Le match est décisif. Alors qu’ils font jeu égal avec Gérard Collomb et ses candidats dans les sondages, les écologistes doivent impérativement gagner en notoriété et proposer une alternative au modèle de développement appliqué par le baron lyonnais depuis dix-neuf ans s'ils souhaitent l'emporter au coup de sifflet final, en mars prochain. Ce mardi 28 février, les têtes de listes d’Europe Ecologie – Les Verts (EELV) présentaient les principaux points de leurs programmes pour les élections municipales et métropolitaines dans le Grand Lyon. Une rencontre à guichet fermé. Mediacités y était. Résumé.   

Bidule foot1LE TERRAIN

Est-ce pour montrer qu’ils mènent bien leur barque ? Pour leur premier rendez-vous de campagne d'envergure les écologistes ont choisi la péniche La Plateforme, amarrée quai Victor Augagneur, sur le Rhône. Un lieu prisé des politiques lyonnais. EELV y avait déjà organisé un rassemblement pendant les élections européennes.

La péniche a aussi servi en 2016 au lancement du mouvement En Marche de Lyon, sous la houlette de Gérard Collomb. L’événement avait attisé les soupçons de « ristournes » accordées au parti présidentiel, qui n’avait payé que 1000 euros pour la soirée, soit trois fois moins que les tarifs habituels, comme l’a révélé France Info. Pas de promo en revanche pour les écologistes qui ont déboursé « entre 10 000 et 15 000 euros » pour organiser le meeting, selon l’équipe de campagne. Un tarif qui comprend la location de la salle, la scénographie, l’apéro et le concert du groupe lyonnais Brume en fin de soirée.

Une fois à bord, une lumière - verte évidemment - omniprésente baigne les affiches des candidats Grégory Doucet (à Lyon), Bruno Bernard (pour la Métropole) et Béatrice Vessiller (à Villeurbanne) sur les murs. Des plantes ont été disposées un peu partout, végétalisation oblige. La boule à facette accrochée au plafond et les guirlandes à l’entrée donnent un faux air de kermesse à l’ensemble. Mais le ton est sobre. L’heure est au sérieux.

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Près de 400 militants ont assisté au meeting d'EELV à Lyon mardi 28 janvier. Photo : Mathieu Périsse

Bidule foot 2L’AMBIANCE EN TRIBUNES

L’avantage d’une petite salle, c’est qu’elle est vite remplie. Les 200 places assises sont prises d’assaut par les 400 à 500 militants qui ont fait le déplacement. On se tasse debout au fond, tandis que d’autres se résignent à patienter au bar dans la pièce attenante. D’autres ne pourront même pas monter à bord. « Faites entrer nos camarades », tente un participant. Sans succès. Les retardataires devront se contenter des tracts.

Côté supporters, le vert est de mise mais l’ambiance est loin de celle du Chaudron stéphanois. Quelques drapeaux hérités des élections européennes ont bien été disposés dans les rangées, sans que le public donne dans l’exubérance. Les écologistes lyonnais sont venus avant tout pour écouter le détail du programme. Certains se sont armés de carnets et de stylos pour ne pas en perdre une miette. Il faut dire qu’une bonne partie d’entre eux est présente sur une des nombreuses listes alignées par EELV : le parti présente du monde dans une vingtaine de villes aux municipales (sur les 59 communes du Grand Lyon). Comptez 221 candidats pour la seule ville de Lyon et ses arrondissements, et 150 pour les 14 listes métropolitaines du Grand Lyon... Pas d’ultras dans les gradins donc, plutôt un public familial. Quelques bambins s’endorment avant même le coup d’envoi.

Bidule foot3LE DISPOSITIF TACTIQUE

On joue collectif, quitte à multiplier les changements de joueurs. Pour les écologistes, les élections du mois de mars forment un tout cohérent. D’où l’organisation d’un meeting unique. « On ne peut pas dissocier l’action métropolitaine de l’action municipale », répète Bruno Bernard. L’enjeu de la soirée est donc avant tout de mettre en avant les propositions clefs et de rendre visibles quelques têtes de listes, histoire de compenser leur faible notoriété – la plupart n’étant pas élus sortants.

