Les arbres en ville, alliés de la biodiversité face à l’urbanisation

Ils rafraîchissent nos quartiers et nous aident à supporter les canicules l'été. Mais pas que... En fonction de leur densité, les arbres en milieu urbain ont une influence déterminante sur la diversité des espèces végétales et animales présentes en ville, comme l'ont mesuré les chercheurs Bastien Castagneyrol et Elena Valdés-Correcher.

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Vue de l’agglomération lyonnaise, depuis le jardin des Curiosités, dans le 5e arrondissement de Lyon. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Arbres et villes ne sont pas antagonistes ; du moins, ils ne le sont plus tout à fait. Ces dernières années, de nombreuses métropoles ont en effet mis en place des programmes ambitieux de plantations d’arbres, témoignant d’un véritable engouement pour le sujet. Il y a toutefois un paradoxe, puisque l’extension des villes continue de se faire au détriment des espaces naturels, entraînant la fragmentation des habitats et la disparition des espaces boisés, lesquels sont remplacés par des surfaces imperméables qui emmagasinent et irradient la chaleur.             

L’arbre en ville est souvent présenté comme une « solution fondée sur la nature » permettant de rafraîchir les villes. Mais les arbres jouent également un rôle plus discret, et pourtant tout aussi fondamental : celui de soutenir durablement la biodiversité.

Pendant longtemps, cette dernière n’a été considérée que sous l’angle du nombre d’espèces présentes dans un environnement donné. Mais il est une autre dimension dont l’importance est de plus en plus reconnue : celle de la diversité des interactions entre les espèces.

Elles sont en effet à l’origine de l’évolution du vivant et de son adaptation aux contraintes environnementales. Et c’est aussi sur elles que pourraient se créer les « solutions fondées sur la nature ». Du chemin reste néanmoins à parcourir dans ce sens.

Une biodiversité urbaine et dynamique

La chenille processionnaire, couverte de ses poils urticants qui terrorisent les citadins. Photo : Wikimedia, CC BY-SA

En ville, les arbres et les bois abritent une grande diversité d’organismes. Le lecteur citadin pensera peut-être aux pucerons dont le miellat goutte sur le toit des voitures et des vélos garés sous les tilleuls, aux chenilles processionnaires qui inquiètent tant en ce début de printemps, ou aux étourneaux qui s’abritent la nuit dans les frondaisons (tant d’exemples existent !).

Tous ces organismes sont en interaction constante avec l’arbre et les uns avec les autres. Levez la tête sous un chêne, vous y verrez la trace du passage des insectes herbivores : les chenilles ont mangé le bord des feuilles, les pucerons et les punaises y ont percé de petits trous pour aspirer la sève. Mais s’il reste des feuilles à observer, c’est aussi que des prédateurs, notamment des oiseaux, ont attaqué ces insectes, assurant ainsi la protection de l’arbre.

Les arbres, les insectes herbivores et les oiseaux insectivores représentent une dimension de la biodiversité urbaine, et qui plus est d’une biodiversité dynamique.

Des interactions encore mal connues

De nombreux travaux de recherche ont par ailleurs démontré que l’urbanisation homogénéise la biodiversité : celle-ci est plus semblable entre deux villes d’une même région qu’entre une ville et sa campagne avoisinante. Avec des conséquences sur les interactions entre les organismes, et par extension sur la dynamique de la biodiversité et les services fournis aux citadins, qui sont encore mal comprises.

Il faut dire que l’urbaniste ne facilite pas la tâche de l’écologue ! De même que la ville n’est pas un désert biologique, ce n’est pas non plus un territoire homogène. La quantité d’arbres peut varier considérablement d’une zone à l’autre, ce qui peut avoir un effet très important sur la biodiversité qu’elle abrite.

Des chercheurs de l’Université d’État de Caroline du Nord ont par exemple montré que les zones moins arborées fournissent moins de ressources aux herbivores. Cela diminue leur abondance et par conséquent les dégâts causés aux arbres. Au contraire, des chercheurs de l’Université de Queensland en Australie ont mis en évidence que la préservation d’arbres adultes dans les rues permet de maintenir la diversité des oiseaux.

Plus il y a d’arbres, plus les insectes les attaquent

Nous avons étudié l’hétérogénéité de la biodiversité liée aux arbres urbains dans le cadre d’un projet de science participative mené au niveau européen.

52 écoles et 41 scientifiques ont échantillonné des feuilles de chêne dans 17 pays. Certains étaient en ville, d’autres à la campagne. En examinant les 18 060 feuilles envoyées par l’ensemble des partenaires du projet, nous avons pu étudier l’impact de l’urbanisation sur les insectes associés au chêne pédonculé (Quercus robur) dans la majeure partie de son aire de répartition en Europe.

Dégâts de Corythucha arcuata sur chêne pédonculé. Photo : Bastien Castagneyrol, CC BY-NC-ND.

Nous avons constaté des effets contrastés des surfaces imperméabilisées (typiques des zones urbanisées) et de la densité d’arbres sur les insectes herbivores liés aux chênes : les chênes entourés par de nombreux arbres étaient en moyenne plus attaqués (suggérant une plus grande abondance et diversité d’herbivores), alors que les chênes poussant dans un environnement très urbanisé subissaient moins d’attaques. Ces résultats étaient attendus. Ce qui l’était moins, c’est que la densité d’arbres pouvait moduler l’effet de l’urbanisation. En particulier, une plus forte densité d’arbres renforçait son impact négatif sur les insectes responsables de la formation de galles sur les feuilles de chêne, et au contraire atténuait l’effet de l’urbanisation sur les insectes creusant des galeries dans les feuilles.

Un exemple de galle formée par une feuille de hêtre. La galle abrite une larve d’insecte herbivore. C’est l’insecte qui induit la formation de la galle, où il bénéficie d’un abri et de nourriture.

Notre étude confirme l’importance de maintenir la présence d’arbres dans nos villes, évidemment pour notre propre bénéfice immédiat, mais aussi parce que leur densité peut tamponner les effets de l’urbanisation sur la biodiversité.

À tout le moins, compte tenu de notre compréhension encore limitée des réseaux complexes d’interactions entre les arbres et l’ensemble de la biodiversité urbaine, il convient d’être vigilant quant aux conséquences en cascades de toute action menée sur les arbres en ville. Nous poursuivrons le travail l’année prochaine avec la participation de nouvelles écoles au projet.

Le projet de recherche « Tree bodyguards » dans lequel s’inscrit cette publication a bénéficié du soutien de la Fondation BNP Paribas dans le cadre du programme Climate and Biodiversity Initiative.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


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The Conversation

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Temps de lecture : 5 minutes

Par Nicolas Barriquand