Affaire Sahkri : nouvelle impasse judiciaire pour les proches de la gendarme retrouvée morte à Lyon

Devant la cour d'appel de Lyon, ce 15 janvier 2026. Photo : M.Jean/PressPepper.

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Par Morgane Jean (Presspepper)

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Lyon a conclu par un non-lieu la nouvelle enquête sur le décès de Myriam Sahkri au domicile de sa caserne. Une « mascarade » pour les proches de cette gendarme qui se plaignait du « harcèlement » et du « racisme » de ses collègues.

C’est une nouvelle désillusion judiciaire pour ses proches. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Lyon a prononcé un non‐lieu, ce jeudi 15 janvier, au terme de la nouvelle enquête sur la mort de Myriam Sahkri.

Pour rappel, le corps sans vie de cette gendarme de 32 ans avait été retrouvé le 24 septembre 2011 à Lyon, dans son appartement de la caserne Delfosse, dans le 2e arrondissement. Elle était assise sur le canapé, une balle de 9 millimètres dans l’abdomen, son arme de service à ses pieds. Aucune trace de lutte ni d’effraction n’avait été relevée, et les fenêtres étaient fermées avec la porte verrouillée de l’intérieur.

L’enquête avait donc conclu au « suicide », une thèse à laquelle ne croient pas les proches de cette femme alors « rayonnante » et « solaire ». « En définitive, l’analyse que fait la chambre de l’instruction après réouverture de l’information, en l’absence de véritable élément nouveau, la conduit aux mêmes conclusions que celles qui avaient été les siennes dans son arrêt du 29 juillet 2014 », détaille la décision communiquée aux proches de Myriam Sakhri ce jeudi. Les magistrats ont alors considéré qu’il n’y avait pas de raison de poursuivre puisqu’aucune « négligence, inattention, maladresse ou faute d’imprudence à l’origine du décès n’a (…) été mise en évidence ».

Mort de la gendarme Myriam Sakhri : un nouveau témoignage décisif

« Au terme du supportable »

Ce « non‐lieu » était l’une des trois solutions qui s’offraient à la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Lyon. Celle‐ci avait aussi la possibilité d’ordonner un « complément d’information » ou un « avis de fin d’information ».

Pour l’avocat des proches de Myriam Sakhri, la décision retenue est « scandaleuse ». « Nous disposons d’un ensemble d’éléments permettant de caractériser le racisme et le harcèlement ambiant dans le service de Myriam qui ont été confirmés par les témoins, estime Me Vincent Brengarth. Dans ce dossier, il y a un obstacle manifeste que nous ne nous expliquons pas. Cet arrêt en est une ultime confirmation. »

Devant la cour d’appel de Lyon, ce 15 janvier 2026. Photo : M.Jean/PressPepper.

Pour les amis et parents de l’ancienne gendarme, venus en nombre au Palais des 24‐Colonnes, le combat ne s’arrête pas là. « Évidemment que nous allons former un pourvoi en cassation », a confirmé leur avocat, pour qui « la décision n’est pas à la hauteur des enjeux dans cette affaire et dans les problématiques de racisme ».

Selon ses proches, Myriam Sakhri était sous pression depuis qu’elle s’était plainte de racisme et de harcèlement. Elle avait d’ailleurs laissé un mot – « Merci à G. le connard ! » – avant de mourir, en référence à son supérieur, le colonel G., commandant de groupement de la gendarmerie départementale du Rhône. Celui‐ci avait été alerté dès le 7 juin 2011 sur les « réflexions racistes de certains personnels », évoquant les termes « bougnoules », « boukak » et « youpin ». Dans ce contexte, Myriam Sahkri réclamait d’être « détachée d’urgence dans un autre service » après être « arrivée aux termes du supportable ».

« Bougnoules », « sale race »

Après sa mort, le parquet de Lyon avait ouvert deux enquêtes préliminaires distinctes : la première pour harcèlement et discrimination, la seconde pour « recherche des causes de la mort ». Toutes les deux avaient été confiées à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), qui avait rapidement imputé la mort à des « raisons personnelles ».

Dans ces conditions, la famille Sakhri avait porté plainte dès 2012, dénonçant les « lacunes » et le « manque d’impartialité » de cette enquête. Un non‐lieu avait été prononcé en 2013, puis confirmé en appel et en cassation les années suivantes. Mais l’enquête avait rebondi en 2021 après que Zineb Harzallah, juriste et amie de la famille, ait recueilli le témoignage d’un ancien voisin de caserne de Myriam Sakhri.

Ce major avait assisté au printemps 2011 à « des échanges verbaux entre les opérateurs présents et Madame Sakhri ». Les expressions de « bougnoules » et « sale race » avaient alors été « volontairement employées à son encontre », avait‐il rapporté. À partir de ce témoignage, le parquet de Lyon avait rouvert l’enquête pour harcèlement moral et homicide involontaire.

« On nous cache des pièces importantes du dossier, c’est de l’obstruction caractérisée ! »

Quatorze ans après les faits, une audience s’était donc tenue le 9 octobre 2025 devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Lyon : l’entourage de Myriam Sakhri réclamait la mise en examen des trois personnes qu’il estime être à l’origine de la « discrimination » et du « harcèlement », dont le colonel G..

« Cela fait quatorze ans qu’on nous cache des pièces importantes du dossier, c’est de l’obstruction caractérisée ! », s’était alors ému Me Vincent Brengarth après cette audience « éprouvante » à huis clos. « Le parquet général n’a pas pris ses responsabilités » en refusant de se positionner sur le fond du dossier, avait‐il reproché, car « la justice a du mal à se dédire ».

Hassina Sakhri, une des soeurs de Myriam, Patrick Khan, de la Licra, l’avocat Vincent Brengarth et Zineb Harzzallah, juriste et soutien de la famille. Photo : M.Jean/PressPepper.

Reste que pour l’avocat, le long délai qu’il a fallu à la chambre de l’instruction pour rendre sa décision ce 15 janvier serait « la preuve du malaise de la justice ». « S’il était évident qu’il n’y avait pas de charges contre les gendarmes, alors il n’y aurait pas eu de prorogation, de renvoi, pour prendre en considération les éléments de fond », estime‐t‐il.

« Ce tribunal est une escroquerie, il est corrompu, c’est une mascarade depuis le début ! », s’est emportée de son côté Nadirha Sakhri, sœur de la victime. Pour elle, « la justice à Lyon n’arrive pas à lui rendre justice ». Mais « on ne lâchera jamais, qu’ils le comprennent », a‑t‐elle martelé à l’adresse des magistrats qui, selon elle, « manquent de courage » : « S’il faut les pointer du doigt à la Cour européenne [des droits de l’Homme], on ira les pointer du doigt. »

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