Le scrutin aura bien lieu. Malgré l'épidémie de Covid-19, qui a entraîné l'annulation de nombreux meetings de campagne ces derniers jours, les habitants de l'agglomération lyonnaise sont appelés aux urnes dimanche 15 mars pour le premier tour des élections métropolitaines et municipales. Mediacités fait le point sur les principaux enjeux d'une élection complexe et particulièrement incertaine. Au sommaire : 

  • Menacé dans son fief par des macronistes dissidents, une montée en puissance des écologistes et une droite en embuscade, Gérard Collomb mise sur sa notoriété dans des élections où aucune formation politique ne semble en mesure de l’emporter seule à la ville de Lyon comme à la Métropole.
  • A la Métropole de Lyon, l’élection inédite des conseillers au suffrage universel direct devrait favoriser les jeux d’alliances et une montée en force du Rassemblement national au sein de l'assemblée de la collectivité.
  • La ville de Lyon est dans le viseur des écologistes et des Républicains, qui rêvent d’une victoire symbolique dans cette place forte de La République en marche.
  • Dans le reste du Grand Lyon, la coalition de gauche compte tenir ses bastions de Villeurbanne, Bron ou Vénissieux, tandis que la droite veut conserver ses conquêtes de 2014 à Saint-Priest, Rillieux-la-Pape ou Décines.

planche bidules elections municipales – Copie (2) – CopieGrand Lyon : un scrutin inédit

C’est un cas unique en France. Les habitants de la Métropole de Lyon vont élire leurs représentants pour la première fois au suffrage universel direct. Cette nouveauté est une conséquence de la loi Maptam de 2014, qui a créé cette nouvelle collectivité, aux compétences élargies [Lire Grand Lyon, l’élection métropolitaine en huit questions].

Concrètement, les habitants du Grand Lyon placeront donc deux bulletins distincts dans l’urne dimanche 15 mars : le premier pour élire la liste du futur maire de leur commune, le deuxième pour désigner leurs conseillers métropolitains, au nombre de 150. Chacune des 59 communes du Grand Lyon est rattachée à l’une des 14 circonscriptions de la Métropole, qui enverront un nombre de conseillers fixé à l’avance à l’assemblée de la rue du Lac. Villeurbanne, qui forme une circonscription à elle seule, pèse lourd avec 17 conseillers, soit plus du double de la plus petite circonscription, Lyon Est (3e arrondissement de Lyon), qui ne compte que sept conseillers.

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Carte des 14 circonscriptions de la Métropole de Lyon. Illustration : Grand Lyon

L’enjeu est colossal. Depuis sa création en 2015, la Métropole de Lyon a absorbé les compétences du département du Rhône. Avec 1,4 million d’habitants et un budget annuel de plus de trois milliards d’euros, le Grand Lyon est devenu le lieu de pouvoir incontournable de l’agglomération dans de nombreux domaines : gestion des collèges, politique de développement économique, transports, solidarité (RSA, allocation personnes âgées…), collecte des déchets, gestion de l’eau…

planche bidules elections municipales – Copie (2)Métropole : tout reste ouvert

C’est le dernier combat de Gérard Collomb. Peut-être celui de trop. Maire de Lyon depuis 2001, élu à la ville depuis plus de quarante ans, l’ancien ministre de l’Intérieur a été le grand architecte de la Métropole de Lyon et entend bien la conserver. Ou plutôt la reprendre, après avoir été contraint, quand il est devenu ministre, de laisser son siège à son bras droit, David Kimelfeld, entré depuis en dissidence face au chef de file de LREM dans l’agglomération.

Pendant plusieurs mois, la guerre de tranchée entre les deux hommes a monopolisé le débat politique local, les marcheurs, y compris les députés locaux, étant sommés de choisir leur écurie. Cette division a irrigué l’ensemble de l’agglomération lyonnaise : des candidats « pro-Kimelfeld » ou « pro-Collomb » s’affrontent dans plusieurs communes du Grand Lyon.

Toujours favori, à en croire les sondages, Gérard Collomb a tardé avant de lancer une campagne basée sur ses succès passés, rappelant sans relâche que les Lyonnais lui doivent l’aménagement des berges du Rhône ou le lancement des Vélo’v. Mais il demeure prisonnier d’une grille d’analyse perçue comme dépassée par beaucoup, notamment sur les sujets environnementaux, faisant du bouclage du périphérique Ouest – l’Anneau des Sciences - un marqueur de son projet. Tout au plus a-t-il pris le train de la transition en marche, promettant de faire de Lyon « l’une des dix villes écologiques de référence en Europe ». Une manière de verdir son discours sans renoncer à la sacro-sainte « attractivité » du territoire qui a fait sa marque de fabrique.


