Ethique publique : les engagements des candidats lyonnais face à Anticor

L’ère des potentats locaux à l’abris des regards est-elle révolue ? Dans les collectivités, les règles en matière de transparence de la vie publique ou d’éthique apparaissent souvent plus flottantes qu’au niveau national, laissant certains élus flirter avec la loi. En témoignent les conflits d’intérêts documentés par Mediacités, comme celui de Xavier Dullin, le président du Grand Chambéry, ou de Richard Brumm, l’adjoint aux Finances de Gérard Collomb. Un flou artistique et une absence de réelle politique de prévention particulièrement visible dans les cas de collusion entre les intérêts privés et les administrations publiques [relire sur ce sujet les propos de la journaliste Isabelle Jarjaille ou l’analyse du chercheur Stéphane Cadiou sur le manque d’encadrement des lobbys au niveau local].

Très active sur ces sujets, l’association Anticor a sollicité les candidats aux élections municipales et métropolitaines dans l’agglomération lyonnaise, leur demandant de prendre position – face caméra - sur trente propositions relatives à l’éthique dans la vie publique. Le tout a été publié sur le site de l’association.

« Il ne faut pas qu’un élu soit présent dans 5, 6, 10 organismes »

Résultat : de la bonne volonté, mais pas toujours du concret. « Tous les candidats interrogés s’accordent pour placer l’éthique au centre de la vie politique locale, note Anticor. En revanche, si l’idée est là, les réponses recueillies montrent que tous n’ont pas encore un programme bien construit pour y aboutir ».

Dans le détail, chaque candidat met en avant quelques propositions phares. David Kimelfeld promet ainsi de confier la présidence de la commission des finances de la Métropole à un élu d’opposition, sur le modèle de la pratique observée à l’Assemblée nationale. L’actuel président de la Métropole souhaite également être plus vigilant sur le cumul des mandats dans les organismes “satellites” des collectivités (transports, pompes funèbres, hôpitaux…) : « Il ne faut pas qu’un élu soit présent dans 5, 6, 10 organismes », admet-il.

La prévention des conflits d’intérêts fait aussi l’objet de plusieurs propositions. François-Noël Buffet (LR) souhaite ainsi rendre obligatoire une déclaration d’intérêts pour l’ensemble des élus (ces déclarations ne sont actuellement demandées qu’aux membres de l’exécutif). Pour les cas les plus graves, donnant lieu à des poursuites judiciaires, Georges Képénékian promet de « suspendre de ses fonctions exécutives tout élu mis en examen pour atteinte à la probité » et de « retirer définitivement les fonctions exécutives à tout élu condamné pour atteinte à la probité ».

La fin des achats de billets de matches de foot ?

Du côté d’EELV, Grégory Doucet et Bruno Bernard indiquent vouloir créer un poste de déontologue – une proposition initialement portée par Nathalie Perrin-Gilbert – ainsi que la nomination d’un adjoint en charge des questions de « démocratie locale et de redevabilité ».

Détail notable, le candidat écologiste à la ville de Lyon souhaite également revoir certaines pratiques fortement ancrées, comme l’achat de places de rencontres sportives ou d’événements culturels par les collectivités. Selon lui, l’achat de ces tickets, « pour ensuite les distribuer au compte-goutte, pour ne pas dire à la tête du client, pose question ». La pratique est familière pour les lecteurs de Mediacités, à l’image des places VIP achetées au club de basket de l’Asvel par la mairie de Villeurbanne (4350 euros l’abonnement annuel) ou des abonnements à l’Olympique lyonnais, au LOU rugby, au Lyon hockey club où l’ASUL prisés par la ville de Lyon.

Le renforcement du contrôle de l’absentéisme dans les assemblées locales est aussi mentionné à plusieurs reprises. Andréa Kotarac (Rassemblement national) et Yann Cucherat (alliance Collomb-LR) souhaitent tous deux moduler les indemnités des élus en fonction de leur assiduité. L’ensemble des candidats s’accordent également pour réclamer une plus grande transparence et une plus grande accessibilité des informations, notamment en mettant sur pied des bases de données en open data, sans que l'on sache trop à quoi renvoie ce terme. Autant de promesses qui, mises bout à bout, répondent à plusieurs points formulés par Mediacités dès le début de la campagne municipale dans notre Manifeste pour une démocratie locale réelle. Reste à savoir si les déclarations d’intentions resteront prioritaires au lendemain du scrutin.

Mathieu Périsse

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).

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