Johanna Rolland, maire de Nantes et présidente de France Urbaine, lors des Journées nationales de l'association à Nantes, le 9 et 10 septembre 2021. / Photo : préfecture de Loire-Atlantique

Combien ont coûté à Nantes les Journées nationales de France Urbaine ? Et, au fait, c’est quoi France Urbaine ?

- « Bonjour. Je m'interroge sur le fonctionnement de France Urbaine : quels sont ses statuts ? Où sont ses locaux ? Qui sont les permanents qui y travaillent ? Quel est son budget ? Comment tout cela est-il financé ? Bref, j'aimerais en savoir plus sur cette énième strate administrative de pouvoir, éloignée aussi bien des électeurs que du monde rural. » Isabelle

- « Combien a coûté l’organisation des rencontres de France Urbaine à Nantes, en septembre ? Et qui a payé ? France Urbaine ou la ville de Nantes ? » Loïc

Bonjour Isabelle et bonjour Loïc,

Une fois n’est pas coutume, nous répondrons en une seule fois aux questions que vous nous avez tous les deux posés à propos de France Urbaine, l’association regroupant les grandes villes et métropoles françaises que préside Johanna Rolland, maire (PS) de Nantes et présidente de sa métropole, depuis 2020.

Même si sa question est arrivée après la vôtre, Isabelle, nous répondrons à celle de Loïc en premier, l’antériorité cédant le pas au vieux principe journalistique qui veut que l’actualité la plus « chaude » (la plus récente, tout du moins) arrive au plus haut dans l’article. Combien donc a coûté l’organisation à Nantes des Journées nationales de France Urbaine, les 9 et 10 septembre dernier ? Et qui a réglé la facture ?

Les Journées nationales sont l'un de trois rendez-vous nationaux de l'association France urbaine. Elles sont organisées tous les ans dans une ville différente (Arras en 2017, Dijon en 2018 et Toulouse en 2019), afin d’échanger sur les grands enjeux des territoires urbains. Nantes avait déjà accueilli cette manifestation en 2001. L’a-t-elle fait cette année à l’instigation de Johanna Rolland, élue à la tête de l’association en 2020 ? Apparemment non : Nantes avait été désignée ville d’accueil un an auparavant, en 2019.

234 000 euros à la charge de Nantes Métropole

Venons en à la facture. Depuis près de 50 ans qu’existe cette manifestation (qui s’appelait auparavant Journées des communautés urbaines), la tradition veut que ce soit la ville accueillante qui la règle. Pour cette édition 2021, le budget s’élevait, selon France Urbaine, à 234 208 euros. Une somme intégralement réglée sur le budget de Nantes Métropole et qui ne comprenait pas le salaire des 58 agents de la ville et de la Métropole qui se sont portés volontaires pour prêter main forte à l’organisation, comme l’a dévoilé Médiacités.

Ces Journées nationales nantaises ont accueilli 900 congressistes. 80 % ont participé aux deux jours de manifestation. Les autres n’étaient présents qu’à certains moments, comme lors du dîner de gala offert dans les nefs des anciens chantiers navals de l’île de Nantes. Parmi ces congressistes les cadres de collectivités (directeurs généraux des services, membres de cabinet, techniciens…) étaient majoritaires (55 %), les élus ne représentant que 45 % des participants.

De votre côté, Isabelle, vous souhaitiez en savoir plus sur la nature et sur le fonctionnement de France Urbaine. Une précision, tout d’abord : elle a beau en avoir la couleur, très institutionnelle, on ne peut parler, à son propos d’une « énième strate administrative du pouvoir ». En effet, France urbaine n’est pas une administration, mais bien une association, créée sous le statut défini par la loi de 1901. Elle est née en 2015, de la fusion de l'Association des maires de grandes villes de France (AMGVF) et de l'Association des communautés urbaines de France (ACUF), deux autres groupements d’élus qui dataient respectivement de 1974 et 1989.

106 collectivités adhérentes

Association de collectivités et non d’élus (même si ceux-ci composent son bureau et ses différentes commissions), France Urbaine regroupe, selon son dernier rapport d’activité, 22 métropoles, 13 communautés urbaines, 16 communautés d’agglomération, 50 grandes villes et 5 établissements publics territoriaux. Soit 106 collectivités regroupant plus de 2 000 communes et 30 millions d’habitants.

Comme n’importe quelle association, ses statuts sont donc déposés en préfecture et publiés au Journal Officiel. Leur dernière version date de janvier 2020. Que nous disent-ils ? D’abord que France urbaine se veut « le représentant des territoires urbains auprès des pouvoirs publics ». Un objet qui, comme vous le pointiez Isabelle, l'éloigne de facto des « préoccupation du monde rural ».

