Irréaliste », « inutile », voire « anti-démocratique »… Chez la plupart des élus et responsables politiques interrogés par Mediacités, le projet Grand Lille porté par Axe Culture rencontre au mieux une indifférence polie, au pire une opposition farouche. S’ils s’accordent à reconnaître que la gouvernance de la métropole pourrait être améliorée, les relations entre la MEL et les communes simplifiées, la recherche d’une meilleure coopération s’arrête là. Chacun avançant ensuite ses arguments pour contrer l’idée d’une fusion de Lille avec sa première couronne. « Ce serait beaucoup de temps perdu, avance Gérard Caudron, maire (divers gauche) de Villeneuve-d’Ascq, elle-même née de la fusion de trois villages. Selon le vice-président de la MEL, chargé de l’Urbanisme opérationnel, « vu la complexité du processus politique et administratif, le jeu n’en vaut pas la chandelle.

“le pouvoir et l’argent ne sont pas à Lille mais à la Métropole”

Mieux vaut s’attaquer à la refonte des prérogatives de chacun à partir de la Métropole ». Même discours, peu ou prou, du côté de Marc-Philippe Daubresse. Pour le député-maire (LR) de Lambersart, lui aussi vice-président de la MEL (chargé de l’Aménagement du territoire), « le pouvoir et l’argent ne sont pas à Lille mais à la Métropole. C’est là qu’il faut améliorer les choses plutôt que de faire grossir la ville. D’ailleurs, la population ne voudrait pas d’une telle solution ».
L’argument est connu. En 1999, déjà, lors de la fusion de Lille avec Lomme, onze maires de droite opposés au projet (parmi lesquels Jean-René Lecerf, alors à la tête de Marcq-en-Barœul) avaient organisé un referendum sur un éventuel regroupement avec Lille. Sans appel (88,4% de « non » en moyenne), le résultat sonna – et pour longtemps – le glas de toute velléité “fusionniste”. En témoigne, par exemple, la levée de bouclier générale lorsque Jean-René Lecerf changea son fusil d’épaule et émit une proposition du même ordre durant la campagne municipale de 2014. Reste qu’aussi fort et légitime soit-il, cet attachement des habitants à leur ville permet aux maires de défendre leur pré carré sans trop avoir à batailler. Et de préserver au nom de l’histoire et de la proximité, des collectivités et des fauteuils d’élus pourtant privés de l’essentiel de leurs pouvoirs.

“L’union fait la force.
Oui, mais la force de qui ?”

Le pouvoir… Même si personne ne l’évoque ouvertement, c’est autour de lui que se cristallisent les oppositions. « L’union fait la force. Oui, mais la force de qui ? », s’interrogeait le philosophe Alain, en 1925. Cette question, tout le monde se la pose encore aujourd’hui dès que l’on évoque les fusions de communes. En 1999, déjà, celle de Lille et Lomme était observée au prisme du réservoir de voix que ce bastion ouvrier pouvait offrir à Martine Aubry, candidate désignée pour succéder à Pierre Mauroy deux ans plus tard. Et il faudrait être bien naïf pour ignorer le bouleversement politique qu’engendrerait l’entrée de 15 communes dans l’orbite lilloise. D’autant que dix d’entre elles (les plus peuplées, si l’on excepte Villeneuve-d’Ascq) sont actuellement dirigées par un maire classé à… droite. Voilà qui chamboulerait sacrément le paysage. A moins, bien sûr que les électeurs ne contredisent une fois encore les plus savants calculs. Après tout, lors de l’élection municipale 2001, Martine Aubry avait finalement réalisé un score plus faible à Lomme que sur l’ensemble de la ville de Lille…

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Point final.
Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.

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