On l’ignore parfois, mais c’est à l’éducation que la ville de Nantes consacre la plus grosse partie de son budget : un peu plus de 133 millions d’euros en 2020, soit 6,4% de ses dépenses totales . Rien d’étonnant, donc, à ce que la Chambre régionale des comptes (CRC) des Pays de la Loire consacre aux écoles et à l’accueil périscolaire une bonne partie des 92 pages de son rapport sur la gestion de la ville de Nantes, rendu public le 17 décembre, à l’occasion du dernier conseil municipal.    

D’autant moins étonnant que les services concernés ont connu durant la période d’observation de la CRC (2015-2020) de profonds bouleversements : réorganisation de la direction de l’Education en novembre 2018 ; changement de prestataire au niveau du périscolaire, géré pendant 32 ans par Nantes action périscolaire (NAP) avant d’être repris par la Léo Lagrange Ouest (LLO) en 2018 ; mouvements de grève à répétition de janvier 2019 jusqu’aux dernières semaines… Bref, largement de quoi titiller la curiosité des magistrats financiers.

La CRC pointe un manque de suivi de la politique éducative

Dans leurs observations, ces derniers ne ménagent d’ailleurs pas la municipalité : relevant « une certaine discontinuité dans le suivi de la politique éducative (…), susceptible de générer un certain retard dans l’adaptation des objectifs et des moyens » ; déplorant ensuite que des objectifs précis n’aient pas été fixés à LLO lors de la passation du marché ce qui rend « l'évaluation de la qualité et de l’efficacité des prestations (…) difficile à mener » ; réclamant enfin « un renforcement de l’analyse des calculs des coûts par enfant [du périscolaire] » ou encore une « amélioration de l’évaluation et du suivi des coûts de fonctionnement municipaux ».

Mais au delà de ces remarques d’ordre général – réfutées pour certaines par Bassem Asseh, dans la réponse que le premier adjoint (PS) fait à la CRC – ce rapport est particulièrement intéressant parce qu’il pointe deux des défis majeurs auquel est confronté le système éducatif de la ville : faire face aux conséquences de l’explosion de la population nantaise ces dernières décennies et parvenir à faire du système scolaire et périscolaire un moteur de la réduction des inégalités.

22% d’élèves en plus en quinze ans

Corollaire de l’attractivité nantaise et de ses conséquences (à l’instar de la crise du logement), le premier de ces défis est avant tout démographique. A cet égard, les chiffres sont impressionnants : en 15 ans, les effectifs des écoles publiques nantaises ont cru de près de 22%. On comptait 20 400 élèves dans les classes de maternelle et de primaire en 2020, contre seulement 16 730 en 2005. D’après les prévisions, ils devraient être 2000 de plus en 2024. Comme annoncé dans le programme de Johanna Rolland en 2020, 5 nouvelles écoles doivent être construites pour les accueillir, tandis que 15 autres seront restructurées ou agrandies. Nécessaires, les « investissements massifs dans la politique scolaire » relevés par la CRC pour 2019 vont donc continuer. Ce sont d'ailleurs en partie eux qui justifient la hausse d'impôts annoncée lors du dernier conseil municipal, le 17 décembre. 


Au delà, du nombre d’écoles, voire d’élèves, c’est à l’évolution de celui des classes que la ville recommande de s’attacher. C’est lui qui détermine « une majorité des actions menées », explique-t-elle dans sa réponse à la CRC, citant « l’entretien des locaux, l’équipement en mobilier, les dotations allouées aux écoles, etc ». De fait, entre les seules années 2015 et 2020, le nombre de classes ouvertes à Nantes a cru de près de 21%. 157 ont été ouvertes depuis 2017, dont 91 pour réaliser le dédoublement des CP et CE1 décidé par le gouvernement. « Si ces mesures de dédoublement de classes paraissent pertinentes au plan éducatif dans les écoles concernées, ils n’en demeure pas moins qu’elles ont nécessité des moyens supplémentaires importants (et) non prévus », peut-on lire dans la réponse de la ville de Nantes.

