Après deux séances plutôt techniques, les groupes politiques se sont formés en coulisses à Nantes Métropole. Présente en force, l'opposition de droite et du centre demeure cependant divisée en deux. L'aile gauche et écologiste de la majorité prend du poids en s'appuyant sur les insoumis.
C’est l’assemblée délibérative de tous les pouvoirs à Nantes. Les 98 nouveaux élus du conseil métropolitain décident des grandes politiques de la Métropole (aménagements urbains, transports, déchets, eau, énergie, etc.), pour un budget de 1,96 milliard d’euros en 2026, avec 4 608 agents permanents, dont un peu plus de 40 % sont mutualisés avec la Ville de Nantes. Soit une puissance équivalente à celui du conseil régional des Pays de la Loire ou de Bretagne.
Les deux premières séances du conseil métropolitain de ce mandat, le vendredi 3 avril et le lundi 27 avril derniers, se sont avérées essentiellement techniques. Le « gros morceau » a été la deuxième reconduction (facile) de Johanna Rolland (PS), comme présidente de Nantes Métropole. Mais surtout la constitution de son exécutif de 20 vice-président(e)s, bousculé par la montée en puissance de la droite et du centre lors des municipales et les appels de toutes parts à une « nouvelle gouvernance », moins verticale. Finalement, trois maires « indépendants » ont été intégrés à son équipe. Une ouverture politique très timide.

Une majorité de gauche qui a perdu de sa superbe
En coulisses, un autre point essentiel a fait l’objet d’âpres discussions ces dernières semaines. La constitution des groupes politiques, qui est possible à partir de… deux élus, selon le règlement intérieur du conseil métropolitain (en cours de réécriture comme à chaque nouvelle mandature). Deux nouveaux groupes font leur apparition à la Métropole. D’abord, celui des « Indépendants », déjà mentionnés plus haut : quatre maires de petites communes emmenés par Emmanuel Terrien, et associés à la majorité rose‐rouge‐verte. Ensuite, le groupe d’opposition de gauche des « Insoumis et citoyens » et ses cinq Nantais, chapeauté par William Aucant et Erika Cadersah.
Entre « l’accord technique » signé avec LFI à Nantes et la vague bleue dans la métropole, la gauche de Johanna Rolland a perdu de sa superbe. Elle est réduite de 70 à 52 sièges. Serda, le groupe « majoritaire de la majorité », regroupant socialistes et alliés, passe ainsi de 35 à 24 élus. Soit à peine un de plus que celui des écologistes, mais une majorité suffisante pour être soulignée par son patron Bertrand Affilé, premier vice‐président et bras droit de Johanna Rolland. « Symboliquement, ça compte », dit de sa voix de stentor l’indéboulonnable maire PS de Saint‐Herblain. La majorité peut aussi s’appuyer sur les « fiables » élus du groupe « Communistes et républicains », qui compte cinq membres.
Bien plus remuants depuis une décennie, les Verts de Marie Vitoux voient leur groupe, rebaptisé « Gauche citoyenne et écologiste », grimper de 19 à 23 élus. Il se voit notamment renforcé par les Rezéens de la maire Agnès Bourgeais (proche de Debout ! de François Ruffin), devenue deuxième vice‐présidente de Nantes Métropole, sorte de nouveau « bras gauche » de Johanna Rolland. « Nous voulons une métropole qui agit, pas une métropole qui hésite », dit Agnès Bourgeais, une des six signataires, fin 2025, d’une lettre interne salée dénonçant « La confusion entre les intérêts de la ville‐centre et ceux de la Métropole. »
Le ballet des coups de pression visant Johanna Rolland, coordonné entre les écologistes et les insoumis, semble déjà bien huilé. Après la question du CRA en conseil municipal, ceux‐ci sont intervenus en conseil métropolitain sur la modification de PLUm qui permettrait à Naval Group de s’agrandir à Indre pour la construction des réacteurs et chaufferies des sous‐marins de troisième génération et du nouveau porte‐avions « France Libre ».
CRA à Nantes : première offensive écolo‐insoumise visant Johanna Rolland
Droite et centre : « Les winners et les loosers »
Dans l’opposition, on regarde tout cela avec dépit. La droite et le centre se renforcent nettement dans le nouvel hémicycle avec 39 élus, contre 27 sortants. Pourtant, la division en deux groupes se prolonge. « Les winners et les loosers », note perfidement un édile. On trouve d’abord celui des maires de la métropole, emmené par les expérimentés Alain Vey (Basse‐Goulaine, divers droite) et Rodolphe Amailland (Vertou, LR) ainsi que les nouveaux Anthony Berdaud (Sautron, LR) et Sébastien Arrouët, néanmoins implantés de longue date.
Le groupe « Union des territoires métropolitains » – un nouveau nom doit être dévoilé sous peu – bondit de 15 à 23 élus, grâce à la vague bleue. Il continuera cependant à défendre les intérêts de ces communes dans une approche plus pondérée que celle de leurs compagnons nantais, qui doivent continuer eux à faire vivre le match avec Johanna Rolland.
Précisément, le groupe « Un nouveau souffle pour Nantes Métropole », de Foulques Chombart de Lauwe (LR) et Sarah El Haïry (MoDem), compte, lui, 16 membres, dont cinq opposants d’autres communes, tel Matthieu Annereau (Renaissance) à Saint‐Herblain. Baptisé de 2020 à 2026 « Avenir métropolitain », il comptait alors 8 membres, proches sur la fin des 4 macronistes nantais, qui avaient leur propre groupe (« Les Progressistes », désormais disparu).
Reste enfin, au sein du conseil métropolitain, trois élus « sans étiquette », selon le décompte de Mediacités, contre un seul au final lors de la mandature précédente. On retrouve par exemple dans cette situation Jéromine Da Prat, opposante (divers droite) à la maire (divers droite également) Véronique Dubettier‐Grenier, réélue à Carquefou. « Je vais essayer d’incarner, une autre voix, indépendante, et de rendre compréhensible pour les Carquefouliens un fonctionnement de la Métropole parfois opaque », indique Jéromine Da Prat, qui siège donc dans aucun groupe.
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