Le maire de Toulouse doit-il nécessairement être le président de la métropole ? Pour Jean-Luc Moudenc, la question ne se pose même pas. La tête de liste LR-LREM-UDI-MRSL a toujours fait savoir qu'il briguerait aussi un nouveau mandat à la tête de l'assemblée qui regroupe 36 communes autour de la ville-centre. Mais dans le cas où Antoine Maurice accéderait au Capitole dans le fauteuil du maire, la possibilité d'un « ticket » avec un autre élu reste ouverte. La tête de liste d'Archipel Citoyen n'a jamais dit explicitement qu'il souhaitait cumuler les deux fonctions.

Nadia Pellefigue avait même cru comprendre l'inverse. L'ancienne tête de liste du PS s'est engouffrée dans la brèche en revendiquant la présidence de la métropole pour elle-même lors de la négociation sur la fusion des listes de gauche. Antoine Maurice a protesté en découvrant l'ultime coup de poker de sa concurrente socialiste : « Je n'ai jamais dit que je voulais pas exercer la présidence de la métropole ». Pour autant, l'élu écologiste n'a pas profité de l'occasion pour sortir de l'ambiguïté. Au grand dam de certains de ses amis politiques qui le pressent de se déclarer. Le chef de file d'Archipel, qui conduit désormais une liste de rassemblement avec le PS et ses alliés (PCF et PRG), fait savoir à Mediacités qu'il ne s'exprimera pas sur le sujet avant le 28 juin.

L'accord conclu avec la liste de Pierre Cohen et celle du PS prévoit que les nouveaux alliés se retrouvent en séminaire au lendemain du deuxième tour pour désigner un(e) candidat(e) commun(e) à la tête du conseil métropolitain qui doit se réunir les 16 et 23 juillet pour élire son exécutif (présidence et adjoints) et ses représentants dans de nombreuses structures satellites (Tisséo, etc). « On ne se répartit pas les postes avant d'avoir gagné », justifie Romain Cujives, ancien candidat à la tête de liste du PS, rallié à Archipel Citoyen en juin 2019.

Claude Raynal, pas candidat ?

Le sénateur Claude Raynal (PS), qui ambitionnait lui aussi de conduire la liste socialiste avant d'être contraint de former un « ticket » avec Nadia Pellefigue par un accord au sommet entre la région de Carole Delga et le département de Georges Méric, va dans le même sens : « Tant qu'on n'a pas gagné les élections municipales, ce serait arrogant d'évoquer la métropole ». L'ancien maire de Tournefeuille évoque le « quatrième tour » des élections, qui aura lieu après le « troisième » : l'élection des maires dans chacune des 37 communes de la métropole. Élu au suffrage indirect par ses pairs, le président de la métropole est en quelque sorte le « super sénateur » de l'agglomération. Un poste en or pour Claude Raynal ? « Je ne suis pas candidat », assure l'ancien président du groupe des élus socialistes et radicaux, qui pointe désormais à la 43e place sur la liste.

Tous les soutiens d'Antoine Maurice ne sont pas disposés à croire Claude Raynal et le PS sur parole. « Dès le 29 juin, les calculatrices vont chauffer », prédit un dirigeant régional d'EELV qui soupçonne les socialistes de vouloir doubler les écologistes sur le fil :« S'ils s'aperçoivent qu'ils ont une majorité avec leurs alliés traditionnels, ils vont vouloir transformer une cuisante défaite à Toulouse en victoire inespérée à la métropole ». C'était déjà l'argument brandi par Nadia Pellefigue pour revendiquer la présidence, arguant du fait qu'Archipel ne serait pas majoritaire à l'échelle des 36 autres communes.

La conseillère régionale ayant jeté l'éponge, la maire socialiste de Colomiers pourrait reprendre le flambeau. Karine Traval-Michelet a l'avantage d'être à la tête de la deuxième commune la plus importante de la métropole et d'avoir déjà conclu un accord électoral avec des écologistes qui siégeaient dans sa majorité municipale. Concentrée sur une triangulaire qui l'oppose à une liste d'union LR-LREM mais aussi à Patrick Jimena, ancien élu EELV passé à La France Insoumise, l'élue columérine n'a pour l'heure rien dévoilé de ses intentions.

Marc Péré, candidat déclaré

Élu dès le premier tour, le maire de L'Union a, lui aussi, sorti sa calculette. Marc Péré, qui fut parmi les fondateurs quasi clandestins d'Archipel Citoyen, a pratiquement fait acte de candidature en se déclarant « candidat naturel » au micro de France Bleu. « Parmi d'autres », s'est empressé de rajouter cet ancien candidat du PCF aux municipales 2008, qui s'est rapproché des écologistes lors du précédent mandat en co-présidant un groupe commun à la métropole. Marc Péré avait proposé avec son homologue de Brax, François Lépineux, une « charte » à tous les candidats des élections municipales pour rendre la métropole « plus démocratique ». Il y dénonçait le poids, jugé excessif, de la ville de Toulouse dans les décisions de la métropole en matière d'investissement.

