Cyclistes à Nantes. / Photo : CC - European Cyclists' federation - Flick'r

Plus de vélo mais moins de tram et autant de voiture… l’évolution en trompe l’œil des déplacements des Nantais

C’est l’un des constats tirés du dernier baromètre des mobilités établi par l’agence d’urbanisme de l’agglomération nantaise (Auran) et publié le 18 mai dernier : avec la crise sanitaire, le volume des trajets à vélo s’est considérablement accru dans la métropole nantaise. Lors du deuxième confinement, ils atteignaient ainsi 8 % du total des déplacements. Soit cinq points de mieux que lors de la dernière « enquête déplacement ». Certes, cette dernière datait déjà de 2015, mais la progression est sensible. Elle corrobore d’ailleurs l’enquête qu’avait réalisée Mediacités en février dernier à partir des données enregistrées par les capteurs placés par Nantes Métropole sur les pistes cyclables.

https://www.mediacites.fr/enquete/nantes/2021/02/24/deux-fois-plus-de-cyclistes-sur-certaines-pistes-avec-la-crise-sanitaire-les-nantais-pedalent/

2,9 déplacements par jour, en moyenne, durant le second confinement

Entre 2015 et octobre 2020 (soit entre les deux confinements), l’Auran compte ainsi 54 200 déplacements à vélo supplémentaires chaque jour. C’est moins que la marche (+133 000) mais plus que les autres modes de transport, tous en baisse et parfois largement. Durant le second confinement, la petite reine est même la seule à continuer de progresser alors que – sans surprise - le volume total des déplacements chute fortement (382 000 déplacements en moins, soit une baisse de 20 %). Les habitants de la métropole de plus de 11 ans effectuaient alors en moyenne 2,9 déplacements par jour, contre 4,15 en période « normale ».   

Les aficionados de la petite reine doivent-ils pour autant lever les bras en signe de victoire ? Et avec eux les élus métropolitains qui, avec le plan de déplacements urbains (PDU), visent la barre des 12% à l’horizon 2030 ? Pas tout à fait. D’abord parce que cette progression de la part modale du vélo s’inscrit dans un contexte bien particulier : celui de la baisse globale des déplacements et de l’augmentation des trajets de proximité. Il faut donc la relativiser. Une fois le confinement achevé, « si le vélo reste à un niveau de pratique équivalente, sa part de marché sera d’environ 5 à 6 % », écrit ainsi l’Auran. Deux à trois points de mieux qu’en 2015, mais encore six à sept de moins que l’objectif inscrit au PDU. La ligne d’arrivée est donc encore lointaine.

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Capture du baromètre des mobilités publié par l'Auran en mai 2021.

La voiture toujours reine

Ensuite parce que parallèlement à ce gain de part modale de la bicyclette, celle des transports en commun s’écroule. Tram, bus et trains ne représentaient plus que 9 % des déplacements lors du deuxième confinement (10% entre les deux confinements), contre 14 % en 2015. Pas vraiment ce qu’espéraient les concepteurs du PDU nantais. Bien que prudents, ces derniers comptaient néanmoins voir leur part dans les déplacements atteindre 16 % à l’horizon 2030.

Rien de plus normal, étant donné la crise sanitaire qui n’incitait pas au transport collectif ? Sans doute. Reste que 62 % des habitants de la Métropole ayant abandonné bus et tram durant la crise se sont tournés vers leur voiture. Résultat, la part modale de la « voiture conducteur » n’a baissé que d’un point depuis 2015, passant de 47 % à 46 %.

Plus de vélos mais pas moins de voitures… le partage de la chaussée s’annonce difficile. Cette stabilité de l’usage de la voiture individuelle préoccupe d’ailleurs l’Auran pour les mois à venir. « Un retour moins fort des usagers des transports collectifs ou du covoiturage auraient des conséquences très fortes, en particulier à l’heure de pointe », explique l’agence. Elle peut aussi inquiéter les concepteurs du PDU. Si nul ne sait si cette modification des usages perdurera longtemps l’objectif d’un passage à 27 % de la part modale de la voiture paraît de plus en plus lointain.

Cet article concerne la promesse :
« Quadruplement de la pratique de la bicyclette à Nantes »
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Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.

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