En 2007, Marine Le Pen choisit Hénin‐Beaumont, commune ouvrière du bassin minier de 26 000 habitants au cœur du Pas‐de‐Calais pour parachever son ascension au sein du Front national (FN). Elle n’y a pas d’attaches, mais convertira ce territoire traditionnellement acquis à la gauche comme son fief au fil des années, bien aidée par Bruno Bilde et Steeve Briois, deux figures locales importantes pour le parti.
Une ascension aussi permise par les scandales qui s’accumulaient du côté des maires de gauche : à Hénin‐Beaumont, il y a d’abord eu Gérard Dalongeville, révoqué par le Président de la République après sa mis en examen puis sa condamnation pour détournement de fonds publics, puis Daniel Duquenne, déclaré inéligible car la fonction qu’il occupait l’interdisait de candidater à une élection, et enfin Eugène Binaisse, condamné pour favoristisme.
Dès 2014, Hénin‐Beaumont devient la première commune du Pas‐de‐Calais à basculer aux mains du FN, et c’est Steeve Briois qui réussit l’exploit. Le candidat d’opposition avait vu ses scores progresser régulièrement, d’élection en élection. Depuis, la ville est devenue un vrai laboratoire local pour le parti, qui remporte six ans plus tard, une autre commune importante : Bruay‐la‐Buissière, qui compte 22 000 habitants, avec Ludovic Pajot.
Faire mieux qu’en 2020
Mais globalement, ces élections de 2020, tenues dans le contexte particulier de la crise Covid, douchent les ambitions que le Rassemblement national (RN) nourrissait dans d’autres communes du Nord et du Pas‐de‐Calais. En 2026, les espoirs renaissent : le parti a connu une percée inédite lors des récents scrutins, avec de nombreux nouveaux députés élus en 2022, ou en 2024.
Dans ces deux départements, le RN compte sur l’expérience des candidats pour faire la différence. Bien que beaucoup soient jeunes, ils sont nombreux à s’être formés directement dans la machine du parti, dans l’entourage des élus : à l’Assemblée nationale, au Parlement européen, et surtout à la mairie d’Hénin-Beaumont ou de Bruay‐la‐Buissière.
Mais la dizaine de grandes villes qui pourraient basculer aux mains du RN ont longtemps résisté. Les maires sortants, dont un certain nombre prévoit de se représenter, ont quasiment tous été réélus dès le premier tour en 2020. La popularité nationale du RN suffira‐t‐elle à les renverser ? Que se passera‐t‐il dans les communes où les maires historiques seront absents du prochain scrutin ? Mediacités décrypte les défis qui attendent le parti, qui voit déjà plus loin : remporter pour la première fois la présidence d’une agglomération et obtenir un groupe au Sénat en septembre prochain.
Calais : Marc de Fleurian (RN) vs Natacha Bouchart (Divers droite)
À Calais, le Rassemblement national a choisi d’investir son député fraîchement élu en 2024, Marc de Fleurian. Il s’était imposé au deuxième tour avec 53,68 % des voix face au député LR Pierre‐Henri Dumont, qu’il avait déjà affronté en 2022, faisant basculer pour la première fois cette circonscription dans l’escarcelle du parti d’extrême droite.

Cette popularité nouvelle sera‐t‐elle suffisante pour déboulonner Natacha Bouchart, maire divers droite (ex‐LR) de Calais depuis 2008 et réélue en 2020 dès le premier tour avec 50,25 % des voix ? Déjà candidat en 2020, Marc de Fleurian était arrivé en troisième position avec 17,91 % des voix, derrière la candidate d’union de la gauche.
Une première candidature pour l’ancien militaire et assistant parlementaire, qui avait semé la zizanie parmi les soutiens locaux du RN. Né dans le Morbihan, il avait été parachuté à Calais au détriment de l’élu régional Rudy Vercucque. Celui‐ci s’en était ému avant de claquer la porte du parti.
Pour pouvoir se présenter aux élections, Marc de Fleurian avait même imaginé une colocation atypique. Selon Libération, il déclarait habiter dans un loft du centre‐ville. À cette même adresse vivaient aussi, selon leurs déclarations officielles, deux autres candidats présents sur sa liste : l’eurodéputé et conseiller de Marine Le Pen Philippe Olivier et sa femme Marie‐Caroline Le Pen.
