pour éclairer les rues, fournis par le groupe Fonroche.

Il est vrai que par mon intermédiaire, la ville de TREILLIERES a été équipée en mâts solaires durant ces dernières années. Mais c’était avant que je ne fasse partie du conseil municipal. A ma connaissance, l’achat des mâts solaires a été effectué conformément aux règles de la comptabilité publique. Et j’observe que les mâts solaires éclairent encore aujourd’hui les rues de la commune, sans aucun coût pour les contribuables. C’était donc une bonne opération pour la collectivité.

En juin de cette année, une nouvelle commande a été passée par la commune, mais directement auprès de l’usine de Fonroche, via l’UGAP qui est la centrale d’achat dédiée aux collectivités publiques. Autrement dit, je ne suis pas intervenu en tant que mandataire dans cette commande. Je n’ai donc perçu aucune commission, ni directement ni indirectement. Je ne vois rien d’autre qui puisse susciter des suspicions contre moi. Je pense avoir levé les doutes qui planaient sur moi. »


->>> Lire ou relire nos précédentes enquêtes sur Treillières :