Après avoir fait main basse sur la Collombie en 2019 et un début de campagne tout en puissance dès l’automne, David Kimelfeld a ensuite donné l’impression de s’effacer de la campagne à mesure que les autres partis se lançaient. Désireux de marquer sa différence avec son ancien mentor, le président de la Métropole a développé un art consommé du « en-même-temps », en teintant son macronisme municipal de nuances sociales, environnementales et participatives. Jusqu’à apparaître comme l’un des bons élèves de ce scrutin aux yeux du Pacte pour la transition, regroupement d’associations environnementales.

En face, les écologistes d’EELV, membres de toutes les majorités du Grand Lyon depuis 2001, se sont progressivement affirmés comme les principaux adversaires du baron lyonnais et comme une alternative aux deux candidats se réclamant de La République en marche, au moins dans les intentions de vote. Suivant la ligne autonomiste décidée au niveau national, les verts se sont rangés – pour une fois sans se déchirer - derrière Bruno Bernard, un pilier de la reconstruction d’EELV, peu connu en dehors de son parti.

Les troupes écologistes ont réalisé une campagne foisonnante, marquée par une forte mobilisation d’associations et d’ONG locales, qui ont aussi servi de vivier de candidats. EELV s’appuie sur ses excellents résultats aux élections européennes, notamment à Lyon et à Villeurbanne, mais reste plus fragile en périphérie de la Métropole.

Jamais deux sans trois. A droite, Les Républicains ont investi François-Noël Buffet, qui a déjà échoué à prendre la tête du Grand Lyon en 2001 et en 2014. Sélectionné par son parti face au jeune maire de Rillieux-la-Pape et patron local des LR, Alexandre Vincendet, l’ancien maire d’Oullins a mené une campagne à un train de sénateur, sans réellement convaincre de sa capacité à l’emporter. Son début de campagne a aussi été plombé par l’annonce de ses têtes de listes 100% masculines : 14 hommes pour 14 candidats.

Affaiblie par le départ des socialistes vers LREM, bousculée par l’irruption des écologistes dans le jeu politique local, la coalition de la Gauche unie (PS, PCF, Génération.s…) emmenée par le président de Sciences po Lyon Renaud Payre, tente de rester audible. Ses têtes de listes, trustées principalement par le PS et le PCF, sont le résultat de longues tractations entre partis qui n’ont pas facilité son début de campagne. Face aux macronistes, Renaud Payre met en cause la concentration excessive des richesses au sein d’une Métropole décrite comme « inégalitaire ». Face à ses anciens vassaux d’EELV, la Gauche unie revendique une conception écologiste plus inclusive et plus « réaliste », en mettant en avant son expérience.

Adjointe de Gérard Collomb considérée comme son héritière, devenue l’une de ses principales opposantes lors des derniers mandats, Nathalie Perrin-Gilbert [lire son portrait ici] tente aussi sa chance à la Métropole. Elle qui est soutenue dans le cadre des élections municipales par la direction nationale de La France insoumise est contestée par une partie des militants lyonnais. La maire du 1er arrondissement de Lyon ne présente des candidats que dans les six circonscriptions lyonnaises. Une stratégie – ou plutôt une contrainte, au vu du faible poids politique de LFI dans l’agglomération – qui ne lui permettra pas de briguer la présidence du Grand Lyon, malgré un discours radical, par exemple sur la gratuité des transports en commun.

Le caractère inédit du mode de scrutin renforce encore l’incertitude qui pèse sur cette élection. Dans chacune des quatorze circonscriptions, sorte de méga-arrondissements, la liste arrivée en tête obtiendra 50% des sièges, le reste étant attribué à la proportionnelle entre les listes ayant obtenu au moins 5% des suffrages (dont la liste victorieuse). Dans ces conditions, les alliances d’entre-deux-tours seront cruciales et pourront même se nouer lors du « troisième tour », c’est-à-dire après le scrutin, lors de l’élection par l’assemblée métropolitaine du président du Grand Lyon.

Et sur ce terrain, rien n’est acté. La gauche et les écologistes se considèrent tous deux comme des « alliés naturels », mais n’entendent pas céder le leadership facilement. David Kimelfeld pourrait, s’il obtient un bon score, venir jouer les trouble-fête en se positionnant comme une force d’appoint pour tourner définitivement la page Gérard Collomb. Fortement rejeté sur sa gauche, ce dernier pourrait de son côté se tourner vers la droite pour former une nouvelle majorité et récupérer les clefs de la Métropole. Les ralliements devraient se négocier circonscription par circonscription, commune par commune, au risque de perdre en lisibilité auprès des électeurs.