Le meeting suit un schéma de jeu classique, avec un enchaînement de tables rondes thématiques (« La ville respirable », « la ville apaisée »…), pendant lesquels des candidats décryptent leur programme, élaboré depuis l’été dernier selon une méthode participative : développement des transports en commun (hausse de 20% de l’offre de bus), Réseau Express Vélo (REV), réduction de la place de la voiture, végétalisation massive de la ville, protection des enfants sans toit, amélioration de la démocratie locale (avec la création d’un budget participatif de 40 millions d’euros), relocalisation de l’économie, sécurité de proximité, rupture avec l’utilisation de la culture comme outil marketing, objectif zéro déchet… Le tout se veut chiffré, précis. La présentation est pliée en moins de deux heures, une prouesse.

La mise en scène, avec des questions écrites à l’avance, est un peu poussive, mais le propos est clair. Le tout est entrecoupé de vidéos auto promotionnelles qui seront aussi utilisées sur les réseaux sociaux. Plus surprenant, deux reportages de BFM sur la campagne d’EELV à Lyon sont aussi diffusés aux militants. Comme pour accréditer l’idée que la victoire des écologistes est prise au sérieux par les médias.

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LA COMPOSITION DE L’EQUIPE

Les figures nationales Yannick Jadot et Delphine Batho ne seront dégainées que dans la dernière ligne droite, pour le second et dernier grand meeting du 7 mars. Pour l’heure, en guise de VIP, il faudra se contenter de Sandra Regol. La secrétaire nationale adjointe d’EELV (en clair, elle porte le dossard numéro 2 au sein du parti) fait la passe aux différents intervenants. Pas facile de jouer à l’extérieur : elle butte sur la prononciation des noms, pour le plus grand malheur de Sonia Zdorovtzoff, tête de liste dans le 8e arrondissement.

Même les meneurs de l’équipe resteront plutôt effacés. Le trio Doucet/Bernard/Vessiller ne prend la parole que quelques minutes chacun. Pas de clameurs ni de moments de grâce. Les discours sont sobres, les applaudissements convenus. Aucun des candidats n’est un tribun et de toute façon EELV n’apprécie guère les exploits personnels ou les personnalités trop flamboyantes. Mieux vaut s’effacer derrière le collectif.  Il sera toujours temps de sortir les grandes envolés lors des phases finales au mois de mars.

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Une militant EELV lors du meeting à La Plateforme, le 28 février. Photo : MP

Bidule foot 5LE RÉSUMÉ DE LA RENCONTRE

La stratégie est claire : un pressing très haut. L’urgence d’une transition – politique autant qu’environnementale – est martelée. Les Lyonnais doivent « être au rendez-vous de l’Histoire », prévient Grégory Doucet, en rappelant que « le vivant s’épuise et le climat s’emballe ». « Vous savez que le temps est venu de prendre des décisions cruciales », lance le candidat lyonnais. Une idée que l’on retrouve dans le slogan « Maintenant Lyon » choisi par EELV. « Il reste 47 jours pour convaincre », appuie Bruno Bernard. Enfin plus que 46… non 45… Quand on vous dit que c'est urgent !

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LES TACLES

 Les offensives sont réservées au capitaine adverse Gérard Collomb et au modèle « obsolète » de développement qu’il incarne aux yeux des écologistes. A l’image de Grégory Doucet qui a défendu « un idéal d’humanisme qui ne soit pas fait de coulées de bitume, de moteurs à hydrogène ou de plantes en pots », ni de la « croyance folle dans la croissance du PIB ». Une allusion très claire au baron lyonnais, qui avait mis en garde à l’automne contre « ceux qui pensent que la décroissance serait la solution ».

Même angle d’attaque chez Bruno Bernard, qui se lance dans une anaphore très hollandienne : « L’écologie, ce n’est pas de favoriser l’implantation de grandes surfaces sur des terres agricoles, l’écologie, ce n’est pas de laisser un bien commun comme l’eau être géré par le privé, l’écologie, ce n’est pas de faire l’Anneau des sciences… ».  Et le patron des verts d'enfoncer le clou : « Le modèle qui consiste à vouloir être toujours plus gros ne fonctionne pas ».

En faisant de Gérard Collomb sont seul adversaire, EELV tente, lui aussi, de réduire l’élection à un match avec les macronistes, en éclipsant le reste de la gauche (la « Gauche Unie » de Sandrine Runel et Renaud Payre, « Lyon en commun » de Nathalie Perrin-Gilbert… ), avec laquelle, pourtant, il devra probablement composer au second tour des élections.  Mais le temps du mercato n’est pas encore venu.

Bidule commLES COMMENTAIRES DE LA PRESSE

Le Progrès met aussi en avant la punchline de Grégory Doucet, « Lyon doit être au rendez-vous de l’Histoire » et évoque un meeting « qui a fait le plein ».

#OnRefaitLeMeeting : précédents matchs

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