Parce qu’ils doivent condenser en peu de mots et d’images une démarche politique, les tracts électoraux racontent beaucoup de ceux qui brigueront nos suffrages en mars prochain pour les élections municipales et métropolitaines. Après ceux d’Etienne Blanc (LR) et de Gérard Collomb (LREM), Mediacités décortique le bout de papier de Georges Képénékian, éphémère maire de Lyon entre 2017 et 2018 (quand l’actuel était au ministère de l’Intérieur) qui espère faire son retour à l’hôtel de ville par la grande porte en mars prochain.

Tract-GeorgesKepenekian

> Cliquez ici si vous souhaitez afficher le tract en grand.

1. À L’ÉCONOMIE

C’est la première chose qui frappe en prenant ce tract : l’équipe de campagne de « Képé » semble regarder à la dépense. Ou bien a-t-elle décidé de la jouer modeste ? Pas de papier glacé clinquant en tout cas, mais une bandelette mate pliée en deux qui donne au flyer des airs de gros post-it imprimé au bureau, entre deux photocopies, et massicoté à la va-vite : sur la première page, le « R » du slogan « Respirations » se retrouve privé de sa jambe gauche.

Entré dans la course tardivement, en octobre dernier, le candidat qui se dit fidèle à Emmanuel Macron, n’a réclamé l’investiture - et donc le soutien - d’aucun parti. Georges Képénékian concourt sous ses propres couleurs. Soit, à la vue du tract, un bleu canard délavé et un saumon un peu triste, dont on peine à comprendre la signification. « Nous ferons avec des moyens innovants, inédits, nous penserons la campagne d’une autre manière », répondait-il, en décembre, lors de la présentation de son équipe à la presse, quand Mediacités l’interrogeait sur le financement de son aventure électorale. Pour l’innovation, on attendra encore un peu…

2. VIENS VOIR LE DOCTEUR

Son CV de médecin est connu de nombreux Lyonnais. Et pour ceux qui l’ignoraient encore, son tract le souligne et pas seulement dans la courte biographie de la page 2. Dès les premières lignes manuscrites sous sa photo médaillon, l’ancien chirurgien-urologue de Saint-Joseph Saint-Luc glisse une allusion : il souhaite aux Lyonnais une ville « hospitalière ». À comprendre dans les deux sens. Rebelote, page 3, avec « la santé », premier des quatre piliers de « son projet ». Quand le docteur Képénékian parle environnement aux patients, pardon, aux électeurs, c’est le stéthoscope aux oreilles : « Je souhaite mettre la santé des lyonnais [sic] au cœur de nos projets pour la ville, car elle est directement liée à l’environnement ».

Bref, si Georges Képénékian n’a pas d’étiquette, il a une profession et compte bien la mettre en avant. Pas bête, vu l’histoire séculaire que Lyon entretient avec le monde de la médecine. Sauf que, excepté pendant l’absence toute relative de Gérard Collomb, la ville n’a pas été dirigée par une blouse blanche depuis Victor Augagneur (1900-1905). S’il souhaite présider aux destinées de la cité, et pas seulement à celles des Hospices civils, « l’intéri-maire » devra faire mentir cette fatalité qui veut qu’aucun médecin n’a été élu à la mairie depuis 120 ans.     

Kepenekian
Georges Képénékian, en décembre 2019. Photo : NB/Mediacités

3. PRESCRIPTIONS D’ORDRE GÉNÉRAL

Des propositions ? Point. Un programme ? Encore moins. Les quatre pages du docteur K s’en tiennent à des prescriptions d’ordre général. Exemple : « Je veux porter cet esprit d’hospitalité pour que chacun trouve sa place, quelles que soient sa condition et sa provenance ». Concrètement ? Ouvrir des résidences étudiantes ? Des centres d’accueil de migrants ? Développer l’offre hôtelière touristique ? Un autre exemple : « Nous allons permettre l’émergence d’une nouvelle créativité (…) qui se traduise dans des actions très concrètes au service du quotidien ». Vous l’avez deviné, pour « les actions très concrètes », il faudra encore faire preuve d’imagination…

Pas sûr, qu’un tel laïus fasse décoller la candidature de Georges Képénékian. Sur le champ de bataille macroniste, la lutte sans merci que se livrent Gérard Collomb et David Kimelfeld pour le trône du Grand Lyon l’a relégué au second plan. Quand, à l’échelon du scrutin municipal, le Premier adjoint de 70 ans peine à percer dans le duel annoncé des quarantenaires Yann Cucherat (LREM) et Grégory Doucet. Et pourtant ! La saison hivernale des pics de pollution, par exemple, offrait à l’ancien toubib un thème en or pour des propositions concrètes qui « prennent soin » (comme il l’écrit lui-même) des Lyonnais. Mieux, son slogan « Respirations » semblait tout indiqué pour. C’est ce qui s’appelle une occasion ratée.       

 4. LA PIQUE A L’EX-AMI « GÉRARD »

Quatre lignes en gras, comme un coup de pied de l’âne. « Il est indispensable que chacun à son niveau se sente écouté, mobilisé, et reconnu », écrit Georges Képénékian. Et plus loin : « Il faut revoir nos pratiques démocratiques avec de nouvelles modalités de dialogue ». Pas besoin d’avoir pris arménien (la langue maternelle de « Képé ») en LV1, pour lire, en creux, la critique de l’autocrate Gérard Collomb.

Alors qu’il avait dirigé sa campagne municipale victorieuse en 2008, alors qu’il lui a rendu sans broncher - et même avec empressement - le fauteuil de maire à son départ de la place Beauvau, l’ancien « fidèle d’entre les fidèles » a vu sa relation avec le baron (« Gérard », comme il l’appelle) s’étioler, sans « aucune explication rationnelle », s’est-il épanché dans Lyon People. C’est en alternative au collombisme qu’il se présente aujourd’hui, tout ayant été un pilier de ce système pendant plus de dix ans : on a connu équation plus simple à résoudre.

GKepenekian-GCollomb
Georges Képénékian (à gauche), le 22 janvier dernier. Photo : NB/Mediacités.

5. LA TOUCHE CIVIQUE

Cela ne mange pas de pain et peut toujours rapporter quelques électeurs. En bas de la page 4, le tract rappelle qu’il est possible de s’inscrire sur les listes électorales (ou de vérifier que c’est bien le cas) en se rendant, avant le 7 février, sur « service-public.fr ». Terminé le couperet du 31 décembre de l’année précédant le scrutin. Depuis la mise en place d’un répertoire électoral unique, les électeurs peuvent s’inscrire jusqu’au sixième vendredi avant le premier tour d’une élection.

Fiche technique

Format 15x10, soit plus petit qu’un A5. Pour la qualité du papier, se reporter à notre point 1. En page 4, une ligne minuscule nous apprend que ce tract a été imprimé à Lyon (sans préciser le nom de l’imprimeur) sur du papier « respectant les règles de gestion forestière durable » et « 100% recyclé ».