Seul le Rassemblement national, mené par l’ancien mélenchoniste Andréa Kotarac, pourra presque à coup sûr crier victoire dès le soir des élections. Grâce au mode de scrutin, qui lui est bien plus favorable que par le passé, le parti d’extrême-droite devrait faire une entrée fracassante à la Métropole, où il ne compte pour l’heure que deux élus.

Métropole : demandez les programmes

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Cet outil a été réalisé par l’équipe de Programmes-Municipales, formée de citoyens bénévoles, qui le met gracieusement à disposition du public.

planche bidules elections municipales – Copie (4) – CopieVille de Lyon : coups de poker à prévoir

La ville de Lyon jouera une place centrale dans le grand échiquier de la conquête de la Métropole. Du côté de LREM, Gérard Collomb a confié la campagne à son adjoint aux Sports Yann Cucherat, un ancien champion de gymnastique quasiment inconnu du grand public. Présenté systématiquement dans l’ombre de son mentor, la tête de liste peine à se défaire de l’image de « pantin » de Gérard Collomb que lui ont accolée ses adversaires, mais reste l’un des favoris, avec les candidats d’EELV et de LR. Et comme si son déficit de notoriété ne suffisait pas, Yann Cucherat doit aussi faire face à Georges Képénékian, éphémère remplaçant de Gérard Collomb de 2017 à 2018. Officiellement sans étiquette – il n’a pas demandé l’investiture LREM – le médecin représente le clan Kimelfeld à Lyon en portant un discours consensuel, pour ne pas dire plat. Pas de quoi décrocher la mairie, mais suffisant pour priver Yann Cucherat de précieuses voix.

Cadre de l’ONG Handicap international, jamais élu, Grégory Doucet incarne à lui seul les grandes ambitions d’EELV pour ce scrutin. Invitant les Lyonnais à être « au rendez-vous de l’histoire », le quadragénaire a construit une campagne fondée principalement sur le sentiment d’urgence. Tenté cet été par l’initiative Madame Z, qui visait à rassembler les partis de gauche écologistes, il s’est ensuite éloigné de la Gauche unie pour faire la course seul. « Pour moi, l’union est un moyen, pas un projet. Faire entrer la ville en transition, ça, c’est un projet », déclarait-il récemment à Lyon Capitale.

Resté pendant longtemps le soldat inconnu de la droite lyonnaise, Etienne Blanc s’est finalement immiscé ces derniers mois dans le duel macronistes/écologistes. Parti très tôt, le candidats Les Républicains a mené une campagne de terrain discrète mais efficace, marqué par un marketing politique bien rôdé, à peine enrayé par quelques propositions loufoques. Le vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a aussi joué de son statut de bras droit de Laurent Wauquiez pour recruter bon nombre de ses colistiers parmi les élus ou les collaborateurs de la région.

Des réseaux précieux, alors que la droite est affaiblie par la quatrième candidature en quatre élections du centriste Denis Broliquier, qui a conclu un ticket avec le candidat “100% Citoyens” Eric Laffond, qui se présente de son côté à la Métropole. Les Républicains peuvent aussi souffrir de la concurrence d’Agnès Marion, la candidate du Rassemblement national, proche de la Manif pour tous [lire son portrait ici], qui lui dispute une partie de l’électorat de la droite catholique. Pour mieux se démarquer, Etienne Blanc n’hésite pas à surfer – non sans démagogie – sur la vague écolo, en promettant par exemple de planter « 500 000 arbres » à Lyon. Un chiffre moqué même par les écologistes.  

Le reste de la gauche apparaît affaibli dans la ville centre. La candidate de la Gauche unie, la socialiste Sandrine Runel, affiche des sondages catastrophiques, malgré le soutien de poids lourds du PS, comme Najat Vallaud-Belkacem ou Olivier Faure. Candidate à la fois à la Métropole et à Lyon, Nathalie Perrin-Gilbert a donc de fortes chances de dépasser le parti socialiste et ses alliés, se rendant incontournable pour une alliance à gauche. Mais la patronne des Pentes de la Croix-Rousse s’est plus ou moins fâchée avec tout le monde, en reprochant aux écologistes leur ligne trop modérée et leurs alliances passées avec Gérard Collomb, et en flinguant Renaud Payre - son ancien compagnon de route au sein du Gram, avec qui elle est aujourd’hui en froid :  « Il n’est pas crédible, la Gauche unie est une vaste supercherie », lançait-elle à Mediacités.

