Pouvoir acheter son pain ou un morceau de viande en bas de chez soi ; se procurer du poisson ou un paquet de pâtes sans avoir faire plusieurs kilomètres en voiture… La plupart des études l’attestent : les Français sont indéfectiblement attachés à leurs commerces de proximité. Et le phénomène aurait encore été renforcé par la crise sanitaire et les confinements. Fin 2020, selon une étude réalisée par YouGov pour l’Union des entreprises de proximité, 35 % des personnes interrogées déclaraient se rendre plus fréquemment qu’avant dans leurs commerces de quartier, pour les aider à surmonter la crise, comme par souci écologique.

Des résultats que confirme l’appel à témoignages lancé par Mediacités dans le cadre de notre grande enquête sur l’alimentation. Un lecteur lyonnais s’y félicite ainsi de la « multiplication des magasins bio et des boutiques de producteurs, entraînant une extension de l'offre et un éventail de prix plus important », tandis qu’un autre observe dans le quartier Sans Souci que « les commerces alimentaires haut de gamme viennent remplacer tous les "autres" commerces », avec « du choix très qualitatif » mais des prix élevés.

Dans la « capitale de la gastronomie » française, les petits commerces alimentaires semblent en effet se porter plutôt bien. Pour s’en assurer, Mediacités s’est plongé dans la base permanente des équipements de l’Insee qui, des tribunaux aux bureaux de poste en passant par les agences immobilières et les poissonneries, recense les services offerts à la population sur un territoire donné. Dans le Grand Lyon, la recherche y donne des résultats plutôt rassurants.

Des boucheries aux poissonneries, des boulangeries aux épiceries, toutes les catégories de petits commerces alimentaires y ont vu leurs effectifs augmenter entre 2015 et 2020. De façon parfois impressionnante, pour certaines, à l’image des épiceries, dont le nombre a grimpé de 171 unités, soit une hausse de 34,5 %, largement supérieure à la moyenne des métropoles françaises (27,6 %). A l’image, surtout des poissonneries. En cinq ans, elles sont treize à avoir ouvert leurs portes dans le Grand Lyon. Une croissance de près de 60 %, (cinquante points de plus que dans l’ensemble des grandes villes françaises), qui intervient néanmoins après de longues décennies de marasme sur les étals glacés…  

Comme on peut le constater sur la carte ci-dessous, les habitants de la métropole lyonnaise sont néanmoins assez loin d’être les mieux lotis. Et ce, quelque soit le commerce de bouche considéré. Les boucheries-charcuteries, véritables cavernes d’Ali Baba des viandards lyonnais ? Dans la patrie du Jésus, de la rosette ou du saucisson brioché, on s’attendait à les compter à la pelle. Et pourtant, on n’en trouve qu’une pour 3 276 habitants, soit moins qu’à Nice (1/2187), Marseille (1/2585), Toulouse (1/2849) ou même Lille (1/3019). Les boulangeries ? Avec un établissement pour 1482 habitants, Lyon occupe là encore le milieu du classement des métropoles. Et malgré une hausse récente, les résultats décevront un peu plus les plus acharnés des ichtyophages (les mangeurs de poisson) : avec une poissonnerie pour près de 40 000 habitants, Lyon est à la 9e place du palmarès.

Si la base BPE de l’Insee ne permet malheureusement pas de connaître le détail du nombre de commerces à l’échelle de chacune des communes de la métropole, elle indique néanmoins si ces dernières ont vu l’un de ces types de commerces s’implanter ou disparaître au cours des cinq dernières années. En consultant les cartes interactives ci-dessous, on s’aperçoit ainsi que si huit communes du Grand Lyon ont vu une poissonnerie ouvrir ses portes ces cinq dernières années, deux autres ont vu la leur fermer les siennes. Bilan : impossible de se procurer du brochet chez un spécialiste dans près de 70 % des villes de l’agglomération.

Dans le centre de la ville de Lyon, les contrastes sont évidement moins frappants. Sans surprise, tous les arrondissements comptaient au moins une boulangerie, une épicerie et une boucherie en 2015. Et en comptent toujours au moins une cinq ans plus tard. La seule évolution majeure se résume à l'apparition d'une poissonnerie dans le 5e arrondissement. Sauf création récente, seuls les 7e, 8e et 9e en sont encore privés. 


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alimentaire dans d'autres métropoles

Les données utilisées dans cet article sont tirées de la base permanente des équipements de l’Insee. Cette dernière recense les équipements installés sur un territoire, des tribunaux au bureau de poste en passant par les boulangeries et les gymnases. Depuis 2018, l’Insee permet de suivre l’évolution du nombre d’équipements sur une période de cinq ans. Il donne alors accès au nombre d'équipement, par type et par unité urbaine. Le nombre précis par commune n'est en revanche pas publié, pour des questions d'anonymat. Seule la présence ou non d'au moins un type d'équipement dans la commune est indiquée.
Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer le débat public.