De drôles de remous agitent déjà la piscine métropolitaine du sud‐ouest, avant même qu’elle sorte de terre à Bouaye, pour une inauguration prévue fin 2030. Si tout fonctionne comme prévu… Le 11 mars dernier, à peine quatre jours avant le premier tour des élections municipales, le maire sortant Freddy Hervochon (PS) – qui avait pris en 2023 la suite de Jacques Garreau (socialiste également) – signe l’acte de cession gracieuse à Nantes Métropole, le maître d’ouvrage, d’un terrain municipal d’un hectare.
C’est là, dans une ZAC au nord du parc de La Mevellière (52 hectares), surnommé « le poumon vert de la commune », que doit être construit le centre aquatique, comprenant deux bassins : 25 mètres pour la nage et 15 mètres pour l’apprentissage. Et ce au bénéfice et avec l’approbation de longue date de six communes avoisinantes situées en « zone blanche » pour ce genre d’équipement (chacune a même versé 85 000 euros pour l’achat originel du terrain). Coût total estimé pour l’heure : 16,74 millions, qui proviennent surtout de Nantes Métropole, dont le bureau métropolitain avait approuvé mi‐février l’acquisition de la parcelle et la sélection de trois équipes de maîtrise d’œuvre pour en dessiner le projet architectural. Les travaux devraient eux s’étendre sur de 18 à 24 mois.
Une page sur deux du programme électoral
Le timing politique s’avère pour le moins osé, en pleine campagne municipale. « Je n’ai fait qu’exécuter la décision du conseil municipal et le mandat que m’ont donné les maires », répète aujourd’hui Freddy Hervochon, qui en a tout de même fait son principal argument de réélection – mettant aussi en avant le soutien de Johanna Rolland, la maire‐présidente socialiste de Nantes Métropole. La piscine occupait une page sur deux de son programme électoral. « Pour nos enfants et tous les Boscéens, construire une piscine garantie sans délais supplémentaires, ni risque financier pour la commune », pouvait‐on y lire. Ou : « Attention danger : la liste de droite veut, à l’occasion de l’élection municipale, remettre en cause le site d’implantation, pourtant déjà choisi depuis plus de trois ans, en proposant le site des Carterons ! »
Le maire sortant, par ailleurs vice‐président aux ressources, milieux naturels et à l’action foncière au Département, a finalement été balayé par sa rivale Anne‐Claire Goyer (divers droite) lors de ce duel en un tour. Cette cheffe d’entreprise de 41 ans a rassemblé 58,30 % des voix, portée par une forte participation (70,09 %). La commune s’est teintée ainsi de bleu comme cinq autour de Nantes.
Voici comment le projet de piscine, ou du moins sa localisation première, prend l’eau. En campagne, la liste d’Anne‐Claire Goyer s’exprimait déjà sèchement sur le sujet. « Le choix du lieu doit être réfléchi, et cohérent. (…) Reconnaître une erreur et la corriger, c’est intelligent. C’est même ce que les Boscéens sont en droit d’attendre d’une équipe responsable », écrivait en ligne « Un Nouvel élan pour Bouaye ». Sans surprise, la passation de pouvoir entre l’ancien maire et la nouvelle, de quelques minutes à peine, fut glaciale et les polémiques n’ont pas tardé en conseil municipal entre nouvelle majorité et opposition (sur les indemnités d’élus notamment).
Le terrain initial et le deuxième terrain proposé par Anne‐Claire Goyer et sa majorité. Infographie : Thibault Dumas / Mediacités
Aujourd’hui, Anne‐Claire Goyer plaide toujours auprès de Mediacités pour le choix d’un nouveau site de construction pour le centre aquatique, à un kilomètre du premier. « Le maire sortant a proposé une parcelle dans un parc, sur un terrain boisé et humide où on trouve des pins notamment. Un site qui est aussi très éloigné des écoles et du collège de Bouaye [mais pas du lycée, proche de l’autre, voir infographie ci‐dessus, NDLR]. » Le terrain visé par la nouvelle édile et son équipe se situe précisément entre les établissements scolaires, au sein de cinq hectares vierges « à urbaniser », selon le classement du PLUm.