Là encore, aucune des têtes de listes ne semble en mesure de gagner la ville seule. Ces derniers jours, le microcosme politique lyonnais bruisse d’un possible partage – façon traité de Tordesillas – entre la droite et Gérard Collomb : à Etienne Blanc la ville, grâce au ralliement de Yann Cucherat ; à Gérard Collomb la Métropole, avec le soutien des troupes de François-Noël Buffet. Un tel scénario acterait le long glissement vers la droite de Gérard Collomb, mais dépendra du rapport de force entre formations politiques au soir du premier tour.

Ville de Lyon : demandez les programmes

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planche bidules elections municipales – Copie (3) – CopieVilleurbanne : un duel gauche - écologiste favorisé par la division des macronistes ?

C’est le principal bastion socialiste de la Métropole. [lire : Votre commune est-elle un bastion de gauche, de droite ou centriste ?]. Dirigée par la gauche depuis près d’un siècle, la vingtième ville de France est un symbole majeur pour le PS et ses alliés, qui n’ont pas hésité à faire venir les ténors nationaux Boris Vallaud (PS), Ian Brossat (PCF) ou Emmanuelle Cosse (Parti écologiste) lors du premier grand meeting de Cédric Van Styvendael.

Ancien directeur de l’office HLM Est Métropole Habitat, ce dernier a été désigné comme l’héritier du maire sortant Jean-Paul Bret, qui tenait la ville depuis 2001. “ CVS” a été l’un des principaux artisans de l’union de la gauche dans la Métropole, avec plus de succès sur ses terres villeurbannaises qu’à Lyon. Cédric Van Styvendael aligne une large coalition du PS aux Insoumis locaux. La gauche n’a pas le droit à l’erreur. Perdre Villeurbanne signerait sa quasi-extinction de la scène politique locale.

Seule l’écologiste Béatrice Vessiller semble en mesure de disputer aux socialistes les clefs de la ville. Ancienne adjointe de Jean-Paul Bret, passée dans l’opposition, la tête de liste EELV forme avec Bruno Bernard et Grégory Doucet le trio star des verts dans l’agglomération. Membre de l’exécutif de la Métropole de Lyon où elle est chargée de la politique de rénovation thermique immobilière, l’élue prend soin de marquer sa différence, en fustigeant l’accroissement démographique exponentiel de la commune, coupable à ses yeux d’une urbanisation non maîtrisée, tout en donnant des gages aux électeurs locaux en promettant d'augmenter d'un million d'euros le budget alloué à la sécurité. Mais son alliance avec la Gauche unie reste probable, les programmes des deux formations étant assez compatibles sur le fond. Toute la question est de savoir qui des deux candidats arrivera en tête au premier tour.

Le duel entre la gauche et les écologistes est d’autant plus confortable que les autres candidats arrivent en ordre dispersés. Alors que la circonscription pouvait leur sembler favorable depuis l’élection du député LREM Bruno Bonnell en 2017, les macronistes villeurbannais sont parvenus en quelques mois à rendre illisible un scrutin qui n'était déjà pas gagné d’avance.

Investi par le parti présidentiel, Prosper Kabalo, jusqu’alors Premier adjoint au maire, a eu la surprise fin janvier de voir le député LREM Bruno Bonnell annoncer sa double candidature comme tête de liste aux métropolitaines dans la circonscription de Villeurbanne, et comme numéro deux d’une liste menée par l’élue ex-Les Républicains Emmanuelle Haziza pour les municipales. Une candidature dissidente qui s’intègre dans le conflit sans fin entre Gérard Collomb et David Kimelfeld à la Métropole. Bruno Bonnell ayant annoncé qu’il soutiendrait le premier, tandis que Prosper Kabalo a rejoint l’équipe des « K » (Kimelfeld et Képénékian). Un belle cacophonie qui arrange bien les affaires des socialistes et des écologistes.

Villeurbanne : demandez les programmes

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planche bidules elections municipales okDans le reste de la Métropole : à chacun ses bastions

A Vénissieux, Michèle Picard, maire depuis 2009, tente de conserver cette forteresse du PCF depuis 1935, l’un des derniers survivants de la banlieue rouge lyonnaise. Elle a rejoint la Gauche unie, dont elle mène également la liste métropolitaine dans la circonscription Portes du Sud, malgré de fortes tensions au sein de la section locale du Parti socialiste, dont le secrétaire, opposant de longue date, a rejoint le député LREM Yves Blein. Ce dernier, ancien maire de la ville voisine de Feyzin, où il a laissé une dette abyssale comme nous l’avons révélé récemment, se voit bien en tombeur de la maire communiste, avec le soutien de David Kimelfeld.