Les méthodes employées par l’élu d’opposition font parfois grincer des dents. Habitué à envoyer régulièrement des courriers aux Calaisiens, au point d’exaspérer Natacha Bouchart, il crée la polémique en adressant des messages de remerciement aux donateurs d’une cagnotte en ligne pour payer les obsèques d’une personne décédée qu’il ne connaissait pas. Une démarche jugée « aux frontières de l’indécence » par le maire de la commune voisine d’Oye-Plage.
Quelques semaines plus tard, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le député appelle à boycotter La Voix du Nord en l’accusant de ne pas l’avoir invité à s’exprimer sur le bilan de la maire sortante au même titre que les autres candidats d’opposition. Un mensonge très vite démonté par le quotidien : Marc de Fleurian n’avait juste pas répondu aux demandes des journalistes.
Ce qui pourrait faire gagner le RN
Élue dès le premier tour en 2020, Natacha Bouchart semble bien ancrée dans son fauteuil de maire. Mais dans une ville marquée par la présence de migrants qui quittent le littoral pour rejoindre l’Angleterre au péril de leur vie, le RN gagne du terrain. Natacha Bouchart le sait.
Par le passé, la maire n’a pas hésité à utiliser la rente anti‐migrants pour faire campagne et devenir une personnalité médiatique nationale. Inconnu des Calaisiens en 2020, Marc de Fleurian s’est désormais implanté dans le paysage local en devenant député. Candidat assumé depuis de longs mois, il multiplie les actions de terrain, et pourrait donc être mieux identifié par les électeurs.
Cambrai : Stéphane Maurice (RN) vs Nicolas Siegler (Divers droite)
Le doute plane à Cambrai. Pendant 32 ans, la ville a été dirigée par François‐Xavier Villain (Divers droite). Décédé à l’âge de 74 ans en avril 2025, le maire régnait jusqu’alors sans partage sur la commune. Il avait par exemple enregistré plus de 56 % des voix dès le premier tour en 2020. Une victoire sans appel, bien qu’en deçà de son score en 2014, où il avait dépassé les 72 %.
Son décès bouleverse les équilibres politiques locaux, alors qu’en 2024 Alexandre Dufosset, candidat du Rassemblement national s’est imposé face au président de l’agglomération, Nicolas Siegler (Divers droite), dès le premier tour dans la 18e circonscription du Nord, avec 52,51 % des voix dont 43 % des sur la seule ville de Cambrai.
Mais ce n’est pas le député de 28 ans qui portera les couleurs du parti en mars prochain. Une autre figure locale de l’extrême droite, le conseiller municipal Stéphane Maurice, précédemment encarté chez Reconquête ! a reçu le soutien officiel du parti en janvier, après s’être déclaré candidat « sans étiquette » dès septembre 2024.
Cet ancien lieutenant‐colonel et pilote de chasse était déjà de la partie en 2020. Il avait récolté 14 % des voix. Celui qui prône « l’union des droites » se dit proche des idées de Marion Maréchal Le Pen qu’il a accueillie pour une cérémonie à Cambrai le 11 novembre dernier. Plus de 500 personnes se sont déplacées.

En 2024, une plainte est déposée à l’encontre du candidat par l’association du centre culturel du Cambrésis, alors qu’il s’oppose à la construction d’une mosquée. L’association lui reproche la « diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux » entraînant la publication de « commentaires injurieux et racistes » en réaction, selon La Voix du Nord. De son côté, Alexandre Dufosset, a choisi de maintenir le flou quant à la possibilité de figurer sur la liste, tout en déclarant à la presse locale qu’il s’investira « personnellement pour mener [Stéphane Maurice] à la victoire ».
Ce qui pourrait faire gagner le RN
Nicolas Siegler, poids‐lourd local qui a pris la suite de François‐Xavier Villain à la présidence de l’agglomération depuis 2021 compte bien rejouer le duel qu’il avait perdu face au RN aux législatives. Il se positionne comme l’héritier du maire historique, alors que l’actuelle édile Marie‐Anne Delevallée a fait savoir qu’elle ne briguerait pas d’autre mandat.
