Le baron jette l’éponge. Ce jeudi 28 mai, Gérard Collomb, jusqu'à présent candidat à la présidence du Grand Lyon, a annoncé qu’il s’effaçait derrière son ex-adversaire LR François-Noël Buffet. L’alliance entre l'actuel maire de Lyon et la droite bruissait depuis plusieurs jours : ce mercredi, le candidat investi par La République en marche (LREM) avait rencontré le patron de la région Laurent Wauquiez. En échange, à l’échelon municipal, Etienne Blanc, candidat de la droite à l’hôtel de ville de Lyon, se range derrière Yann Cucherat, le poulain de Gérard Collomb. 

Face au "péril vert" - le candidat EELV Bruno Bernard est arrivé loin en tête du premier tour des élections métropolitaines -, l’ancien ministre de l’Intérieur, longtemps socialiste, se rabat donc sur sa droite après avoir tenté, sans succès, un improbable rabibochage avec son ex-dauphin David Kimelfeld [lire dans L’Œil de Mediacités : « Métropolitaines : Kimelfeld éconduit Collomb, le clan du baron vitupère »]. Une stratégie du « sauve-qui-peut » comme un cadeau tombé du ciel pour Les Républicains.

Après une campagne terne et un score à 17,7%, cinq points derrière les écologistes, le sénateur François-Noël Buffet retrouve une raison d’espérer accéder au trône du Grand Lyon, après deux tentatives infructueuses (2001 et 2014) face à... Gérard Collomb. « Quand l’essentiel est en jeu, nous savons transcender les aspects partisans des uns et des autres », déclare-t-il tout sourire, lors d’une conférence de presse commune avec son nouvel ami. Ou quand la crise sanitaire justifie une alliance électoraliste.

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Gérard Collomb et François-Noël Buffet (et Yann Cucherat, à gauche), le 28 mai. Photo : M.Périsse.

Assis à ses côtés, Etienne Blanc affiche lui la mine des mauvais jours. Le premier vice-président de la région a beau être arrivé deuxième aux municipales le 15 mars dernier, loin derrière Grégory Doucet (EELV), il endosse le costume du dindon de la farce. Son passé aux côtés de Charles Millon est rédhibitoire pour certains dans les rangs de la Collombie. « Un ennemi idéologique », a tonné, ce jeudi matin, le maire du 9e arrondissement Bernard Bochard dans un courrier adressé à Gérard Collomb et David Kimelfeld : une droite « ultra conservatrice [qui] n’est pas compatible avec mes valeurs  humanistes ».  

« Fil rouge » versus « ligne rouge » 

« C’est dans l’ADN de cette ville de dépasser les clivages », commente Etienne Blanc, convoquant les figures tutélaires d'Edouard Herriot et de Raymond Barre, comme en écho au « fil rouge », que tend François-Noël Buffet entre Michel Noir et Gérard Collomb. « L’éternel second », comme nous l’écrivions dans le portrait que nous lui avions consacré, de Laurent Wauquiez et désormais de Yann Cucherat, est le premier du quatuor à filer à la fin de la conférence de presse.

L'argumentaire des nouveaux amis politiques lyonnais n'a pas convaincu la direction nationale de La République en marche. « Gérard Collomb franchit une ligne rouge », cingle, dans un communiqué, le délégué général du parti Stanislas Guérini : « Je ne peux cautionner un tel accord ». Il réclame par ailleurs « la désinvestiture [sic] » de Yann Cucherat. Un peu plus tôt, devant la presse, Gérard Collomb revendiquait de n'avoir « jamais été caporalisé ». A-t-il toutefois prévenu Emmanuel Macron de son accord avec la droite ? « Non ! », lance-t-il. Avant d'ajouter, matois : « Il peut difficilement nous désavouer lui qui a comme Premier ministre Edouard Philippe… ».

Du baron au chaperon

Gérard Collomb, 73 ans, tire donc sa révérence ? Pas si vite… « Je continuerai à veiller des deux côtés pendant quelques temps, sur la Métropole comme sur la ville », répond-il, goguenard. Le baron sera bien présent sur les listes de « l’entente », sur lesquels les états-majors des candidats doivent s’entendre d’ici à lundi 2 juin. « J’ai consacré quarante ans de ma vie à Lyon : vingt à la conquérir, vingt à la transformer », assène-t-il, en précisant qu'il compte bien s'assurer que "sa" ville reste « dans la bonne voie ». 

Après avoir intégré le sarkozyste Richard Brumm dans son exécutif en 2008, après avoir désossé le Parti socialiste local en œuvrant à la création d'En Marche, après avoir pactisé avec l'UDI au début de la campagne, Gérard Collomb, tenant de la gauche plurielle (écologistes compris) pendant son premier mandat, arrive au terme d'une lente glissade vers sa droite. Non sans affaiblir au passage LREM : le parti présidentiel n'a plus aucun candidat officiel dans le berceau de la Macronie. Cocasse.

« Les programmes ont été sacrifiés aux ambitions personnelles »

« Coalition anti climat », ironise sur Twitter Bruno Bernard. De fait, l’alliance entre Gérard Collomb et la droite vise à faire barrage aux écologistes, qui porteraient, selon Etienne Blanc, « un projet de décroissance ou de remise en cause de notre modèle économique ». Les Verts ? « Je ne veux insulter personne, mais il faudra une certaine expérience pour affronter les conséquences de la crise », grince l’ex-ministre de l’Intérieur à propos de ses anciens alliés.

« Les masques tombent », réagit de son côté David Kimelfeld. « Les programmes ont été sacrifiés aux ambitions personnelles. C’est particulièrement indécent à l’heure où nous traversons une récession historique », tacle le président de la Métropole, dont la candidature dissidente a considérablement fragilisé son ancien mentor. « Gérard Collomb vient de créer la droite plurielle à Lyon », raille de son côté la candidate socialiste à la ville de Lyon Sandrine Runel, qui devrait s’allier avec Grégory Doucet (EELV).

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Nouveaux amis. Photo : M.Périsse.

Gérard Collomb l'assure : il serait allé de lui-même, en début de semaine, voir François-Noël Buffet pour lui proposer de lui céder sa place. Selon nos informations, le baron lyonnais n'était pourtant pas en position de force dans ces négociations avec la droite. « On n'allait pas dire en conférence de presse qu'on lui a tordu le bras. Mais le départ de Gérard Collomb était une condition sine qua non », raconte l'un des négociateurs des Républicains, selon qui le maire de Lyon « a bougé jusqu'au bout ». Avant de rendre les armes.

Sur le terrain, l'alliance entre les troupes collombistes et celles des Républicains ne va pas forcément de soi. En l'absence de fusion systématique des listes, des accords devront être discutés dans chacune des quatorze circonscriptions métropolitaines, dont les quatre où la droite est arrivée en tête le 15 mars. Dans celle baptisée « Plateau Nord-Caluire », LR exclut d'emblée toute fusion : « S'il y a une liste soutenue par Gérard Collomb en face de moi, je m'en tamponne. Nous sommes en position de force, je ne vois pas pourquoi je devrais discuter avec les équipes de Collomb », lâche Alexandre Vincendet, maire de Rillieux-la-Pape et patron de la fédération départementale du parti. Après avoir scindé LREM, Gérard Collomb divisera-t-il LR ?