Data center à 10 milliards au Bosquel, près d’Amiens : derrière l’annonce spectaculaire, des petits arrangements et des doutes

Disposant d’un accès privilégié à de l’électricité nucléaire, la zone d’aménagement concertée de ce petit village de la Somme a connu des déboires avant qu’Emmanuel Macron ne convainque le japonais Softbank d’y construire un data center géant. Si les moyens financiers ne semblent pas manquer, des zones d’ombre entourent la start-up française chargée de construire l’équipement.

Etablie sur des terres agricoles, la ZAC du village du Bosquel, près d'Amiens, devrait accueillir un campus de data center géant d'une puissance de 1 GW, financé par le japonais Softbank, et largement poussé par le président de la République, Emmanuel Macron. Montage photo : MS/ Mediacités

Le Bosquel, petit village de 343 âmes niché au cœur de la campagne amiénoise, pourrait bien accueillir l’un des plus grands data centers de France, voire d’Europe. D’une capacité annoncée d’un gigawatt (GW), ce centre de calcul consommerait autant d’électricité qu’une ville d’un million d’habitants, sachant que la puissance informatique d’un data center est liée à la production électrique qui peut lui être allouée.

Situé à une vingtaine de kilomètres au sud‐ouest d’Amiens, le village fait partie, avec Bouchain, près de Denain, et Loon‐Plage, dans la banlieue de Dunkerque, des trois sites des Hauts‐de‐France retenus par le fonds d’investissement japonais Softbank pour y installer des data centers géants d’une capacité globale de 3,1 GW. Soit plus de quatre fois la capacité installée dans tout l’hexagone à la fin 2024, selon le baromètre EY du datacenter. C’est la start‐up marseillaise Sesterce qui a été choisie pour réaliser et opérer le data center du Bosquel et le campus dédié à l’IA qui l’accompagnerait.

Dévoilé par le patron‐fondateur de Softbank, Masayoshi Son, le 31 mai, à la veille du sommet Choose France, ce projet spectaculaire représenterait un investissement dans la région de 45 milliards d’euros, dont 10 milliards pour Le Bosquel. Première capitalisation boursière japonaise (255 milliards d’euros), le groupe nippon spécialisé dans les investissements technologiques – il est un des principaux actionnaires d’OpenAI (Chat GPT) -, prévoit en fait de construire des data centers ailleurs en France, ce qui pousserait son investissement total à 75 milliards d’euros dans notre pays.

Il y a encore trois mois, personne n’aurait cru possible un tel conte de fées. Pour arriver à ce succès – qui reste toutefois à concrétiser -, la communauté de communes Somme Sud Ouest (CC2SO, pour les intimes), en charge de la zone d’aménagement concertée (ZAC) du Bosquel, a dû en effet surmonter deux échecs successifs : celui du gigantesque projet de centre logistique prévu initialement ; puis celui de la défection du premier opérateur de data center qui était pressenti.

C’est cette histoire compliquée qu’il convient de raconter, où un petit arrangement financier est apparu nécessaire pour faire advenir le projet. L’arrivée d’un tel équipement s’est faite aussi dans les interrogations, et le manque d’informations des habitants. Elle doit surtout beaucoup à la volonté personnelle d’Emmanuel Macron et à celle d’élus locaux prêts à certaines concessions.

https://www.mediacites.fr/enquete/lille/2026/06/19/data-centers-comment-data4-a-decroche-le-pompon-lacces-aux-700-megawatts-de-la-friche-usinor-a-escaudain/
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Par Blandine Flipo

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