Reste à savoir si la liste de Nicolas Siegler parviendra à rassembler assez. Certains élus de la majorité ont d’ores et déjà annoncé leur défection. L’ancien directeur de cabinet de la maire, Eymeric François, qui prévoyait de rejoindre sa liste a finalement décidé de se lancer en solo, fâché du ralliement du conseiller d’opposition macroniste. Enfin, si l’élue d’opposition Catherine Dessery, tête de liste pour l’union de la gauche en 2020 a annoncé rejoindre Nicolas Siegler en 2026, une autre liste de gauche, Cambrai en commun, est également en lice.
Lens : Bruno Clavet (RN) vs Sylvain Robert (PS)
À Lens, c’est le député Bruno Clavet, 36 ans, qui sera à nouveau candidat pour le parti d’extrême-droite, avec l’ambition de ravir la mairie au socialiste Sylvain Robert, qui l’occupe depuis 2013. Le maire sortant rempile lui aussi pour 2026, soutenu par une large union de la gauche, sans LFI.

Bruno Clavet avait remporté 22,75 % des voix à l’élection municipale de 2020, après s’être installé à Lens en 2018. Il tente aussi sa chance, deux ans plus tard, aux législatives, dans la 3e circonscription du Pas‐de‐Calais. Il échoue cette fois à 71 voix près contre le communiste Jean‐Marc Tellier. Mais la revanche est prise, en 2024, après la dissolution de l’Assemblée nationale. Cette fois élu dès le premier tour, il réunit 48,48 % des voix sur la ville de Lens.
Ancien mannequin et candidat de l’émission X Factor, celui qui fut également durant trois ans conseiller régional, a été formé dans la machinerie du parti à la mairie d’Hénin-Beaumont, où il a occupé le poste de chargé de communication pendant cinq ans. Le natif d’Aubagne avait tweeté en 2015 après l’agression de l’équipe du Petit Journal lors d’un meeting du FN : « Je suis déçu de la réaction des militants FN, ils auraient dû frapper plus fort #journalopes. »
Bastion de la gauche, qui l’administre depuis plus d’un siècle, la prise de Lens par l’extrême droite serait un symbole de son implantation dans le bassin minier. La sous‐préfecture du Pas‐de‐Calais voit l’extrême droite progresser depuis plusieurs années. Marine Le Pen a ainsi récolté 39,70 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle de 2022. Quant à Jordan Bardella, il a obtenu 47,14 % aux européennes de 2024.
Ce qui pourrait faire gagner le RN
Alors que son faible ancrage local était dénoncé en 2020, Bruno Clavet ne souffre plus de cette image, six ans plus tard, très présent sur le terrain. En devenant député, il a aussi gagné en notoriété. Très offensif avec la majorité, il a multiplié les recours en justice à l’encontre du maire et de son équipe. Il a notamment contesté la vente du mythique Stade Bollaert, cédé par la ville au RC Lens en mai dernier pour 27 millions d’euros, une somme qu’il considérait trop faible.
Liévin : Dany Paiva (RN) vs Jérôme Darras (PS)
« Que cette région vive ! » C’est par ces mots que François Mitterrand conclut son discours de Liévin en 1994, pour célébrer une ville marquée par de trop nombreuses catastrophes minières. Cœur du bassin minier, Liévin est une terre de gauche qui n’a jamais vacillé plus à droite que le Parti socialiste lors des élections locales. Pourtant, quelques décennies plus tard, elle est en pleine ligne de mire du Rassemblement national.
Un sudiste de 29 ans parachuté dans le Pas‐de‐Calais : c’est le pari du parti frontiste pour conquérir sa mairie. Dany Paiva, assistant parlementaire de l’eurodéputée d’extrême-droite Marie Dauchy et ancien candidat à la mairie de Nîmes, y tente sa chance, faisant partie des nombreuses jeunes pousses biberonnées au RN à partir au combat des municipales.
Face à lui est pressenti Jérôme Darras, sénateur socialiste du Pas‐de‐Calais, et candidat désigné un peu malgré lui après le renoncement surprise du maire socialiste sortant Laurent Duporge. Élu depuis 2013, ce dernier avait largement remporté la ville en 2020 avec plus de 73 % des suffrages exprimés. Quelques jours plus tard, la presse locale annonçait sa récente condamnation à dix mois de prison avec sursis (sans inéligibilité) « pour des envois réitérés de messages malveillants par conjoint ».
