Suite à notre enquête sur les résultats des inspections menées dans les établissements scolaires privés après l’affaire Bétharram, le secrétaire général de l’enseignement catholique affirme vouloir poursuivre Mediacités en justice. C’est se tromper à la fois de cible et de colère.
«On vous l’a dit et vous avez publié votre article. Donc on va vous attaquer en diffamation […]. On vous avait dit de ne pas le faire. » Ce lundi 26 janvier, Guillaume Prévost, le secrétaire général de l’enseignement catholique semble particulièrement remonté. Pourtant, ce ne sont pas les derniers remous de l’affaire Betharram, à propos desquels il a convoqué cette conférence de presse, qui semblent particulièrement le contrarier. Non, la raison de sa colère est ailleurs : dans l’enquête que Mediacités a publiée quelques jours plus tôt à propos des inspections menées par l’Éducation nationale dans près d’un millier d’écoles, collèges et lycées privés, catholiques dans leur grande majorité.
Guillaume Prévost ne voulait pas que cette enquête paraisse. Parce que l’image des établissements privés que renvoient ces rapports d’inspection ne correspond pas à celle qu’il souhaite en donner. Parce qu’il estime que « la plupart des mises en demeures [réalisées par les inspecteurs] sont fausses et non avenues », selon son interprétation du « caractère propre » de l’enseignement privé. Parce qu’il espérait obtenir du ministère de l’Éducation que le contenu de ces rapports soit édulcoré avant d’être rendu public.
Des documents publics et d’intérêt public
Pas de chance, au terme d’une longue enquête (il a fallu contacter un à un chacun des 30 rectorats), notre journaliste Matthieu Slisse a obtenu une quarantaine de ces fameux rapports. Des documents officiels et publics, comme l’a reconnu la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada). Des documents dont l’intérêt public ne fait aucun doute : 2 millions d’élèves sont scolarisés dans les 7500 établissements scolaires de France, qu’ils soient confessionnels ou non.
A l’issue de cette enquête, Matthieu Slisse a cherché à de nombreuses reprises à recueillir l’avis du secrétaire général de l’enseignement catholique sur ces documents. Sans succès. S’il avait daigné répondre à nos questions, Guillaume Prévost aurait pu donner son point de vue, pointer les passages contestables, selon lui, argumenter autour de l’un des points clés de ces rapports : le caractère facultatif de l’instruction religieuse, sur lequel son interprétation et celle du ministère divergent. Au lieu de cela, il a préféré rejeter nos demandes et nous enjoindre de ne pas publier notre enquête.
Tirer sur le messager plutôt que lui répondre
Il n’en était évidemment pas question. Comme il n’est pas plus question de prendre peur devant ses coups de menton et sa menace de nous attaquer en justice pour diffamation. On se demande d’ailleurs bien sur quoi une telle procédure se fonderait : notre enquête s’appuie sur des documents publics, qu’elle analyse et qu’elle cite. Quand les inspecteurs de l’Education nationale rappellent à l’ordre tel ou tel établissement sur son règlement intérieur, c’est un fait. Si Guillaume Prévost n’est pas d’accord avec les inspecteurs, qu’il s’en explique avec eux ou avec le ministère. Mais qu’il ne tire pas sur le messager, alors même qu’il a refusé de lui répondre.
Reste que la menace d’un procès est lancée. Se concrétisera‐t‐elle ? Nous vous tiendrons bien sûr au courant. Comme c’est souvent le cas, le but de la manœuvre n’est d’ailleurs peut‐être pas de se retrouver devant la barre d’un tribunal mais plutôt de tenter de jeter le discrédit sur le travail d’un journaliste et, par la même occasion, d’intimider les autres médias qui pourraient être tentés de s’intéresser à ces fameux rapports.
La ficelle est connue, grossière, mais ils sont malheureusement de plus en plus nombreux à tirer dessus, ceux qui ne supportent pas que des journalistes révèlent des faits qui ne correspondent pas à leurs intérêts ou à leur stratégie de communication. Le coup est toujours difficile à encaisser. Il l’est encore plus quand il provient d’une personne et d’une institution dont le métier est d’instruire des enfants et futurs citoyens. Mais cette fois, comme les autres, il ne nous empêchera pas de continuer notre travail d’information pour nourrir le débat public.
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C’est la rançon du journalisme d’investigation… Depuis sa création, il y a près de dix ans, Mediacités est régulièrement la cible d’attaques en justice de la part de personnes ou d’institutions mises en cause dans nos enquêtes [Nous vous décrivons toutes ces procédures dans cet article]. C’est bien sûr leur droit mais c’est surtout le plus souvent une manière, par des procès baillons, de tenter de nous empêcher de faire notre travail. Chaque procédure nous coûte en effet énormément de temps, d’énergie et d’argent. Autant de ressources dont un journal indépendant comme le nôtre ne dispose qu’en quantité limitée.
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