La Région a finalement accepté de revenir sur la Convention citoyenne pour l’Occitanie, innovation démocratique sujette à débat sur laquelle Mediacités avait enquêté par deux fois courant novembre. Pas par la voix de sa présidente Carole Delga, comme nous le demandions, mais par celle de Ghislaine Lala-Alquier, sa secrétaire générale, qui a supervisé cette opération comme les précédentes démarches de « citoyenneté active ».

La haute-fonctionnaire admet à demi-mots quelques fragilités à évaluer puis à corriger pour pouvoir tirer demain toute la mesure de ce type d'exercice de « démocratie délibérative ». Un propos qui rompt avec le satisfecit jusqu’ici affiché par l’exécutif et les services. Vantant l’ouverture d’esprit de la Région et assurant porter une considération maximale aux travaux de la Convention citoyenne pour l’Occitanie, davantage que le gouvernement vis-à-vis de la Convention citoyenne pour le Climat, elle maintient que la dynamique créée servira aux élus ainsi qu'à l'administration régionale.

Qu’est-ce que les services du conseil régional retirent de la Convention citoyenne pour l’Occitanie ?

Ghislaine Lala-Alquier : Le chemin est encore long pour donner une matérialité à ces 294 propositions, ce qui nous incite à rester modestes. Mais l'administration s'inscrit dans le temps long. Après le lancement de budgets participatifs et l’organisation d’une trentaine de consultations numériques depuis 2016, cette convention représente une forme d’aboutissement à nos yeux. Nous ne pouvons plus faire l’économie de ce type de dispositifs nous permettant d’imprégner les politiques publiques de la parole des citoyens.

Le catalogue de bonnes intentions remis par les membres de cette convention, assez vague, vous sera-t-il utile d’un point de vue opérationnel ?

Vous ne pouvez pas demander aux citoyens de proposer des mesures aussi précises que pourraient le faire des élus épaulés des techniciens de la Région. Tout l’intérêt de la convention, c’était justement de croiser leurs visions avec l’expertise dont nous disposions déjà…

Alors oui, une partie de leurs 45 mesures prioritaires intégrées au Green New Deal confortent des actions qui étaient déjà les nôtres. Mais, sur d’autres sujets, certaines sont venues rehausser notre niveau d’ambition. Et, surtout, des propositions de rupture viendront peut-être avec le comité de suivi que nous installerons très prochainement. Élus et fonctionnaires ne s’interdiront pas d’y faire des contre-propositions aux citoyens bénévoles siégeant dans cette instance paritaire et représentative.

Plusieurs conseillers régionaux – de gauche comme de droite – mettent en doute la valeur ajoutée de cette séquence participative. Entendez-vous ces critiques ?

Il ne m’appartient pas de commenter des propos susceptibles de relever du contexte électoral. Mais je ne crois pas que la convention citoyenne soit restée à la surface des choses, très sincèrement. Je rappelle, en outre, que rien n’est figé. Un certain nombre de mesures seront approfondies dans le cadre du comité de suivi, notamment celles relatives aux difficultés d’accéder à un logement ou à la création d’une tente des glaneurs.

Reconnaissez-vous, à l’instar de certains participants, que la brièveté des débats – six jours de délibération seulement – ait pu altérer la qualité des travaux ?

Nous aurions aimé organiser les choses quelque peu différemment, en prenant plus de temps, oui, bien sûr... Mais le contexte de l’année 2020 est ce qu’il est, avec un premier confinement qui nous a empêchés d’organiser cette convention citoyenne au printemps. Puis sont venus les congés estivaux, tandis que l’horloge continuait à tourner alors que nous avions de notre côté l’adoption du Green New Deal puis du Budget primitif 2021 en ligne de mire...

https://www.mediacites.fr/enquete/toulouse/2020/11/27/convention-citoyenne-en-occitanie-exercice-democratique-ou-operation-de-com/

Mais les participants ont-ils eu les moyens, selon vous, de répondre à l’ambition de « repenser notre modèle de société » et « préparer l’avenir » fixée par la Région ?

Je le pense, oui, puisque les citoyens nous ont fait part de leur satisfaction. Les services n’ont vraiment pas compté leur énergie. Nous avons mobilisé toute l’ingénierie dont la collectivité disposait pour que les choses se passent au mieux, en dépit des délais rapprochés.

Pour le reste, cette convention citoyenne s’inscrivait dans une expérimentation plus large autour de notre politique de citoyenneté active qui vise, entre autres, à mieux faire comprendre le fonctionnement de la région. Cela n’a pas produit de miracle, mais nous n’attendions pas que cet exercice change tout à lui seul !

Ne craignez-vous pas que ces imperfections nourrissent les accusations de manipulation électoraliste et renforcent, au contraire, la défiance vis-à-vis des institutions ?

Je préfère l’action à l’immobilisme, même s’il y aura toujours des esprits chagrins pour critiquer ces démarches à l’approche des élections régionales. L’administration régionale tirera les enseignements de cette première expérience, dont nous ressortons grandis quoi qu’il en soit. Nous avons entendu les critiques sur le temps imparti et les prendront en compte si nous organisons de nouvelles conventions citoyennes.

Aucun regret, non plus, sur la facture de l’opération ?

Non. Vous évoquez la somme de 790 000 euros – montant maximum de dépenses qui nous avait été fixé – dans votre seconde enquête, mais cet exercice nous aura finalement coûté 510 000 euros. L'enveloppe consacrée au défraiement des experts, ainsi qu'aux indemnités des citoyens et à la prise en charge de leurs frais d'hôtels et de restauration se monte à 160 000 euros. 

Des économies ont pu être réalisées en organisant la convention citoyenne dans des sites du conseil régional, et en mettant en concurrence plusieurs entreprises de sondage chargées de constituer le panel d'une centaine de participants (54 000 euros). Recruté via la centrale d'achat de l'UGAP, le consortium Missions Publiques / Eurogroup Consulting a, pour sa part, été payé 225 000 euros. Une somme qui peut paraître importante. Mais l'animation requiert des techniques professionnelles.