«Le financement est 100 % privé. Il n’y a aucun investissement public prévu pour l’ensemble des éléments de programme urbain du projet YelloPark, ainsi que pour le financement long terme du stade (sic). Une première en France ! » Voilà ce qui est écrit, noir sur blanc, dans la FAQ (foire aux questions) du site officiel consacrée au projet YelloPark, porté par Waldemar Kita le patron du FC Nantes et Yohann Joubert, PDG du promoteur immobilier Réalités. Un peu plus loin dans les pages du même site, on trouve cette autre mention : « 0 € d’impôts ou de subvention ». Difficile de faire plus explicite. Pour financer la construction du remplaçant de La Beaujoire et celle du quartier attenant, ses promoteurs revendiquent - fièrement - ne pas faire appel à l’argent public. Dont acte.

Capture du site du projet YelloPark

Dont acte ? Pas tout à fait. Lors de la conférence de presse précédant la première réunion de concertation du projet, le 21 février, une petite phrase lâchée par Waldemar Kita laissait entendre que tout n’était finalement pas si clair. « Il n’y aura pas d’argent public mais l’Etat va nous aider un peu » affirmait alors le propriétaire-président du FC Nantes. S’avançant probablement beaucoup, il tablait sur une subvention du même ordre que celles versées par les pouvoirs publics pour soutenir d’autres projets de construction ou de rénovation de stades, dans le cadre de l’organisation de l’Euro 2016. Et comme il a de la suite dans les idées, l’homme d’affaire a joint le geste à la parole. Le 12 mars dernier, il faisait donc parvenir à Edouard Philippe une lettre que Mediacités s’est procuré et reproduit ici.                    

 

Copie de la lettre de Waldemar Kita à Édouard Philippe

 

De l'argent public pour un projet 100% privé ?

Dans ce courrier Waldemar Kita « sollicite [la] bienveillance [du Premier ministre] pour pouvoir avec [son] associé Yohann Joubert, avoir une audience pour […] présenter plus en détail le projet YelloPark et le futur stade du FC Nantes et demander un soutien financier de l’Etat, au même titre que celui reçu par les autres stades pour l’Euro, en perspective des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 ». Bref, Waldemar Kita réclame de l’argent public pour son projet 100 % privé.                    

Contacté une première fois, le boss du FC Nantes n’a d’abord pas voulu nous confirmer l’envoi de ce courrier, avant de ne plus prendre nos appels. Nous avons rencontré plus de succès côté destinataire. Ayant bien reçu la lettre, les services de Matignon ont indiqué à Mediacités qu'une réunion sur le sujet sera organisée « dans le courant du mois d’avril ». Mais l’on y croisera ni Édouard Philippe, ni Waldemar Kita, ni Yoann Joubert. Autour de la table, devraient se rencontrer David Zelinski, conseiller technique du Premier ministre en charge des sports, un membre du cabinet de la ministre des Sports Laura Flessel, et la député (LREM) de Loire-Atlantique, Aude Amadou.

Waldemar Kita la joue perso

L’ancienne championne n’a jamais fait mystère de son soutien au projet YelloPark. En novembre dernier, en réponse à une question formulée par l’association de supporters “A la nantaise“, elle se félicitait notamment que l’initiative soit entièrement privée. « Il est courageux de la part du FC Nantes et de Réalités de lancer ce projet d’envergure sans demander le soutien financier des collectivités », écrivait-elle, assurant que « Messieurs Kita et Joubert [lui] avaient confirmé qu’ils financeraient intégralement le projet ». De là à jouer le rôle de missi dominici du YelloPark auprès de l’Etat, comme semble le sous-entendre Waldemar Kita dans son courrier ? Sollicitée, la députée a refusé de répondre à nos questions.


Dommage, car cette lettre en soulève un certain nombre. L'une, d'abord, sur la manière dont les acteurs du territoire comptent exploiter l’abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes et la promesse du Premier ministre de soutenir la Loire-Atlantique. Dans le genre, le patron du FC Nantes n'hésite pas, avançant que le YelloPark serait « un beau projet, dans un territoire marqué par le dossier de Notre-Dame-des-Landes ». « Oubliant » les appels des élus (Johanna Rolland et Christelle Morançais en tête) à jouer collectif et à regrouper les attentes, Waldemar Kita joue, sur ce coup là, un peu perso.

Tellement perso, que même Yohann Joubert, PDG du groupe Réalités, est tombé des nues lorsque Mediacités l’a informé de la démarche de son associé auprès du Premier Ministre. Ce même si son nom est associé à la demande de rencontre. « Je n’avais pas connaissance de l’envoi de ce courrier [avant notre premier appel, ndlr]. J’ai demandé à le voir et ait appris à cette occasion que Thierry Braillard en était à l’initiative. » On a connu des équipes communiquant mieux que celle du projet YelloPark…   

Yohann Joubert « pas très à l’aise avec la démarche »

« Je ne suis pas très à l’aise avec cette démarche, poursuit Yohann Joubert. Ce n’était pas l’ambition de YelloPark de demander un soutien de l’État et ce n’est pas le sujet aujourd’hui. » Même s’il prend ses distances avec les méthodes de son associé, le promoteur le défend néanmoins. « Monsieur Kita tente le coup. Je peux le comprendre. » De fait, en cas d’aide des pouvoirs publics, celle-ci ne serait destiné qu’à la construction du stade, partie du projet dont le club et son propriétaire assument le coût et la responsabilité, dans le montage actuel.

Si Yohann Joubert concède souhaiter lui aussi présenter le projet YelloPark au gouvernement, il affirme que c’est pour d’autres raisons : « Je demande à rencontrer l’État, car il s’agit d’un projet d’envergure nationale qui doit être défendu au niveau politique. Je ferai tout pour que l’on n’ait pas besoin d’argent public. S’il nous manquait dix millions d’euros dans quelques années, d’accord. » Les belles promesses d’un projet 100 % privé semblent décidément avoir du plomb dans l'aile.

Yoann Joubert, pdg du groupe immobilier Réalités / image fournie par Réalités

Interrogée sur cette question, dont elle avait fait l’une des conditions de son soutien, la maire (PS) de Nantes, Johanna Rolland, n’a pas voulu « s'exprimer sur un document [qu’elle] n'a pas vu », se contentant de « réaffirmer qu'il n'y aura aucun soutien financier de la Métropole et de la Mairie » à YelloPark. Quant à un éventuel financement de l’État, on estime, dans son entourage, « qu’il serait malvenu ».

« Aujourd’hui on en est pas là », tempère Yohann Joubert. Sans doute, puisque hormis les sommes nécessaires au lancement du projet et aux premières études, aucun argent n’a encore été déboursé par les deux associés. Reste que la conclusion de la missive laisse planer un doute sur leurs capacités. Waldemar Kita y demande l’aide de l’État car « en vertu du principe d’égalité, les Nantais ne sauraient être privés d’une infrastructure nouvelle et moderne ». Est-ce à dire que sans ce soutien, point de nouveau stade ?

Edit du 12 avril à 14 heures 30 : 
Ré-interrogée en marge d'une conférence de presse et après lecture de l'article, la maire de Nantes, Johanna Rolland déclare : «Je ne suis pas favorable au soutien financier de l'Etat dans le dossier YelloPark. 100% privé c'est 100% privé ! »

Écoutez la réaction de Johanna Rolland à l'enquête de Mediacités: 
(Interview par Antony Torzec)

Benjamin Peyrel  et  Antony Torzec
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.