Manon Loisel et Nicolas Rio sont les co‐fondateurs du cabinet de conseil « Partie Prenante ». Leur travail consiste notamment à accompagner les communes et métropoles dans l’organisation de concertations publiques. Que ce soit dans le cadre de grands projets d’aménagement ou bien des conventions citoyennes, à l’instar de celle menée par le Grand Lyon sur le climat. Ils occupent ainsi une place de choix pour identifier les lacunes de la « démocratie participative », laquelle est le plus souvent décrite comme ayant des effets positifs.
Dans la droite ligne d’une tribune publiée dans nos colonnes en 2022, ils portent un discours rare, et parfois ébouriffant, sur les failles de nos démocraties locales. Ils détaillent également des pistes de changement, dont certaines sont particulièrement radicales.
Mediacités : En 2022, vous aviez signé sur Mediacités une tribune titrée Faut‐il en finir avec la démocratie participative ? Dans votre livre paru en 2024 (Editions Textuel), vous l’affirmez : il faut en finir. Pourtant, on le voit à l’approche des élections municipales, la notion de “participation” des citoyens reste au cœur des propositions. N’y a‑t‐il vraiment rien à en garder ?
Nicolas Rio : Si on a fait tomber le point d’interrogation c’est parce qu’on s’est aperçu que, parfois, la « démocratie participative » s’éloigne de la promesse démocratique, notamment quand elle aggrave les inégalités de représentation. La démocratie participative est le mauvais remède, elle fait diversion. Pourquoi reste‐t‐elle aussi séduisante en période de campagne malgré les déceptions qu’elle génère ? Parce que c’est plus facile de faire parler que d’écouter. Les réunions publiques avec des citoyens impliqués, ce sont des dispositifs qui ont l’avantage d’être concrets, visibles et “photogéniques”.
Manon Loisel : Le problème, c’est que la démocratie participative est devenue une injonction systématique. Comme si “Plus de démocratie” voulait forcément dire “plus de participation”. C’est cet …
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