Où sont passées les victimes d’AVC et d’infarctus qui ont disparu pendant le confinement ?

Institut Coeur Poumon du CHU de Lille. Photo : CHU de Lille
Question de Sarah :

« Depuis l’épidémie de Covid-19, y a-t-il eu moins de personnes
victimes d’AVC ou d’infarctus ? Où sont-elles passées ?

Bonjour,

Dès le début du confinement, le 17 mars, les professionnels de santé se sont inquiétés dans les médias de voir moins de patients victimes d’accidents vasculaire cérébral et d’accidents cardiaques dans leurs services d’urgences. Certains ont estimé cette réduction à plus de 50 % au niveau national. Qu’en a-t-il été dans la métropole lilloise ?

En fait, le nombre de malades n'a pas subitement diminué, surtout dans une région, les Hauts-de-France, qui est l'une des plus touchées par ces pathologies. Il y a eu en revanche beaucoup moins d'hospitalisations. Toutefois, les services concernés n’ont pas tous enregistré les mêmes baisses de fréquentation. En cardiologie, le CHU de Lille estime la chute à 25 %. En neurologie, la situation a été différente selon les établissements : le Groupement hospitalier de l’Institut catholique de Lille (GHICL) a noté une baisse significative de patients d’au moins 50 %. En revanche, le service de neurologie du CHU de Lille a continué à recevoir pratiquement autant de patients qu’avant.

« Nous avons pointé une chute importante de patients pour les infarctus du myocarde aigus durant les trois premières semaines de confinement, note le Professeur Gilles Lemesle, cardiologue à l’Institut coeur-poumon du CHU de Lille. Nous avons reçu 35 patients entre le 15 mars et le 15 avril alors qu’en moyenne, ils s’élèvent à une cinquantaine. » Soit une baisse d'environ 25 %. « La réduction est en grande partie liée au fait que les patients n’appelaient pas de peur d'être contaminés par le virus ou d’une surcharge de nos services », poursuit Gilles Lemesle. La mise en place de parcours différenciés pour les patients Covid et les autres n’a pas été suffisante pour les rassurer.

Chute des consultation pour infarctus de petite taille

« Les infarctus dits de grosse taille, très bruyants, ont continué de venir. En revanche, les infarctus de petite taille avec des douleurs à la poitrine plus ou moins persistantes rechignaient davantage à consulter. » Un certain nombre de patients offrant des symptômes semblables avec ceux du Covid-19, comme un essoufflement ou des douleurs digestives, ont pu être mal orientés au départ, ce qui a rallongé la durée de prise en charge. « Mais ils sont à la marge, précise le Professeur Lemesle. On a surtout vu des patients qui tardaient à appeler. Or les dégâts peuvent être irréversibles. »

Côté neurologie, le tableau n’est pas le même. « Une personne qui devient soudainement hémiplégique n’hésite pas à appeler, précise le docteur Hilde Henon, neurologue au CHU de Lille. Nous sommes assez proches, en nombre absolu, de la fréquentation à la même époque l’année dernière. » Avec en moyenne 130 cas d’AVC par mois, le service enregistre un taux équivalent, entre 110 et 120 par mois pendant le confinement. « Nous avons néanmoins l’impression que les sujets étaient en moyenne plus jeunes. On a vu moins de sujets âgés. Comme ils sont plus à risque par rapport au virus, on peut aussi supposer qu’ils ont été atteints, voire qu’ils sont décédés. »

Parmi ces sujets âgés, Hilde Henon note une légère baisse des patients de 85 ans et plus et, surtout, une baisse des patients présentant des formes mineures. « Le retentissement peut être dans six mois. Mais des signes non pris en compte, comme des fourmillements dans un bras, peuvent être tout autant irréversibles qu'ils peuvent régresser. »

« Dès la levée du confinement, les patients sont revenus massivement »

Un tel maintien de l’activité n’a pas été relevé dans tous les établissements. « Pendant le confinement, nous avons observé une diminution de 50 % pour les AVC par rapport à l’activité habituelle, renseigne le Professeur Patrick Hautecoeur, chef du service neurologie du Groupement hospitalier de l’Institut catholique de Lille (GHICL). Cela pourrait s’expliquer par le fait que les patients sont essentiellement orientés, pour la métropole lilloise, vers le CHU. » Sur 22 lits que compte le service neurovasculaire, 8 à 10 ont été occupés les quinze premiers jours du confinement. « On s’est demandé où étaient passés les patients car les AVC existent toujours. Un rebond avec des problèmes majeurs est à considérer. »

Même crainte pour les professionnels du CHU. « A court ou moyen termes, nous risquons de voir arriver des AVC mineurs avec perte de sens, estime Hilde Henon. Si nous n’arrivons pas à endiguer le retard accumulé dans cette prise en charge, nous risquons une suractivité majeure. »

Le GHICL commence à constater un retour des malades. « Dès la levée du confinement ce 11 mai, les patients sont revenus massivement, indique le Professeur Hautecoeur. Nos services de neurologie vasculaire et de cardiologie sont pleins. » Sur les 22 lits de l’unité neuro-vasculaire, 18 sont occupés. « Le service est complet car, dans les chambres doubles, seul un patient peut être accueilli pour éviter tout risque lié au Covid-19. » Ce rebond est compliqué à gérer en raison du virus, encore présent. « L’ARS nous demande de garder des places dans l’éventualité d’une deuxième vague de contamination au coronavirus. Nous commençons à nous interroger sur le plan éthique car des patients dont la maladie s’aggrave faute de soins commencent à revenir et il faut les soigner. »

Nadia Daki