Candidat à la mairie de Cugnaux, Albert Sanchez abonde dans le même sens. « Pourquoi les Cugnalais ont-ils payé une partie des ramblas alors que la commune n'a rien reçu pour la rénovation de la place du marché ? », demande le candidat de gauche à la mairie de Cugnaux, soutenu par Pierre Cohen et EELV. La question laisse augurer une fronde des élus des communes périphériques. Même le maire (PRG) de Blagnac met en garde contre une « toulouïsation » de la métropole. « Il faut faire attention à ce que la ville-centre ne soit pas hégémonique », lâche Joseph Carles, réélu dès le premier tour dans l’ancien fief de Bernard Keller. Le maire radical est un autre candidat potentiel à la présidence de la métropole, capable de se rallier les voix des élus proches de LREM à Balma ou Saint-Orens, mais aussi ceux de Toulouse en cas de défaite de Jean-Luc Moudenc. Il guette aussi les résultats de Colomiers et Tournefeuille, tout en assurant n'avoir pas sorti sa propre calculette.

Négociations discrètes ou transparence ?

Sur le papier, le groupe des élus toulousains à la métropole (67 sièges sur 134) dispose pratiquement d'une majorité à Toulouse Métropole. Mais l'opposition étant représentée à la proportionnelle (12 sièges lors de la précédente mandature), le maire de Toulouse est contraint de chercher des alliés dans les autres communes pour former une majorité. Ce jeu d'alliance, qui se joue généralement en coulisses, met mal à l'aise la composante « citoyenne » d'Archipel.

Maxime Le Texier, principal garant de la méthode qui a permis à cet ovni politique composé de militants issus d'une multitude de formations politiques (EELV, LFI, Nouvelle Donne, etc.) et de citoyens non-encartés, dont certains ont été tirés au sort, défend une méthode de désignation à la présidence de la métropole inspirée de celle qui a permis de désigner la tête de liste. « Il faut un débat interne ouvert à tous ceux qui veulent candidater, c'est dans notre ADN », plaide le cofondateur d'Archipel. Un séminaire pourrait avoir lieu le 4 juillet sur ce point, selon lui. Un autre nom que celui d'Antoine Maurice, qui fut désigné de cette façon lors d'un long dimanche organisé à L'Union, peut-il encore sortir du chapeau ?

La tentation du cumul

Pierre Cohen, qui a rejoint Archipel dès le soir du premier tour, déconseille fortement à la tête de liste toulousaine de former un « ticket ». L'ancien maire de Toulouse, qui s'était beaucoup investi dans la construction de la métropole, rejoint sur ce point Jean-Luc Moudenc. Le maire sortant de Toulouse s'appuie sur le contre-exemple de la métropole lilloise, où la métropole a été confiée à Damien Castelain, « un maire impuissant », selon l'édile toulousain, suite à une alliance avec Martine Aubry, maire de Lille, pour faire barrage à la droite.

Aux yeux de Jean-Luc Moudenc, toute « cohabitation » entre le maire de la ville-centre et un autre élu est vouée à tourner au vinaigre. S'il cite volontiers en public des exemples à Strasbourg ou dans d'autres grandes agglomérations, il passe pudiquement sous silence sa propre expérience avec Philippe Douste-Blazy. En 2004, l'ancien maire de Toulouse UDF avait passé le relais à son adjoint aux Transports en rejoignant le gouvernement Raffarin comme ministre de la Santé, mais avait conservé la présidence de la communauté d'agglomération, ancêtre de la métropole. Douste en avait profité pour lancer des projets jugés alors iconoclastes par Jean-Luc Moudenc, comme la construction d'un téléphérique, la gratuité des bus ou l'édification de gratte-ciels à Marengo ou Montaudran.

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Correspondant à Toulouse pour la presse nationale (Le Point, Le Monde, L'Express, La Croix) depuis plus de 25 ans, Stéphane a commencé sa carrière dans les radios que l'on disait "libres" et la presse agricole. Il a aussi rédigé un livre-enquête sur les paysans dans l'Aveyron (ateliers Henry Dougier) et un "anti-guide touristique" pour les néo-toulousains (Héliopoles). Diplômé de Sciences-Po Toulouse, il intervient auprès des nouvelles générations d'étudiants qui se destinent au journalisme.