Au 45, rue Béchevelin, un goulot de bouteille brisée attaché à une ficelle pend encore au-dessus de l’entrée. Le 15 décembre dernier, l’Espace communal Guillotière a été inauguré comme on lance un bateau à la mer. Passé la porte, un bar en palettes accueille le visiteur. Dans un coin, quelques tonneaux rappellent le passé de l’entrepôt, occupé jusqu’à la fin des années 1990 par un grossiste en vin. Au centre de l’atelier, un poêle réchauffe les quelques militants attablés autour d’un café. « On a tout nettoyé, on a fait des travaux pour redonner vie au local », précise un jeune homme, bonnet sur la tête. Une quarantaine de bénévoles ont prêté main forte. Tout était prêt pour l’ouverture, constat d’huissier compris. Aux yeux des pouvoirs publics, le bâtiment est désormais un squat. Pour les militants, un lieu de résistance.

« Nous souhaitons, par cette occupation, participer à l’enrayement d’un processus à l’œuvre dans le quartier : le remplacement d’une population modeste par une population plus aisée », a fait savoir le collectif dans un texte mis en ligne. « Face à cette politique de la ville, nous souhaitons organiser concrètement la solidarité entre voisin.e.s du quartier, en dehors des rapports marchands et pour se réapproprier notre quartier », estiment ses membres. A l’étage, quelques logements accueillent déjà des demandeurs d’asile. Des permanences juridiques seront organisées pour leur venir en aide. Progressivement d’autres activités devraient être lancées : cantine collective, laverie automatique à prix libre, cybercafé, cours de danse, salle de répétition… Une trentaine d’idées ont déjà été proposées.

120 logements à la place des ateliers
Cette occupation est le dernier épisode d’un feuilleton urbain qui dure depuis près de dix ans autour d’un bloc d’immeubles, connu sous le nom d’îlot Mazagran. Un gros rectangle encadré par les rues Jangot, Béchevelin, Salomon-Reinach et Capitaine Robert-Cluzan, au cœur de la Guillotière, dans le 7e arrondissement de Lyon. Un quartier populaire en pleine mutation d’environ 28 000 habitants, marqué par une forte pression immobilière.

Ici, les anciens ateliers attirent de plus en plus les promoteurs alléchés par la situation géographique idéale, à quelques centaines de mètres des berges du Rhône. Juste en face de l’îlot Mazagran, l’imposant garage Citroën des années 1930, classé monument historique, a été rénové et accueille aujourd’hui un espace de coworking de 300 places et une école de commerce. Non loin de là, plusieurs immeubles sont déjà sortis de terre, d’autres sont encore en construction. Des façades de cinq ou six étages, proprettes et lisses, donnent un avant-goût de ce que pourrait devenir l’îlot Mazagran.

Pour l’heure, les quelques milliers de mètres carrés de l’îlot sont composés d’un parking, de locaux d’activité (un carrossier, un garagiste, un atelier de réparation de vélo…) et de quelques logements. Autant dire une verrue, aux yeux des pouvoirs publics, soucieux du « rayonnement » et de « l’attractivité » de la ville. « Ces périmètres bâtis sont peu restaurés et participent à une image de paupérisation du quartier », écrivait déjà la mairie du 7e arrondissement, en 2011, dans un document de concertation préalable. Les parcelles sont possédées pour certaines par …

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