Les protagonistes de l’affaire du Grand stade respirent. Tous… sauf Damien Castelain. Car si le procureur de la République a bien requis un non lieu quasi général, malgré des délits avérés mais prescrits, il souhaite poursuivre les investigations sur un angle mort qui ne concerne que le président de la Métropole de Lille : l’affaire dite des « pierres bleues ».

Elle surgit à partir d’une déposition spontanée de David Roquet au juge Gentil, le 17 mars 2017. L’ancien patron de Matériaux Enrobés du Nord, une filiale d’Eiffage, a raconté au magistrat être intervenu à la demande de Jean-Luc Vergin, directeur d’Eiffage Travaux Public Nord, pour que 300 mètres carrés de pavés soient discrètement livrés au domicile de Damien Castelain, à Péronne-en-Mélantois. Le juge a donc tiré les fils et ses conclusions, reprises dans les réquisitions finales du procureur de Lille, Thierry Pocquet du Haut-Jussé, sont redoutables pour le président de la Métropole européenne de Lille (MEL). A tel point que le procureur le soupçonne sérieusement de « délit de recel » et réclame la prolongation de l’instruction.

Des factures où le nom d'Eiffage a été retiré

Interrogé sur ces « pierres bleues », qui ont servi à la pose de sa terrasse fin 2009-début 2010, Damien Castelain commence par admettre devant le juge d’instruction s’être adressé à son ami Alain Létard, directeur commercial d’Eiffage Travaux Public Nord, pour trouver un fournisseur. Tout en assurant avoir dûment réglé le matériau et la pose de sa terrasse. Or les investigations du juge Gentil n’ont pas permis de trouver trace d’un paiement quelconque des pierres. La pose (15 000 euros) a été réglée par l’entreprise de David Planckeel, qui se trouve aussi être le voisin de Damien Castelain, en échange de la cession présumée d’un terrain par le président de la MEL. La fourniture des pavés, elle, a donné lieu à des « circuits de facturation inutilement opaques » dans le but premier de cacher le réel commanditaire (le groupe Eiffage). Damien Castelain s’est dit « stupéfait » en l’apprenant de la bouche du juge.

Un président qui ment aux enquêteurs

Le récit précis de l’opération induit de sérieux doutes sur la sincérité de Damien Castelain. Car il est établi qu’il a « menti aux enquêteurs », indique le rapport du procureur, en soutenant qu’il a payé ces pierres à l’entreprise de pose Sarl ES BAT alors qu’il s’est adressé à Alain Létard pour les obtenir. Il est prouvé que Damien Castelain a bénéficié de la fourniture à titre gratuit de matériaux de construction pourtant facturés 17 082,47 euros à la société Boyenval Van Peer d’Arras. Il est aussi établi que Boyenval Van Peer a effectué d'étranges mouvements de facturation/annulation via la société Delambre Gilles & Cie, un partenaire habituel d'Eiffage Travaux Publics, afin que le nom du groupe de BTP n'apparaisse plus dans les transactions.

Le procureur réclame donc la poursuite des investigations afin de caractériser les faits. Ceux-ci peuvent relever de l’abus de biens sociaux (si la fourniture n’a pas été réglée à l’entreprise Delambre Gilles & Cie), d’abus de confiance (si la fourniture s’est faite à l’insu du dirigeant de cette entreprise) ou d’escroquerie (si la société Delambre a été trompée par des tiers). En tout état de cause, indique Thierry Pocquet du Haut-Jussé, « Damien Castelain a sciemment bénéficié gratuitement de ces pierres sans pouvoir ignorer qu’elles avaient nécessairement été payées par quelqu’un et que cette personne ne pouvait avoir aucune raison licite de le faire ».

Voilà qui ne va pas arranger les affaires d’un président déjà rudement bousculé par notre mise en cause pour l’utilisation d’argent public à des fins privés.