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April aux mains d’un fonds adepte des paradis fiscaux

C’est par un tweet que le patron d’April Bruno Rousset a officialisé, vendredi dernier, qu’il n’était plus… le patron d’April. Le fondateur du groupe d’assurances, installé dans le quartier de la Part-Dieu, a cédé son petit empire coté en bourse (3900 salariés, des implantations dans 28 pays, près d’un milliard de chiffre d’affaires annuel, liste La Tribune Auvergne-Rhône-Alpes) à CVC Capital Partners. Le montant de l’opération n’a pas été communiqué (Bruno Rousset détenait 65% d’April).

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Devant le siège social d'April, boulevard Vivier Merle, à Lyon. Photo : N.Barriquand /Mediacités.

Considéré comme le plus grand fonds d'investissement d'Europe, le repreneur contrôle pêle-mêle les montres de luxe Breitling, les valises Samsonite ou encore les parfumeries Nocibé. Son nom n’est pas inconnu des lecteurs les plus avertis de Mediacités. Le britannique – mais basé au Luxembourg – CVC Capital Partners apparaissait en juin 2018 dans notre série d’enquêtes « Opération offshore » consacrée à l’exil fiscal, au détour de nos révélations sur la société Cunningham Lindsey, numéro un mondial de l’expertise d’assurances. On y découvrait un acteur de la finance mondiale adepte des paradis fiscaux : Luxembourg, donc, mais aussi Jersey ou les Îles Caïmans. De son côté, April privilégiait jusqu’à présent Malte pour échapper au fisc, comme vous avez pu aussi le lire dans Mediacités. L’activité très lucrative du groupe sur l’île, avec très peu de salariés, fait depuis l’objet d’un redressement fiscal de 69,8 millions d’euros par l’administration française.

Bruno Rousset ne coupe pas pour autant les ponts avec April. Via sa holding Evolem, il conserve une participation minoritaire au sein du groupe. A quelle hauteur ? Mystère. Enfin, comme nous l’avions révélé avec notre partenaire Mediapart en septembre 2017, Evolem est propriétaire du siège social de l’assureur, le bâtiment Aprilium 1, situé boulevard Vivier Merle, ainsi que d’un autre immeuble de bureaux situé à proximité, l’Aprilium 2. La société loue les deux à April (3,8 millions d’euros par an pour l’Aprilium 1, selon le bail commercial signé en 2007), longtemps au mépris des règles du code de commerce [lire notre enquête « Le jackpot immobilier du patron d’April »]. La cession à CVC Capital Partners comprend-elle les murs ? Contacté, Evolem n’avait pas retourné notre appel au moment de notre publication. Le communiqué sur l’opération ne fait état que de la participation majoritaire de la holding de Bruno Rousset, pas de ses actifs immobiliers.


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Collomb versus Kimelfeld : la bataille du bureau de Poste

Elections 2020C’est à ce genre de détail qu’on comprend qu’une campagne électorale est vraiment lancée… Ce lundi, Gérard Collomb annonce sur sa page Facebook que la décision de fermer le bureau de poste du Grand Trou, dans le 8e arrondissement de Lyon, est « ajournée ». Merci qui ? Merci Monsieur le maire. Le baron souligne que ce sauvetage (temporaire ?) fait suite à « un contact téléphonique » avec le PDG de La Poste Philippe Wahl, vendredi dernier. Ni une, ni deux, le cabinet de David Kimelfeld dégaine un communiqué de presse : « La fermeture du bureau de poste suspendue à la demande de la Métropole de Lyon ». On y apprend que le président du Grand Lyon a lui aussi « récemment interpellé » le PDG du groupe. Décidément, Philippe Wahl doit dorénavant savoir situer le Grand Trou sur la carte… Lyon Capitale, qui relève aussi la passe d’armes entre les deux candidats à la présidence de la Métropole pour après 2020, tient, avec malice, le chronomètre : 12h46 pour le post Facebook collombiste, 13h18 pour l’envoi du communiqué de presse kimiste.

Au-delà de la course à l’échalote, l’anecdote replace ce quartier de la route de Vienne au cœur des préoccupations politiques. Tant mieux. Comme nous vous l’avions raconté en mars dernier, le Grand Trou a accumulé, ces dernières années, les problèmes (sécurité, commerces, habitat…) dans une relative indifférence. Jusqu’à l’incendie criminel d’une boulangerie, en début d’année. Le fait divers, mortel, a mis en lumière le sentiment de délaissement partagé par les habitants du quartier. « Coincé entre la ville-centre et la banlieue, n’appartenant ni à l’une ni à l’autre, on est à l’écart des radars. Un angle mort, géographique et politique », résumait dans nos colonnes Jean-François Grillet, directeur de Rezo 1901, gestionnaire de la Maison des associations. Une phrase à conjuguer au passé désormais ? Au moins pendant la campagne électorale…       


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Lyon, « berceau » de l’extrême-droite.

