Ce lundi 26 octobre 2020, l’ambiance promet d’être électrique à Treillières (Loire-Atlantique), au nord de Nantes [Mise à jour : coup de théâtre, le conseil a finalement été annulé au dernier moment. Lire nos informations en fin d'article]. Ce soir, un conseil municipal extraordinaire devrait en effet entériner les démissions de quatre adjoints du maire Alain Royer, suite aux révélations de Mediacités sur sa conduite en état d’ivresse au volant d’un véhicule de la commune. Ce qui devait être un « incident isolé » - à en croire le mea culpa prononcé par l’intéressé le 28 septembre, lors du précédent conseil municipal - a en effet débouché sur « une crise politique majeure » au sein de la majorité, comme l’affirmait la future ex-première adjointe au maire, Catherine Cadou, dans un document que nous dévoilions le 14 octobre dernier. Elle y démontait notamment « le mensonge » d’Alain Royer, qui avait laissé sa fidèle première adjointe monter une demande de remboursement à l’assurance, sans lui dire qu’il conduisait en fait le véhicule en état d’ivresse. Lui faisant ainsi courir des risques juridiques et altérant le crédit qu’on peut accorder à sa parole publique.

Le maire bien convoqué devant le tribunal de police

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Alain Royer, maire de Treillières. / Capture d'écran vidéo Youtube de la mairie de Treillières.

Il y a une semaine, les gendarmes ont, eux aussi, bien cru s’étouffer en lisant l’interview donnée par Alain Royer à Ouest-France. Le maire de Treillières y assurait « ne pas avoir été verbalisé » après son accident. Or, « il a bien été verbalisé, et a été convoqué devant le tribunal de police, s’agace l’un des gendarmes auprès de Mediacités. Maire ou pas maire, il n’y a pas de passe-droit… Notre probité ne peut pas être mise en doute. » Le même militaire confirme au passage qu’Alain Royer n’a pas déposé, non plus, de plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui » ou « non-assistance à personne en danger » contre le conducteur du mystérieux et - donc très dangereux - « tracteur qui roulait à vive allure » et l’aurait poussé à partir au fossé…

Au final, on ne sait donc plus trop à quel moment il faut croire Alain Royer. Dans un « communiqué de presse » adressé à Mediacités le 15 octobre dernier, le maire de Treillières  minimisait son « faux pas », affirmant qu’il lui avait simplement valu « une contravention ». Ce texte surréaliste – titré « La vérité moins rocambolesque qu’il n’y paraît », rédigé sur papier à en-tête de la commune, mais écrit au nom de la seule « équipe majoritaire » qui entoure le maire – était par ailleurs truffé d’autres approximations. « L’équipe majoritaire déplore le départ de Catherine Cadou, qui a su mener à bien le redressement (…) de la commune aux côtés d’Alain Royer durant douze années, était-il par exemple écrit. Il faut rappeler que grâce à eux (…), la commune (…) s’est considérablement développée. Leur gestion a été saluée par la Cour régionale des comptes (sic) comme étant un modèle de saine gestion des deniers publics.»

Le rapport introuvable

Cette fois-ci, c’est l’opposition municipale qui a bien failli s’étrangler : jamais ses élus n’ont eu connaissance d’un quelconque contrôle – a fortiori élogieux – de la Chambre régionale des comptes (CRC) des Pays de la Loire. Nulle trace, effectivement d’un quelconque rapport sur le site de la CRC. Interrogée par mail, la directrice générale des services (DGS) de la commune a dû se rendre à l’évidence : il s’agissait en fait d’une « erreur de rédaction de l’auteur » du communiqué de presse. Il y a eu tout au plus un satisfecit des seuls « services fiscaux » sur la tenue de la comptabilité municipale. Mais jamais de la Chambre régionale des comptes.

Une administration qui n'a de toutes façons pas fini d'avaler des couleuvres : ce lundi, dans Ouest-France, c'est elle que le maire a désigné comme la principale responsable de ses atermoiements devant l'assureur de la commune. Alain Royer estime en effet qu'il était finalement parfaitement en droit de demander un remboursement du véhicule accidenté, alors qu'il s'était engagé en conseil municipal à retirer sa demande. « Je pouvais faire ma déclaration, car le contrat (...) le permet, j'ai été mal conseillé par mes services. » Les intéressés apprécieront.

Une « maire bis décidant de tout »

La préfecture de la Loire-Atlantique, elle, regarde tout cela de loin. « La commune ne se trouve pas actuellement dans une situation qui justifierait une intervention directe de l’État pour gérer ses affaires, écrit son service communication, en réponse à notre demande d’interview du préfet. Il n’en demeure pas moins vrai que les services de l’État sont particulièrement vigilants sur la situation et les décisions prises par les communes rencontrant des difficultés particulières, et dont les actes font l’objet d’un examen particulièrement attentif. »

Jean-Philippe Aubry, son directeur de la « coordination des politiques publique et de l’appui territorial », va toutefois pouvoir suivre de près les prochains épisodes du feuilleton treilliérain : il a en effet été mis en copie du courrier adressé par l’opposition municipale au président de la Chambre régionale des comptes – la vraie, cette fois-ci. Ils s’y inquiètent de « l’utilisation abusive et non transparente des finances publiques » par le maire Alain Royer, de sa « tentative de fraude avérée à l’assurance » après son accident de voiture ou encore des « multiples commandes de mâts solaires » passées à Electrofluid, l’entreprise de La Chapelle-sur-Erdre dirigée par son adjoint à l’urbanisme Jean-Marc Colombat. « Nous soupçonnons très clairement un détournement des règles fixées par le code des marchés publics », s’inquiètent les élus d’opposition.

Ce lundi, ledit adjoint à l’urbanisme – dont la démission sera effective le 9 novembre prochain, selon Presse Océan - a sorti la sulfateuse dans Ouest-France. S’attaquant à l’opposition municipale mais aussi à son ancienne collègue Catherine Cadou, une « maire bis décidant de tout ». Un son de cloche bien différent de celui qu’il tenait il y a encore quinze jours, quand Mediacités avait révélé les suspicions de conflit d’intérêts qui l’entourent. « Vous avez jeté en pâture la première adjointe (…), mettant en cause son éthique sur la base de chiffres faux, s’était-il alors ému dans un courriel au vitriol. Ceci étant dit, n’ayant strictement rien à cacher ni à me reprocher (…), je suis prêt à vous rencontrer pour (…) fournir toutes les informations dont je dispose », écrivait-il encore.

Recontacté, donc, ce vendredi 23 octobre 2020 par Mediacités pour lui donner l’occasion de démontrer les « contre-vérités », « mensonges » et « fausses informations » dont il ferait l’objet, Jean-Marc Colombat n’a toutefois pas donné suite.

Coup de théâtre : le conseil municipal annulé

L'information est tombée aux alentours de 18 heures, soit une heure et demie à peine avant le débuté de la séance : le conseil municipal extraordinaire qui devait entériner les démissions de quatre adjoints au maire, Alain Royer, est finalement annulé. Deux des démissionnaires, l'ancienne première adjointe Catherine Cadou ainsi que Magali Lemasson, avait annoncé le matin même par lettre recommandée qu'elle ne quittait plus seulement leurs postes d'adjointes, mais purement et simplement le conseil municipal. Une décision radicale qui entraine mécaniquement le report de la séance, un délai de cinq jours devant être respecté entre la démission et la nomination de nouveaux conseillers. Le prochain conseil municipal se tiendra le 9 novembre prochain, comme prévu. 


->>> Lire ou relire nos précédentes enquêtes sur Treillières :