Hauts-de-France : A quoi correspondent les 100 000 emplois verts promis par Karima Delli ?

Question d'Yves à Mediacités :
« La liste d’union de la gauche aux régionales dans les Hauts-de-France annonce la création de 100 000 emplois « verts et durables. Qu’y a-t-il concrètement derrière cette promesse ? »

Bonjour Yves, merci pour votre question.

C’est l’une des propositions phares de Karima Delli pour les élections régionales dans les Hauts-de-France. La cheffe de file de la liste d’union de la gauche, baptisée « Pour le climat, pour l’emploi », promet en effet de « créer 100 000 emplois verts et durables » en « investissant dans les filières d’avenir ». Sur quoi repose un tel chiffre ?

La marque est avant tout symbolique. La coalition de la gauche espère même légèrement la dépasser grâce à la rénovation thermique des bâtiments (40 000 emplois visés), la conversion à l’agriculture biologique (30 000), le commerce en circuit court (15 000), la gestion et le tri des déchets (10 000) ou encore le désamiantage et la dépollution (10 000). À ces cinq filières principales s’ajoutent l’industrie textile, avec le développement de la culture du chanvre et du lin (5 000 emplois espérés), ou encore le ferroviaire avec le développement des trains à hydrogène (2 000). Soit, au total, jusqu’à 112 000 nouveaux postes.

Pour arriver à cet objectif, les élus de la liste « Pour le climat et l’emploi » estiment que le conseil régional devrait dépenser 50 millions d’euros par an. Comment ? En prenant en charge, à hauteur de 25 %, les cotisations sociales des employeurs qui participeraient à ces filières. En somme, « une aide à la bifurcation », explique Alexandre Ouizille, secrétaire de la fédération PS de l’Oise et tête de liste de la coalition dans le département. Cette mesure fiscale sera complétée par une « incitation par la demande ». Est envisagé, par exemple, l’augmentation de la part du bio dans les cantines des lycées qui sont sous la responsabilité des régions.

Pour établir ces objectifs, Karima Delli et ses collaborateurs se sont appuyés sur les travaux de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), indique Alexandre Ouizille. Une étude publiée en septembre 2020, intitulée « économie circulaire et emplois dans les Hauts-de-France », s’est penchée sur le nombre d’emplois dits « verts », dans le cadre de la troisième révolution industrielle (rev3). Elle anticipe trois scénarios différents à l’horizon 2030 et 2050, allant du statu quo en termes de politiques publiques à un plan qualifié d’« ambitieux ». « 2030, c’est presque la fin du prochain mandat », souligne Alexandre Ouizille. Les prochaines élections régionales seront en effet retardées d’un an, en 2028, afin de ne pas se dérouler en même temps que la présidentielle.

Des prévisions à prendre avec prudence

Les chiffres de l’Ademe semblent toutefois moins ambitieux que ceux envisagés par Karima Delli. En matière de rénovation thermique des bâtiments, par exemple, principal vivier d’emplois « verts », ou dans le domaine de la vente directe en circuit court, l’étude citée en référence évoque des chiffres qui se rapprochent de ceux de la liste d’union de la gauche... mais pas avant 2050.

Reste enfin à convaincre des milliers de personnes de s’orienter vers ces nouveaux métiers. Une tâche pas si évidente que cela. Dans le secteur de l’assainissement, la gestion des déchets et la dépollution, le nombre d’employés a en effet baissé entre 2016 et 2019, d’après la Chambre de commerce et d’Industrie (CCI) des Hauts-de-France. Pour Alexandre Ouizille, il est donc urgent de réformer la politique régionale de l’emploi. Une politique qu'il juge totalement inefficace.

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