Son nom n’est pas connu du grand public, mais elle donne de la voix. L’association la Transalpine, ardente zélatrice du Lyon-Turin depuis trois décennies, fédère les partisans de cette ligne ferroviaire à grande vitesse en construction entre la France et l’Italie et qui promet de « gommer » les Alpes avec son tunnel transfrontalier de 57 kilomètres. Basée à Lyon, elle élabore la communication autour du projet ; se démène auprès des élus – ministres, parlementaires français et européens – et auprès des journalistes ; distille des "éléments de langage" judicieusement révisés en fonction de l’actualité politique ; contrattaque lorsque des rapports officiels torpillent le projet, comme de nombreux avis et référés de la Cour des comptes.

Sur les réseaux sociaux, elle tacle aussi avec acrimonie et constance les opposants français ou italiens. Ses tweets sont devenus très vindicatifs depuis la nomination en mai d’un nouveau gouvernement à Rome. La coalition composée de la Ligue du Nord et du Mouvement Cinq étoiles entend rediscuter avec la France cette infrastructure imaginée dans les années 1980 et qui devrait coûter au moins 26 milliards d’euros selon l'estimation de la Cour des comptes en 2012.

Raymond Barre et Franck Riboud

En revanche, pour tout ce qui concerne sa cuisine interne, le Comité pour la Transalpine Lyon-Turin (le nom complet de l’association) cultive une solide discrétion. Son site web résume ainsi son objet : « Mener toute action de nature à faciliter ou accélérer la réalisation de la liaison ferroviaire, en France et auprès des institutions de l’Union européenne ». Exemples ? Ce séminaire organisé à Paris en 2014 avec son homologue italien, le Comitato Transpadana, sur les financements des infrastructures de transports. Ou encore cette lettre ouverte cosignée par une soixantaine de « grands élus » et adressée en mai dernier à Emmanuel Macron pour lui demander d’accélérer la réalisation des accès français au tunnel transfrontalier.

Depuis 2016, l’association est présidée par Jacques Gounon, PDG du groupe Getlink (ex-Eurotunnel). Il a pris le relais de Franck Riboud, l’ancien patron du groupe Danone et Lyonnais d’origine, lequel avait lui-même succédé à Raymond Barre, alors député du Rhône et maire de Lyon. A la vice-présidence, on trouve un haut-fonctionnaire, François Lépine, qui a été directeur des services du Conseil général de Savoie. Toujours sur son site internet, la Transalpine explique fédérer des « collectivités territoriales, des entreprises, des organismes économiques, syndicaux, consulaires et des associations », et une cinquantaine de membres individuels. Curieusement, ni les collectivités ni les entreprises partenaires ne sont nommées. Aucune information non plus sur le financement ou les rapports annuels d’activité de l’association.

« Sur le principe, on n’a rien à cacher »

Demandons à Stéphane Guggino, délégué général de l’association. Son accueil s’avère tour à tour glacial et volcanique. En poste depuis 2016, notre interlocuteur a été directeur de la communication du département de la Haute-Savoie, puis de la candidature française d’Annecy aux Jeux olympiques d’hiver, puis, enfin, de la Chambre régionale de commerce et d’industrie. Répondre à Mediacités, c’est niet ! « Sur le principe, on n’a rien à cacher. Mais si je vous parle, vous ferez un article à charge », s’énerve-t-il d’emblée, nous reprochant « une ligne éditoriale très critique pour le Lyon-Turin » [lire En coulisses]. Le terme « lobby » le fait sortir de ses gonds : « On est une association reconnue d’intérêt général, le contraire d’un lobby ! » Habile jeu sur les mots et . . .

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