La capitale des Gaules serait aussi celle des mouvements d’ultra-droite radicaux. C’est l’une des conclusions du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les groupuscules d’extrême-droite qui vient d’être rendu public. On y apprend que Lucile Rolland, cheffe du service central du renseignement territorial, qualifie la région lyonnaise de « berceau » de l’extrême-droite. Elle y fait état d’une mouvance « particulièrement virulente ». La députée (FI) Muriel Ressiguier, rapporteuse de la commission, souligne « [qu’]après la création du mouvement identitaire, en 2002-2003, la ville est très vite devenue une place centrale de ces mouvances, qui ont très tôt manifesté une nette volonté d’appropriation du cinquième arrondissement ». Leurs effectifs sont estimés en Auvergne-Rhône-Alpes à 400 individus et entre 1000 et 3000 en France.

« A Lyon, on observe toutes les nuances de l’extrême-droite. C’est une spécificité locale, analysait en octobre dernier, dans Mediacités, la chercheuse Caterina Froio, spécialiste du sujet. Ici, se côtoient la mouvance identitaire, celle nationale révolutionnaire du Bastion social, des mouvances plutôt issues de l’expérience d’Yvan Benedetti, une forme de catholicisme traditionaliste. » Elle soulignait aussi un changement de communication de ces groupes radicaux : « Ils font de la politique avec des activités de sociabilité. C’est une manière de mener ce qu’ils appellent "le combat culturel" ». Le rapport parlementaire, auquel ont participé les députés (LREM) du Rhône Thomas Rudigoz et Jean-Louis Touraine, pointe justement des exemples de cette stratégie, comme la distribution de nourriture et de matériel pour les sans-abris « français de souche » à partir de 2013. Des « happenings médiatiques » pour susciter la polémique.

https://www.mediacites.fr/interview/2018/10/12/a-la-faveur-dun-fn-en-crise-les-groupuscules-radicaux-se-reactivent/


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Culture : riches Parisiens, pauvres Lyonnais 

planche bidule culture« Un scandale français », titre L’Express à la Une de son numéro de la semaine dernière. L’hebdomadaire révèle un chiffre effarant : « Chaque année, le ministère de la Culture dépense 139 euros par Francilien contre… 15 euros pour l’habitant d’une autre région ». Un rapport totalement déséquilibré au profit de la région capitale découvert entre les petites lignes d’un rapport de 2014 de l’inspection générale des Affaires culturelles. En cause : la concentration à Paris des établissements nationaux (le Louvre, la Bibliothèque nationale de France, le musée d’Orsay, Beaubourg…) et des « opérateurs culturels nationaux » comme le Centre national du livre, mais aussi l’habitude de faire passer à la caisse les collectivités locales pour les grands équipements culturels… sauf à Paris. Un exemple ? L’Etat assure la totalité du financement public de l’Opéra Garnier (à Paris) quand il abonde à hauteur de 20% de celui de l’Opéra de Lyon.

Mediacités est allé à son tour farfouiller dans le rapport en question, basé sur les dépenses de 2013. On y découvre que le ministère de la Culture a consacré, cette année-là, 22 euros par habitant de Rhône-Alpes contre 182 euros en Île-de-France (le chiffre de 139 euros retenu par L’Express provient d'une communication plus récente du ministère de la Culture). Huit fois moins ! Motif de consolation : l’ancienne région Rhône-Alpes était alors la deuxième mieux lotie, suivie de près par Provence-Alpes-Côte-d’Azur.


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Un fonds d’investissement s’offre l’EM Lyon 

Encore une institution lyonnaise rachetée par un fonds d’investissement [lire plus haut notre brève sur April]. Pour 100 millions d’euros sur cinq ans, le fonds Qualium Investissement, associé à BPI France, doit prendre prochainement les rênes de l’EM Lyon. L’événement est historique : depuis 1872, note Les Echos, la prestigieuse école de commerce était administrée par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI). Sous l’égide de son ancien directeur général Bernard Belletante [(re)lire le portrait que nous lui avions consacré en juillet 2018 : « EM Lyon : la révolution libérale du docteur Belletante »], l’institution était devenue, l’an dernier, une société anonyme. La manœuvre était destinée à attirer des investisseurs afin de financer les ambitions de l’EM.

C’est donc chose faite. Qualium Investissement, entré en négociation exclusive avec la CCI, devrait détenir 46% du capital de l’école. La chambre consulaire en conserverait 41%. « La CCI ne vend pas son école. Notre pacte d’actionnaires prévoit que nous restions le gardien du temple et que nous gardions un rôle d’expertise », veut rassurer son président Emmanuel Imberton, cité par Tribune de Lyon. La CCI garderait « une minorité de blocage pendant 10 ans » et un droit de veto sur certaines décisions stratégiques. Qualium Investissement s’engagerait par ailleurs à garder le mot « Lyon » dans le nom de l’école. Reste une question en suspens ? L’arrivée de cet investisseur jouera-t-elle à la hausse ou à la baisse les frais de scolarité de l’EM Lyon ? D’après Le Progrès, ils s’élèvent en moyenne à 16 000 euros par an.