Problème, on y compte une demi‐douzaine de parcelles et de propriétaires privés, comme a pu le vérifier Mediacités. Cette zone des Carterons faisait déjà l’objet de pré‐études environnementales dans le cadre d’un projet d’urbanisation envisagé par la précédente municipalité, mais sans aucune acquisition foncière jusqu’ici. « Changer de site, c’est prendre le risque de ne pas sortir la piscine pendant la mandature. Repartir de zéro serait une catastrophe pour les enfants des sept communes », s’alarme le socialiste Freddy Hervochon, auprès d’Ouest‐France.
« La Métropole ne pouvait pas me forcer la main »
Réponse d’Anne‐Claire Goyer : « La Métropole a commencé à travailler sur cette nouvelle hypothèse de localisation, elle ne pouvait pas me forcer la main, ce genre de projet se fait toujours avec l’accord du maire qui l’accueille. » Dès l’écharpe tricolore enfilée, le 20 mars, la nouvelle édile a envoyé un courrier à Johanna Rolland, ainsi qu’aux autres maires concernés, pour demander « la suspension du projet sur le site de la Mévellière, le lancement de la réflexion de ce futur équipement au niveau de la zone des Carterons, ainsi que l’annulation de l’acte notarié signé le 11 mars dernier ».
La nouvelle édile a finalement été reçue dans la foulée par le directeur adjoint en charge du dossier à Nantes Métropole, où il est notamment suivi par les services des sports et des équipements. Une réunion qui rassemble les maires des sept communes doit avoir lieu dans les prochaines semaines. « Chacun doit se mettre en marche pour relancer la construction de la piscine », prévient Anne‐Claire Goyer, alors que l’inquiétude monte chez certains de ses collègues et voisins.
À l’image d’Hélène Hazlewood, maire (divers) de Saint‐Aignan de Grand Lieu, qui l’exprime dans Le Courrier du Pays de Retz. « C’est un projet métropolitain, pas boscéen, et nous n’avons pas été consultés, ni donné notre accord pour un changement de localisation. Quid des subventions départementales sans lesquelles ce projet ne verra pas le jour ? Vont‐elles être maintenues ? Si le dossier prend du retard, nous risquons de les perdre. Quid des indemnités si changement de localisation aux architectes qui ont été mandatés et qui travaillent déjà sur le dossier ? » Une position partagée par Patrick Grolier, maire (divers) de Saint‐Léger‐les‐Vignes, François Blanchard (divers gauche) à Saint‐Jean‐de‐Boiseau ou Fabien Gracia (écologiste) à La Montagne.

Dans l’exécutif de Johanna Rolland
Car l’imbroglio politique est autant communal que métropolitain. Cinq des sept maires concernés sont membres de la majorité de Johanna Rolland, trois ont même intégré son exécutif. Ils sont soit issus de la gauche, soit membres du nouveau groupe des quatre maires « indépendants », qui ont choisi de rallier la majorité menée par la socialiste. Ce qui promet un petit casse‐tête aussi politique que technique à Nantes Métropole.
« Toute hypothèse de relocalisation devra faire l’objet d’une analyse approfondie, en mesurant les conséquences financières et calendaires du projet pour les différents partenaires du projet », indique cette dernière, interrogée par Mediacités. « Nantes Métropole tient à rappeler qu’elle souhaite faciliter l’apprentissage de la natation par les publics scolaires, à l’heure où le “savoir nager ” constitue une compétence fondamentale dans les programmes fixés par l’Éducation nationale, qui doit être acquise avant la fin de l’année de 6ᵉ. »
Sur les sept communes du sud‐ouest de Nantes, près de 35 000 habitants doivent bénéficier de ce qui constituerait la seizième piscine publique de la métropole nantaise. À moins que deux autres, promises depuis plusieurs années par la majorité de Johanna Rolland, sortent de terre avant celle de Bouaye : la piscine olympique métropolitaine à Rezé (budget de 52 millions d’euros), dans le cadre de l’aménagement urbain de Pirmil‐Les Isles ou la nouvelle piscine nordique au pied de la Tour Saupin, un projet (aussi controversé) du promoteur Giboire.
Maintes fois repoussée, l’inauguration de la piscine extérieure rénovée des Dervallières doit elle avoir lieu cette année et la réfection de celle de la piscine Léo‐Lagrange doit être lancée en cours de mandat. Un véritable serpent de mer, déjà promis lors de la précédente mandature.
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