Comme Lens, sa ville jumelle dont elle est limitrophe, Liévin a viré au brun lors des dernières élections nationales. Le député local, Bruno Bilde, cadre du Rassemblement national, y est élu depuis 2017 alors que Marine Le Pen avait réuni plus de 45 % des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle de 2022. Lancé sur le devant de la scène, Dany Paiva a pour objectif de surfer sur cette vague et de faire mieux que Roger Fruchart, tête de liste en 2014, condamné depuis pour outrage à caractère raciste, et que Louis Mompeu, en 2020, qui a à peine dépassé les 15 % des voix.

Sur le terrain, il peut d’ores et déjà compter sur l’appui de poids lourds du RN, à commencer par Bruno Bilde, qui s’affiche régulièrement à ses côtés sur le terrain. Leur objectif : reproduire le succès électoral d’Hénin-Beaumont, ou encore celui de Bruay‐la‐Buissière, où le jeune Ludovic Pajot avait été élu à seulement 27 ans.
Ce qui pourrait faire gagner le RN
Le retrait récent du maire sortant Laurent Duporge, ne laisse pas beaucoup de temps à la gauche pour s’organiser. Jérôme Darras, dont la candidature a été soufflée par le maire lors des vœux, ne semble pas être entré en campagne.
Ces tractations pourraient laisser le champ libre à Dany Paiva, qui fait de son côté campagne depuis septembre. « Envoyer [Jérôme] Darras à deux mois de l’élection, c’est extrêmement dangereux. [Sans] maire sortant, l’étiquette politique aura un poids beaucoup plus important », savourait ainsi le candidat d’extrême droite au micro d’Ici Nord. Le fort appui d’une « tête d’affiche » du RN comme Bruno Bilde n’est pas à prendre à la légère, dans une commune largement acquise à la cause frontiste aux élections nationales.
Une autre candidature est actée, celle de la liste citoyenne d’Hervé Laurent, figure locale respectée à Liévin. Plane également l’éventualité d’une candidature écologiste qui serait menée par Marjorie Delonghai. Ces listes pourraient diviser les voix à gauche – même si les écologistes n’avaient pas su fédérer en 2020, mobilisant moins de 500 voix au total.
Béthune : Alexandre Maaseele (RN) vs Olivier Gacquerre (UDI)
Au Nord du bassin minier, Olivier Gacquerre semble avoir une avance plus confortable pour être réélu en mars prochain. Maire UDI de Béthune depuis 2014, il a réuni 62,46 % des voix, dès le premier tour des élections municipales de 2020. Le candidat du RN, Alexandre Maeseele, n’arrivant qu’en quatrième position avec 7,02 % des voix.

Mais le conseiller municipal d’opposition, assistant parlementaire et conseiller régional n’a pas dit son dernier mot. Âgé de 28 ans, dont dix au Rassemblement national, il reprend la tête de liste RN en 2026 avec, cette fois, l’appui de la députée Caroline Parmentier, élue députée en 2024 et dont il est le suppléant. Le duo a recueilli 54,64 % des suffrages sur l’ensemble de la circonscription dont 49,40 % des votes béthunois au second tour, face au candidat Renaissance Hadrien Coisne.
Proche de Marine Le Pen, la députée a été épinglée par Mediapart pour ses sorties racistes, antisémites et homophobes. Pendant trente ans, elle a écrit pour le quotidien pétainiste « Présent » sur le « lobby juif », le « lobby LGBT », les « bohémiens galeux » ou encore comparé l’avortement à un « génocide »… Elle occupe la deuxième place sur la liste d’Alexandre Maeseele.
Ce qui pourrait faire gagner le RN
Alexandre Maeseele n’a plus la même image qu’en 2020, alors qu’il se présentait à tout juste 22 ans. Depuis, il a occupé le poste clé de chef du cabinet de Ludovic Pajot, maire de Bruay‐la‐Buissière dont il est très proche, jusqu’en juin dernier. Un poste qui lui a permis d’être aux premières loges de la pratique municipale du RN, et de gagner en compétence pour prétendre à la gestion d’une mairie.
Boulogne‐sur‐Mer : Antoine Golliot (RN) vs Frédéric Cuvillier (PS)
La troisième pourrait être la bonne. Largement battu en 2014 et 2020 face au maire sortant socialiste Frédéric Cuvillier, qui dirige la ville depuis 2002, Antoine Golliot, député du Rassemblement national depuis 2024 et conseiller municipal depuis 2014, y croit plus que jamais en 2026.

