La Métropole de Lyon reprendra la gestion de l'eau en régie publique au 1er janvier 2023. Photo : imani-vDQ-e3Rtao/Unsplash

Régie publique de l’eau : les salariés de Veolia mettent la pression sur la Métropole de Lyon

C’est un premier accroc sérieux dans le passage en régie publique de la gestion de l’eau de la Métropole de Lyon, voté en décembre dernier. Un préavis de grève a été déposé pour ce vendredi 18 juin par l’intersyndicale (CFDT- CFE CGC – CGT) des salariés d'Eau du Grand Lyon, filiale de Veolia. Le groupe, délégataire historique de la production et de la distribution de l’eau potable dans l’agglomération lyonnaise, devra laisser la main au 1er janvier 2023.

Un an et demi avant la date fatidique, pourquoi le ton monte-t-il ? Le Grand Lyon a l’obligation légale d’intégrer les 280 salariés de l’entreprise, mais les syndicats dénoncent la lenteur des discussions entamées avec la collectivité depuis l’automne 2020 pour définir le cadre de cette intégration. « Nous n’avons eu que trois réunions depuis le mois d’août. Nous attendons des réponses des élus sur leur niveau d’engagement social et nous n’avons aucune réponse », fustige Jérôme Garèche, délégué CFDT, le syndicat majoritaire.

Un dossier « titanesque »

Au cœur des inquiétudes, les trente-deux accords d’entreprise qui encadrent les acquis sociaux des salariés de Veolia, de la prime d’habillement à la mutuelle, en passant par l’intéressement ou le fonctionnement du CSE (Comité social et économique). Un ensemble « titanesque » que les syndicats souhaiteraient voir transposé tel quel à la future régie publique. « Il serait impensable qu’une majorité politique qui se dit de gauche soit moins disante envers les salariés », met en garde Jérôme Garèche.

Le syndicaliste pointe les nombreuses inconnues qui subsistent encore dans ce dossier particulièrement complexe [lire notre enquête : L’eau du Grand Lyon en régie publique : les inconnues d’un dossier à risque]. « On ne connaît même pas le périmètre de la reprise », s’agace Jérôme Garèche, qui s’interroge sur l’avenir des services mutualisés de Veolia (clientèle, facturation…). Ces services « supports » pourraient continuer à être délégués à Veolia par la future régie.

« On met un gros coup de pression, ça va faire du bruit »

Un accord de méthode, qui définit le cadre de la négociation à venir, est en cours de discussion et pourrait être validé lors d’une prochaine réunion le 24 juin. Un second accord, dit « de substitution », sera ensuite négocié sur la base des accords antérieurs entre les syndicats et la nouvelle direction de la régie publique. Celle-ci doit prendre ses fonctions en septembre. « On met un gros coup de pression, ça va faire du bruit, parce que nous ne savons pas si la Métropole va reprendre tous nos acquis sans ergoter », résume Jérôme Garèche.

La Métropole déplore « une culture du rapport de force »

Du côté de la Métropole, Anne Grosperrin, la vice-présidente chargée de l’eau, déplore une attitude « incompréhensible » des syndicats. « Dès le début, nous leur avons exposé le calendrier et leur avons assuré que notre volonté était que ce passage en régie se fasse dans les meilleures conditions pour les agents », détaille l’élue EELV.

Pour mener à bien le passage en régie, la Métropole s’est adjoint les services du cabinet de conseil Espelia (pour un montant de 750 000 euros), ainsi que du cabinet d’avocat Seban, qui accompagne la collectivité sur le volet ressources humaines. « Les avocats ont rendu seulement ce matin [mardi 15 juin] leurs premières conclusions sur les trente-deux accords d’entreprise, précise Anne Grosperrin. Nous avons expliqué aux syndicats que nous avions d’abord besoin de mettre à plat l’ensemble des accords pour pouvoir discuter en connaissance de cause. »

« On ne peut pas entrer d’emblée dans une relation de pression. »

Parallèlement, le Grand Lyon étudie les conditions de l’intégration de « 50 à 60 » agents de la Métropole dans la future régie publique. Des salariés avec des statuts et des acquis sociaux variables, qu’il s’agit là aussi d’harmoniser avec ceux des employés de Veolia.

Selon Anne Grosperrin, une réunion devait se tenir mercredi 16 juin pour travailler sur l’accord de méthode. Elle a finalement été refusée par l’intersyndicale. « Cela vous donne une idée du dialogue. Il y a une culture du rapport de force très forte chez les syndicats de Veolia, là où il n’a pas lieu d’être. On ne peut pas entrer d’emblée dans une relation de pression pour obtenir tout, tout de suite, sans respect du partenaire », prévient la vice-présidente.

Un discours difficile à entendre du côté des représentants des salariés : « Vendredi, c’est une grève symbolique. Mais à la rentrée, si rien n’a avancé, ça ne le sera plus. Nous ne sommes pas des agneaux, nous n’avons pas peur de mener une lutte syndicale », met en garde Jérôme Garèche. Les élus écologistes du Grand Lyon sont prévenus.

Pour aller plus loin : 

Vous êtes noyés dans le dossier de la régie publique de l'eau ? Mediacités vous propose de revoir notre débat « Radar », organisé sur ce sujet le 11 mars 2021 : Eau : à qui profitera la régie publique du Grand Lyon ? 

Avec la participation d'Anne Grosperrin, vice-présidente de la Métropole de Lyon, chargée de l’eau et de l’assainissement ; Louis Pelaez, conseiller métropolitain d’opposition (groupe Inventer la Métropole de demain) ; Isabelle Jarjaille, journaliste indépendante, spécialiste des contrats des collectivités locales.

 

Cet article concerne la promesse :
« Gérer l’eau en régie »
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Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).

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