Périscolaire : un nouveau contrat à 18 millions d’euros

Associées à l’explosion démographique, elles ont également généré « une forte tension dans toute l’organisation, dans les secteurs de vie éducative comme dans les services centraux, note la CRC. Ce dont témoignent de nombreux indicateurs : taux d’encadrement (jusqu’à 74 agents encadrés par un seul cadre de proximité) ; forte augmentation de la gestion des remplacements (…), augmentation du nombre de repas servis, des inscriptions scolaires et périscolaires, des besoins en matériels et petits aménagements, en dotations et fournitures, etc. » Une forte tension, donc, et surtout une flambée des coûts. Au total (et y compris la masse salariale), les dépenses pour la politique éducative ont crû de près de 43% à Nantes entre 2015 et 2019, passant d’environ 60 millions d’euros à plus de 85 millions d’euros.

Impressionnante, cette augmentation en partie liée au « premier poste de la politique éducative nantaise », selon la CRC : le périscolaire. Sans surprise, les effectifs y ont là aussi explosé ces quinze dernières années. Et dans des proportions encore plus impressionnantes que ceux des écoles : + 157% pour l’accueil du soir (6 175 enfants accueillis à partir de 16h30), + 71% pour l’heure du déjeuner (14 265 enfants inscrits à la cantine) et + 72% pour l’accueil du matin (1724 enfants accueillis).

Une réussite, d’un certain point de vue, puisque la ville de Nantes a fait de l’accueil périscolaire l’un des fers de lance de sa politique éducative. Mais qui s’est accompagné, notamment après le changement de prestataire, d’un renchérissement des coûts. Ces derniers « ont très fortement progressé, observent les magistrats financiers. (…) Par exemple, sur le temps de midi en 2017, NAP avait recours à 557 personnels animateurs pour un coût de 17,04 € de l’heure. (…) L’année suivante LLO mettait à disposition 628 animateurs pour un montant de 19,10 € de l’heure ».

Des inégalités sociales et territoriales qui se creusent

Pas franchement une surprise, à vrai dire. Comme Mediacités l’expliquait en 2019, en changeant d’opérateur et en s’appuyant sur LLO, la municipalité souhaitait renforcer l’encadrement des enfants, mais aussi réduire la très nette fracture territoriale et sociale qui caractérise l’accueil périscolaire nantais. Or c’est justement le deuxième défi majeur mis en lumière par le rapport de la Chambre régionale des comptes : réussir – enfin – à développer la fréquentation du périscolaire dans les zones d’éducation prioritaire, soit l’un des axes majeurs du « projet éducatif nantais ».

tableau periscolaire Nantes
Source : Chambre régionale des comptes des Pays de la Loire

Or, en la matière, malgré les mesures prises (gratuité pour les familles démunies de ressources, dérogations, etc) et les moyens investis, la CRC juge encore le bilan « en demi-teinte ». En réalité, si la fréquentation du périscolaire a globalement augmenté ces dernières années, les écarts se sont encore creusés entre écoles ordinaires et celles situées en zones d’éducation prioritaire. En novembre / décembre 2014, 75,6% des élèves des premières fréquentaient la cantine et l’accueil du midi contre seulement 53% de ceux scolarisés dans les secondes. Soit un écart de 22,6 points. Cinq ans plus tard, ce dernier atteint 25,1 points (78,8% contre 53,7%) et encore, il atteint 18,1 points (36,6% contre 18,5%) lors de l’accueil du soir, le moment crucial de l’aide aux devoirs.

« Malgré des efforts financiers conséquents de la ville, la réponse adaptée au constat d’un écart qui se creuse en termes de fréquentation de l’accueil périscolaire peine à être trouvée », note la CRC en recommandant à la ville de se doter « d’instruments précis susceptibles de l’aider à faire le point avec le prestataire pour atteindre les résultats escomptés ».

Les écoles nantaises en chiffres

  • 113 écoles publiques du 1er degré (maternelles et élémentaires)
  • 29 écoles privées sous contrat (8 306 élèves)
  • 20 400 élèves en 2020 dans les écoles publiques (+ 22% par rapport à 2005)
  • 132 accueils périscolaires encadrés par 715 animateurs de l’association Léo Lagrange Ouest, 333 ATSEM et 18 enseignants.
  • 14 265 enfants fréquentent l’accueil du midi (soit 70% des élèves scolarisés dans les établissements publics.
  • Près de 2 400 enfants accueillis en moyenne le mercredi dans 29 centres de loisirs

Cet article concerne les promesses :
« Extensions-rénovations de 23 écoles » « Réalisation de 6 nouvelles écoles »
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