Candidat frontiste depuis le début des années 2010, son histoire politique, marquée par d’innombrables échecs, a pris un tournant lors des dernières élections législatives : pour moins de 500 voix, il remporte la cinquième circonscription du Pas‐de‐Calais, historiquement marquée à gauche. Un succès après la débâcle aux législatives de 2022 et la large défaite à l’élection municipale de 2020 où il ne pesait pas plus de 15 % des suffrages.
Bastion socialiste de plus de 40 000 habitants, Boulogne‐sur‐Mer opère sa mue à l’extrême-droite depuis 2022. Élections présidentielles, européennes et législatives : systématiquement, le Rassemblement national est arrivé en tête, dépassant les 40% des voix lors des élections européennes de 2024. Une tendance qui permet à Antoine Golliot de ne plus être qu’un simple outsider.
Le candidat a été critiqué pour sa direction solitaire et verticale de son groupe d’opposition. Neuf de ses colistiers élus en 2014 avaient quitté le navire, le forçant à renouveler son groupe en 2020. L’un des nouveaux venus, Franck Clabault, avait alors été épinglé pour des insultes racistes en ligne envers la communauté musulmane. Sanction : il avait été rétrogradé en onzième position sur la liste de 2020, trop loin pour conserver son siège de conseiller municipal.
Proche de Sébastien Chenu, élu sur la liste des élections régionales de Marine Le Pen en 2015, soutenu par le maire d’Hénin-Beaumont Steeve Briois, le néo‐député a lancé sa campagne dès le mois d’octobre en respectant le leitmotiv de son parti – l’insécurité -, tout en se posant en défenseur de la filière pêche, secteur représentant plus de 5000 emplois directs et 2000 indirects dans la ville. Un vivier essentiel pour devenir le nouveau maire de Boulogne‐sur‐Mer.
Ce qui pourrait faire gagner le RN
Antoine Golliot n’est pas un novice du scrutin. Après sa rude victoire aux élections législatives de 2024, il est désormais clairement identifié comme une personnalité politique locale. Premier candidat déclaré à la mairie boulonnaise, il fera face au maire sortant Frédéric Cuvillier.
L’ancien Secrétaire d’État chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche sous François Hollande a officialisé sa candidature le 24 janvier. Revenant sur le bilan de son mandat, Frédéric Cuvillier assume de « mauvais résultats » sur le plan de la sécurité, thème de prédilection du RN, qui attaque aussi régulièrement le maire sur la question de la propreté ou du dynamisme commercial. Antoine Golliot avait néanmoins dénoncé le soutien financier de la mairie à une librairie « de gauche » ou une épicerie afghane qui ne reflèterait pas « réellement l’identité de Boulogne ».
Le maire sortant devra affronter une autre liste à gauche, “Elan citoyen boulonnais”, qui a choisi le gérant local des magasins Biocoop, Baptiste Legrand, comme tête de liste, sur laquelle figurera également le conseiller d’opposition écologiste Denis Buhagiar.
Carvin : Arnaud de Rigné (RN) vs Philippe Kemel (PS)
À Carvin, le RN a investi Arnaud de Rigné, qui est depuis deux ans l’assistant parlementaire de Marine Le Pen. Élu d’opposition dans la commune depuis 2020, il avait obtenu 29,12 % des voix face au maire sortant socialiste Philippe Kemel, réélu dès le premier tour. Le groupe RN local souffrait alors d’une mauvaise image, après de nombreuses défections au cours du précédent mandat. Arnaud de Rigné, perçu comme un parachuté – il n’habite Carvin que depuis 2018 – se présentait à seulement 23 ans.

Conseiller régional des Hauts‐de‐France depuis 2024, il avait auparavant été candidat à diverses élections pour le FN en 2015 et 2017 en Loire‐Atlantique. Membre du Front national puis du Rassemblement national depuis 2015, l’élu qui a aujourd’hui 29 ans a travaillé à la mairie d’Hénin-Beaumont au service communication puis au pôle Entreprendre.
Dans cette commune de près de 18 000 habitants, Marine Le Pen a obtenu 53,11 % aux législatives de 2024, 47,09 % au premier tour de celles de 2022 et 40, 72 % au premier tour de l’élection présidentielle de 2022.