Interrogé par Mediacités, le service de communication de l’association nous précise que son rôle « est de mettre en relation [ses membres] et de les mobiliser, afin d'échanger des points de vue et des bonnes pratiques ». Mais également de « représenter ses adhérents, de faire part de leurs expériences et de leurs demandes auprès des différents acteurs qui participent à la décision (Services de l’État, gouvernement, Parlement, corps intermédiaires, partenaires, organismes, associations d'élus et de collectivités…) ». Bref, de jouer le rôle d’un lobby des grandes collectivités.

siege France Urbaine
Le siège de France Urbaine, dans cet immeuble de bureau du 22-28 rue Joubert, dans le IXe arrondissement de Paris. / Capture Google Street View

Lobbying auprès du gouvernement

Pour l’année 2020, l’association se targue ainsi d’avoir obtenu 32 rendez-vous avec des ministres, trois avec le Premier d’entre eux et un avec le président de la République. Auxquels s’ajoutent des auditions devant le Parlement. Pour parler de quoi ? Dans le petit texte qui ouvre le dernier rapport d’activité de l'association, Johanna Rolland met en avant les interventions dans le cadre « du projet de loi “Lutte contre le gaspillage et économie circulaire“ », du « Ségur de la Santé » ou encore du « projet de loi de finances pour 2021 ».

Mais le travail de France Urbaine se fait aussi dans 21 commissions thématiques, qui concernent aussi bien les finances publiques que le logement, la santé ou les stratégies alimentaires territoriales. Un travail qui donne lieu à la parution chaque année d’une vingtaine de rapports, parmi lesquels – par exemple – la « Contribution de France urbaine pour un plan de relance économique et social ».    

Composé d’un représentant de chacune des collectivités membres, c’est le conseil d’administration qui, selon les statuts, « détermine les grandes orientations du projet de l’association, sa stratégie, son programme d’activité ». Ce sont les membres du Bureau, au nombre de 18 (6 représentants des Métropoles, 6 des villes et 6 des communautés d’agglomération urbaines ou EPT) qui se chargent ensuite de gérer les affaires courantes. Sans percevoir pour cela de rémunération. Statutairement, les fonctions de membre du conseil d’administration ou du bureau « sont exercées à titre gratuit et ne donnent pas lieu à défraiement ».

3,6 millions d'euros de cotisations des collectivités

Mais qui s’occupe de tout cela et avec quels moyens, nous demandez-vous. Si les élus des collectivités pilotent (en binôme et toutes tendances politiques confondues) la vingtaine de commission de France Urbaine, ce sont surtout les 18 salariés de l’association, pour la plupart spécialistes des collectivités locales, qui font tourner la machine. Installés rue Joubert, à Paris, dans le quartier des grands magasins et à proximité de la gare Saint-Lazare, dans un immeuble de bureau partagé avec d’autres entreprises, ils sont placés sous l’autorité d’Olivier Landel, délégué général de l’association.      

Ancien agent du Trésor public passé ensuite par des cabinets de conseil, ce spécialiste des collectivités territoriales n’est pas inconnu à Nantes. Il a notamment contribué à la création de sa communauté urbaine (l’ancêtre de la Métropole) sous la houlette de Jean-Marc Ayrault. C’est l’ancien maire (PS) de Nantes qui l’a ensuite propulsé au poste de délégué général de l’Association des Communautés urbaines de France (ACUF) en 2002. Il prend ensuite des fonctions similaires au sein de France Urbaine.

Un siège à Paris, 18 salariés, des réunions et des commissions organisées… A combien tout cela revient-il ? Et qui finance ? C’est ce que vous nous demandiez, Isabelle, dans la seconde partie de votre question ? Hé bien c’est vous (et nous) qui, indirectement, financez l’Association par vos impôts. En effet, d’après le compte de résultat que nous avons consulté, ses recettes proviennent à 85% des cotisations versées par les collectivités qui en sont membres. Ce qui représentait en 2020 un produit d’exploitation d’environ 3,6 millions d’euros sur près de 4,3 millions d’euros de recette. Concrètement, pour adhérer à France Urbaine, chaque collectivité verse un montant, réévaluable, qui tourne autour de 0,13 centimes d’euro par habitant. En 2020, France Urbaine a dégagé un excédent de 558 965 euros.

Benjamin Peyrel  et  Antony Torzec
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.

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