Autre fief socialiste, la ville de Bron fait figure d’exception à gauche. Avant même le premier tour des municipales, le maire sortant  Jean-Michel Longueval a réussi à s’assurer le soutien de la Gauche Unie, mais aussi d’EELV. Une alliance rare, visible seulement à Décines-Charpieu dans le reste de la Métropole. Une question de survie pour la gauche, car la ville de Bron aiguise les appétits des macronistes comme de la droite. A commencer par celui de François-Xavier Pénicaud, neveu de la ministre du travail Muriel Pénicaud, qui a reçu l’investiture LREM et le soutien de Gérard Collomb.

Plus au nord, Vaulx-en-Velin illustre l’ambiguïté qui règne encore au Parti socialiste vis-à-vis des macronistes présents dans ses rangs. Après avoir ravi la ville au PCF en 2014, Hélène Geoffroy se présente à la tête d’une liste PS qui a également reçu le soutien… de La République en marche ! Pour ne rien éclaircir, l’élue a aussi noué un accord avec d’anciens élus LR passés chez Agir (la « droite constructive », soutien d’Emmanuel Macron), tout en s’alliant avec David Kimelfeld au niveau métropolitain.  

Dans le reste de la Métropole, la droite espère surtout préserver ses conquêtes issues de la vague bleue de 2014. Les élus Les Républicains sont à la tête de plusieurs communes majeures du Grand Lyon. A Saint-Priest (Gilles Gascon), Décines-Charpieu (Laurence Fautras) ou à Rillieux-la-Pape, dirigée par l’ambitieux Alexandre Vincendet [lire son portrait ici], LR avance plutôt sereinement. Mais la tâche s’annonce plus ardue à Caluire-et-Cuire, la ville de l’ancien patron de la droite lyonnaise Philippe Cochet, élu dès le premier tour en 2014, où LREM pourrait venir jouer les trouble-fête.

La ville d’Oullins, terre de François-Noël Buffet, pourrait aussi réserver quelques surprises : en voie de gentrification, l’ancienne ville ouvrière a vu sa sociologie considérablement évoluer, un détail qui pourrait favoriser un vote écologiste plus important. Enfin à Ecully, dirigée par l’UDI, deux adjoints se disputent l’héritage du maire sortant Yves-Marie Uhlrich, ouvrant la porte à un succès de LREM dans cette banlieue cossue de Lyon.

N’ayant aucun maire sortant sur les 59 communes de la Métropole, le Rassemblement national avait tout à gagner lors de ce scrutin. Mais le parti de Marine Le Pen, qui affichait de grandes ambitions, notamment dans les villes de la périphérie Est de Lyon, souffre toujours d’une faible implantation locale. A Bron, le jeune candidat (22 ans) Rémi Berthoux a ainsi dû renoncer au dernier moment à déposer ses listes, faute de candidats suffisants (« Il manquait six femmes », explique-t-il). A Saint-Priest aussi, le RN ne présente pas de candidats, laissant le champ libre au maire LR sortant Gilles Gascon.

Pour le Rassemblement national, le seul espoir de victoire est à chercher tout au sud de la Métropole, à Givors. Dans cette ancienne commune industrielle administrée par le PCF depuis l’après-guerre, marquée par les affaires judiciaires du maire sortant, le patron départemental du RN Antoine Melliès rêve d’un scénario à la Hénin-Beaumont, en s’appuyant sur les 28% réalisés par son parti aux dernières européennes et sur l’absence de la droite dans ce scrutin. Mais sa campagne est restée laborieuse. Peinant à recruter, le candidat a été contraint de multiplier les petites combines pour boucler ses listes, et n’a que très peu de possibilités d’alliances.

Enfin, dans l’Ouest lyonnais, les élections municipales échappent en partie à la logique partisane qui prévaut dans le reste de la Métropole. Les « petits maires » sans étiquette, mais de sensibilité plutôt centriste, ont été l’une des pierres angulaires du système Collomb mais devraient perdre en influence avec le nouveau mode de scrutin qui ne leur assure plus autant de sièges au Grand Lyon. Pour l’heure, le groupe des élus Synergie, qui rassemble la plupart de ces maires à la Métropole, s’est scindé en deux obédiences pro-Collomb ou pro-Kimelfeld, mais pourraient aussi se rapprocher de la droite dans la perspective de négociations pour former l’exécutif métropolitain.