Ce qui pourrait faire gagner le RN
La gauche est à la tête de Carvin sans interruption depuis 1944. Philippe Kemel occupe le fauteuil de maire depuis 2001, dans un territoire qui vote néanmoins de plus en plus à l’extrême droite. La ville fait partie, avec Hénin‐Beaumont, de la 11e circonscription législative du Pas‐de‐Calais. Philippe Kemel avait battu d’un cheveu, à la surprise générale, Marine Le Pen, annoncée favorite en 2012.
Mais depuis 2017, celle‐ci retrouve continuellement son fauteuil de députée. Arnaud de Rigné bénéficie de l’image médiatique de la présidente du groupe, s’affichant régulièrement à ses côtés. En six ans, il a su fédérer son groupe et monter en expérience.
A 77 ans, Philippe Kemel n’a, pour l’heure, toujours pas annoncé s’il souhaitait se représenter pour un cinquième mandat. Il a néanmoins récemment déclaré avoir « toujours beaucoup d’énergie ». Aucun autre membre de la majorité actuelle ne s’est par ailleurs déclaré. On compte au moins deux listes citoyennes sur les rangs, dont l’une soutenue par Bruno Mézères, candidat en 2020 pour les écologistes.
Douai : Thierry Tesson (RN) vs Frédéric Chéreau (PS)
Le duel annoncé à Douai en mars prochain a des airs de match retour. Frédéric Chéreau, maire socialiste de la ville depuis 2014, se représente en mars. Il fera face à Thierry Tesson, mais cette fois sous une autre étiquette. En 2020, ce dernier avait présenté sa liste “Douai capitale”, avec le soutien des Républicains. Avec 9,3 % des voix, il avait manqué de peu le seuil des 10 % qui lui aurait permis de siéger dans l’opposition. Six ans plus tard, cet ancien fonctionnaire de l’Éducation nationale a changé de cap et viré encore plus à droite.

Thierry Tesson est entre‐temps devenu député, brièvement ciottiste, avant de choisir de siéger avec le Rassemblement national. En 2024, il bat cette fois‐ci Frédéric Chéreau, candidat NFP, avec 54 % des voix. L’édile douaisien devançait néanmoins de quelques points l’élu d’extrême droite à l’échelle de sa ville.
Pour conquérir la mairie, Thierry Tesson a fait appel à une figure méconnue mais centrale de l’appareil RN : Thibaut François, son actuel suppléant à l’Assemblée nationale. À 36 ans, ce conseiller municipal d’opposition douaisien a aussi été député de cette même circonscription entre 2022 et 2024.
Outre son entourage direct à la représentation nationale, Thierry Tesson s’appuie sur des acteurs locaux de la politique douaisienne. Il a ainsi rallié à sa cause Jacques Brénot, candidat sans étiquette à Douai en 2020. Loin de l’image lisse que le RN tente d’imposer, cet ancien directeur du bailleur social Norévie a récemment déclaré, lors d’un point presse, que Frédéric Chéreau « est un autiste, il n’écoute rien et ne décide de rien ». Claude Hocquet, président de l’Association des Papillons Blancs du Douaisis, a vivement réagi dans une tribune : « C’est une insulte lancée en pleine figure à toutes les personnes en situation de handicap mental et à leurs familles ».
Ce qui pourrait faire gagner le RN
L’incertitude plane sur Douai, alors que le nombre de listes de candidatures potentielles ou déclarées avoisine la dizaine. Frédéric Chéreau vient d’annoncer sa décision de se représenter. Les Écologistes, qui faisaient partie de sa majorité, ont choisi, pour la première fois, de se lancer en solitaires au premier tour.
La France insoumise présente, elle aussi pour la première fois, une candidate. Le conseiller municipal d’opposition François Guiffard se lance lui aussi dans la course à la mairie avec une liste « sans étiquette ». De son côté, Coline Craeye, qui était arrivée deuxième en 2020 avec la droite, repart en campagne, soutenue par Christian Poiret, président divers droite de Douaisis Agglo. Thierry Tesson pourrait profiter de ces divisions.
