Savez-vous que l'eau de la métropole lyonnaise est toujours produite et distribuée par une entreprise privée ? Pas sûr. Car la société titulaire du marché depuis 2015 a pris l’appellation trompeuse d’Eau du Grand Lyon. Un nom qui fleure bon le service public alors qu’il s’agit d’une filiale à 100% du géant privé Veolia. C’est donc bien l’ex-Compagnie générale des Eaux, née en 1853 dans la région lyonnaise, qui contrôle toujours et encore le gigantesque marché de la délégation de l’eau dans le Grand Lyon (le deuxième de France après celui du Syndicat des Eaux d’Ile-de-France). Une situation qui dure depuis un siècle et demi !  

Ce changement tactique de nom est tout sauf anodin à l'heure où le débat enfle partout en France sur l'intérêt de confier le service public de l'eau à des entreprises privées [(re)voir notamment le numéro de l'émission Cash Investigation du 13 mars dernier]. La question sous-jacente est la suivante : peut-on encore faire du profit sur un bien commun et vital ? Car profit il y a. Forcément. Pour Veolia, il s’élève à 4,05 millions d'euros en 2016 pour son contrat lyonnais [voir page 2 du bilan annuel de la société Eau du Grand Lyon, déposé au greffe du tribunal de commerce de Lyon le 25 août 2017]. Une somme reversée dans sa quasi-totalité en dividendes aux actionnaires. Pas mal. Mais très peu comparativement aux années antérieures. Car à défaut d’avoir changé de délégataire, la métropole du Grand Lyon exerce une pression croissante sur lui. Au point d’avoir entraîné une chute du taux de rentabilité de Veolia. En 2016, il s’élevait à 6,1% avant impôt à comparer aux… 20 % de l'ancien contrat, signé en 1969 et qui a pris fin en février 2015.

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Isabelle Jarjaille
Journaliste indépendante​ depuis 2011​, j'enquête sur la gestion des services publics par le privé et son impact sur les finances publiques.​ ​Mon livre enquête "Services publics délégués au privé, à qui profite le deal ?" est sorti le 27 mars 2018​. ​Je suis également en charge du cours Techniques d'enquête en licence Info Com à l'IUT de Lannion et je porte un projet d'éducation aux médias dans deux lycées agricoles. Je suis membre du bureau du Club de la presse de Bretagne, pour promouvoir les médias et ceux qui les font au quotidien : les journalistes, notamment les pigistes.