Le téléphérique urbain de Brest. Photo : CC /Claude Peron

Le téléphérique de Martine Aubry peut-il voir le jour d’ici six ans ?

Dans leurs programmes, les candidats aux municipales s’avancent parfois un tantinet. Et promettent des réalisations trop floues pour ne pas cacher un loup, comme dit Martine Aubry. Veracités se penche sur ces propositions qui « ne mangent pas de pain » en commençant justement par la promesse de la maire de Lille de mettre en service un téléphérique urbain en cas de réélection.

Comment relier les futurs quartiers de Fives-Cail et Saint-Sauveur – ces deux « montagnes » que Martine Aubry aimerait laisser derrière elle – alors qu’un torrent de voies ferrées les sépare ? Grâce à une ligne aérienne, pardi ! Au chapitre « mobilité » de son programme pour un éventuel quatrième mandat, la maire sortante promet « la mise en service d’un téléphérique entre Fives Cail et Saint-Sauveur ».

Martine Aubry y croit-elle seulement elle-même ? Elle, qui répète à l’envi que son programme se distingue des autres par son réalisme et sa faisabilité, se garde bien de faire mention orale de cette promesse de campagne. Plus troublant, l’ouvrage ne figure même pas sur le plan accolé à son programme. 

Carte_Programme_Aubry

L’idée d’un téléphérique pour désenclaver Fives n’est pas nouvelle. Défendue par Pierre de Saintignon, l’ancien premier adjoint de Martine Aubry, elle figurait déjà dans le programme des Verts… en 2008. Tel un serpent de fer, le téléphérique est réapparu en juin 2019. Inscrit noir sur blanc dans le schéma directeur des infrastructures métropolitain voté par la MEL.

Peu probable avant 2030

Ce document qui préfigure l’avenir des transports collectifs de la métropole prévoit entre 1,6 et 2,3 milliard d’euros d’investissement pour la période 2020-2035. Au menu, 5 nouvelles lignes de tramway, un prolongement de la ligne 1 du métro, mais aussi… « un nouveau mode de transport innovant (par câble par exemple) entre les nouveaux quartiers de Lille Saint Sauveur et Fives-Cail-Babcock ». Chantier qui, précise le SDIT, a « une visée opérationnelle à long terme ».

Carte_SDIT_28_juin

Sur la carte du SDIT, le téléphérique (point Z3) apparaît en jaune au chapitre « projet à long terme ». Bref, on s’attaquera au projet au mieux en 2030. Et encore… Rappelons que le SDIT n’est qu’une déclaration d’intention. Sans quoi il n’aurait jamais été voté à l’unanimité comme ce fut le cas, diront les mauvaises langues. Avant d’être réalisées, les propositions de ce schéma directeur demandent encore à être étudiées, débattues, budgétées… avant d’être votées. A ce jour, la commission nationale du débat public n’a même pas été saisie, sachant que cette consultation, obligatoire pour les projets le plus coûteux, dure près d’une année.

Un projet d'au moins 20 millions d'euros

Une fois bouclées les consultations et les études de faisabilité, encore faudra-t-il que la future majorité lilloise soit assez forte et persuasive pour imposer à ses partenaires métropolitains la construction d’un ouvrage lillo-lillois, estimée au bas mot à 20 millions d’euros. Enième exemple de ces mesures annoncées par les candidats aux municipales… alors qu’elles dépendent en réalité de la métropole.

Dans ce long parcours du combattant, il faudra aussi convaincre l’opérateur privé qui gère les transports collectifs de la MEL de bien vouloir assurer l’exploitation de la machine. Et c’est loin d’être gagné ! Kéolis, la société en charge des transports collectifs de la MEL (sous le nom d’Ilevia) exploite le seul exemple d’ouvrage similaire en France (pour 800 000 euros par an). Et elle en connaît les difficultés. Après son inauguration en 2016 à Brest, le téléphérique franchissant en 3 minutes les 500 mètres de rivière séparant le Vieux-Brest du nouvel écoquartier des Capucins – la distance entre Fives-Cail et Saint-Sauveur - a multiplié les incidents : chute de cabine, arrêts intempestifs, ouverture inopinée des portes…

Depuis un an, la ligne aérienne brestoise va mieux : elle transporte chaque année quelque 800 000 passagers et participe à l’image sympathique de la ville. On adorerait la même chose pour Lille, mais n’en déplaise à Martine Aubry, il faudra attendre au mieux le mandat 2026-2032 pour l’inauguration.

Alexandre Lenoir

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