La Métropole de Lyon annonce la réfection d'une piste cyclable avec un enrobé bitumineux « plus écologique », le Biophalt. Crédit : K.Lalo/Métropole de Lyon.

Piste cyclable « écologique » : la Métropole de Lyon s’adonne-t-elle au greenwashing ?

Question de Fabrice à Mediacités : « Le Grand Lyon a annoncé rénover une piste cyclable avec un enrobé écologique. Qu’en est-il vraiment ? »

Bonjour Fabrice,

Merci pour votre question qui fait référence au chantier entrepris entre Meyzieu et Décines. Effectivement, la Métropole de Lyon a communiqué sur la réfection, sur 2,7 kilomètres, de la piste cyclable qui longe la ligne de tramway T3, en mettant en avant « un revêtement nouvelle génération », un enrobé « plus écologique avec une empreinte carbone quasi-neutre » ou encore « du bitume recyclé ».

« En expérimentant un tout nouvel enrobé "écologique", nous montrons notre détermination à conjuguer transition écologique et développement économique pour les entreprises du territoire », s’est félicité le président Bruno Bernard (EELV), dans le communiqué diffusé par ses services. L’adjectif « écologique » a été repris par certains de nos confrères comme ici dans le titre des Échos.

Mais qu’en est-il vraiment, pour reprendre les mots de votre question ? Derrière les louanges du Grand Lyon, on trouve le Biophalt, un enrobé bitumineux du constructeur Eiffage. Mediacités a contacté l’un de ses concepteurs, Emmanuel Chailleux, coordinateur du projet BioRePavation aux côtés d’Eiffage. « Pour fabriquer une route, on a besoin de granulats et d’une colle. On utilise généralement du bitume pétrolier, explique ce chercheur à l’université Gustave-Eiffel (à Marne-la-Vallée). La spécificité du Biophalt, c’est de remplacer cette colle par de la biomasse : un liant végétal issu de la poix de pins des Landes. »

Eiffage
Capture d'écran site Eiffage Route.

Ne pas confondre « bio-sourcé » et « naturel »

Le mot « écologique » n’est donc pas usurpé ? Pas si vite… Comme le souligne lui-même Emmanuel Chailleux, le liant du Biophalt n’est pas totalement issu de la biomasse. Le chercheur avance le chiffre de 90%. Reste « un petit pourcentage de produits polymères issus du pétrole », développe-t-il. Le mélange peut, entre autres, comprendre « des liants, des siccatifs (catalyseurs accélérant le durcissement) » ou encore de « la chaux hydratée », selon le brevet d’invention, déposé le 24 novembre 2014. D’autres produits dérivés du bitume peuvent aussi être ajoutés, comme des « fluxants », également appelés « bitume fluxé ».

Cette composition n’étonne pas Kako Naït Ali, docteure et ingénieure en chimie des matériaux : « On dit souvent qu’il n’y a pas de pétrole dans les produits bio-sourcés. Mais il y a toujours des additifs. » « Il faut se méfier du terme "bio-sourcé", prévient-elle. Il signifie que l’origine est naturelle, mais pas que le produit est biodégradable et respectueux de l’environnement. Ce mot désigne une molécule issue de la biomasse, mais ne concerne pas ce qu’on en fait après. Autrement dit, un produit bio-sourcé n’est pas forcément naturel. »

Quid de la piste cyclable du Grand Lyon ? « Pour le Biophalt, ce liant d’origine végétale doit être modifié chimiquement, sans quoi les routes ne seront jamais solides ni durables ! », assène la chimiste. Selon elle, créer une route avec des produits 100% naturels relève davantage du fantasme que de la réalité.

Neutralité toute relative

Passons maintenant au second argument : « l’empreinte carbone quasi-neutre ». « Le Biophalt est chauffé à 130°, alors qu’un enrobé traditionnel se fabrique plutôt à 160° », précise le constructeur Eiffage. Cette méthode permet « de gagner en énergie de production et de réduire l’impact carbone des chantiers », complète Emmanuel Chailleux. La Métropole promet aussi de recycler des morceaux de la chaussée du Grand Lyon. Là encore, l’enrobé miracle semble plus respectueux de l’environnement… sur le papier. Car ce que ne précisent pas les communicants de Bruno Bernard, c’est que seuls 50% des granulats utilisés dans le Biophalt sont issus d’anciennes routes. Le reste « provient généralement de carrières », explique Kako Naït Ali.

Difficile dans ce cas d’invoquer une empreinte carbone neutre. D’où de subtiles nuances dans la communication de la Métropole… « Il n’est pas question de neutre, mais proche », précise-t-elle, le 3 décembre, sur Twitter suite à l’interpellation d’un internaute.

De son côté, Kako Naït Ali doute de la pertinence de cette notion de quasi-neutralité affichée par le Grand Lyon et l’entreprise Eiffage. « Pour arriver à une telle conclusion, Eiffage doit considérer que toutes les émissions de CO2 produites sont compensées, de la fabrication jusqu’à la fin de vie du produit. Or, on ne connaît pas encore la durée de vie de la route et on ne prend pas non plus en compte tout ce qui roule dessus. Parler de compensation carbone parce qu’on utilise un produit issu de la nature me semble très étrange. »

En résumé, pas de quoi conclure à la piste cyclable révolutionnaire ? « En lui-même, Biophalt n’est pas plus respectueux de l’environnement qu’un enrobé classique, admet Emmanuel Chailleux. La véritable plus-value écologique, c’est la matière renouvelable. On met moins de bitume dans l’enrobé. C’est malgré tout très encourageant de voir qu’on peut se passer du pétrole. »

Brianne Cousin

Cet article concerne la promesse :
« Créer un Réseau Express Vélo (REV) de 450 kilomètres »
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