Denain : Joshua Hochart (RN) vs Anne‐Lise Dufour‐Tonini (PS)
Défait dès le premier tour en 2020 face à la maire sortante socialiste Anne‐Lise Dufour‐Tonini, Sébastien Chenu, vice‐président du RN et figure du parti dans le Nord, a cette fois déclaré forfait à Denain. Il a même, depuis, déménagé de la ville.
Cette année, c’est donc le sénateur Joshua Hochart, son ancien colistier dont il est très proche, qui mène la bataille pour remporter la mairie, fort des très bons résultats obtenus localement par le parti lors des derniers scrutins. Le siège de maire est en effet le seul à avoir résisté à la vague RN ces dernières années.

Sébastien Chenu a ainsi été réélu avec 53,4 % des voix sur la seule ville de Denain dès le premier tour en 2024, quand Jordan Bardella obtenait 50 % des voix quelques semaines plus tôt lors des élections européennes. En 2022, Marine Le Pen avait été largement préférée à Emmanuel Macron, dépassant 60 % des suffrages exprimés. Joshua Hochart avait néanmoins échoué à devenir conseiller départemental en 2021, à 1000 voix près.
Elu sénateur grâce au soutien de 433 maires en 2023, Joshua Hochart a auparavant occupé le poste de secrétaire général du groupe RN à la région, présidé par Sébastien Chenu, dont il a également été co‐directeur de campagne en 2021. Son train de vie particulièrement dépensier alors que le parti ne roulait pas sur l’or à cette période, avait été épinglé par le journal Le Monde, et même provoqué de l’agacement au sein de son équipe.
Ce qui pourrait faire gagner le RN
Anne‐Lise Dufour‐Tonini, qui occupe le fauteuil de maire depuis 2011, a récemment annoncé qu’elle briguerait un nouveau mandat en 2026. Elle fait face à la candidature de Youssouf Feddal, un ancien membre de sa majorité, en duo avec une jeune femme, Camellia Messaoui. Sur leur liste, figure aussi leur directeur de campagne Soufiane Iquioussen, fils de l’imam Hassan Iquioussen expulsé vers le Maroc en 2023. Depuis quelques mois, les accusations « d’entrisme » à l’encontre de cette liste se multiplient au niveau national. Reste à savoir si elles pourraient favoriser la poussée locale du RN.
Caudry : Mélanie Disdier (RN) vs Frédéric Bricout (Divers droite)
À Caudry, Mélanie Disdier va participer pour la quatrième fois à une élection municipale pour le compte du FN ou du RN. Dans la capitale mondiale de la dentelle, la politique est depuis longtemps une affaire de famille.

Devenue eurodéputée en 2024, Mélanie Disdier est une habituée des scrutins locaux En 1995, la native de Cambrai figure déjà sur la liste FN aux municipales, derrière son père Jacques Disdier, entré au FN dès 1985. Elle est conseillère d’opposition à Caudry depuis 2003.
La famille Disdier n’a jamais réussi à s’imposer face à la famille Bricout (divers droite), qui dirige la ville depuis 1995 : le père, Guy Bricout jusqu’en 2017, puis le fils, Frédéric Bricout depuis. Celui‐ci a été réélu dès le premier tour en 2020, récoltant 64 % des voix.
L’élue européenne a récemment été citée dans une enquête du média Les Jours pour son appartenance au groupe Facebook raciste “Résistance Patriote”, qui partage régulièrement des messages à caractère antisémite ou islamophobe, sur lequel elle publiait elle‐même des messages visant à promouvoir son activité politique. Pour rejoindre ce groupe qui s’appelait auparavant « CONTRE l’invastion migratoire et L’I_S_L_A_M », il faut répondre à une question : « que pensez‐vous de l’islam ? ». Mélanie Disdier a depuis ces révélations quitté le groupe.
Ce qui pourrait faire gagner le RN
Frédéric Bricout est candidat à sa succession. Mais les tendances électorales semblent basculer ces derniers temps. Alors que Guy Bricout l’a emporté face à Mélanie Disdier lors des législatives de 2022, le Rassemblement national a été plébiscité à 52 % à Caudry deux ans plus tard en 2024, face à Frédéric Bricout et même à 57 % aux européennes, pour la liste de Jordan Bardella, où Mélanie Disdier figurait en sixième position.
Cet article a été réalisé en partenariat avec les étudiants de Master 2 de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille).
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