Le bon exercice de la démocratie locale souffre déjà de sérieuses limites en temps ordinaire. Alors qu’en est-il en temps de coronavirus ? Et plus encore durant cet entre-deux électoral inédit avec le report sine die du second tour des municipales ? Pour Mediacités, l’occasion était toute trouvée de questionner à nouveau la gouvernance des maires et leur rapport au pouvoir. « Dans ce type de crise grave, les maires doivent se positionner personnellement, émotionnellement et, souvent, leur conception profonde de la politique et de la gouvernance émerge », explique Alain Faure, directeur de recherche au CNRS et professeur de science politique à l’Université de Grenoble.

En effectuant notre tour d’horizon dans la métropole lilloise, nous avons rencontré autant de situations que de communes. Outre le cas de Lille, déjà évoqué ici, on y découvre des maires battus mais toujours aux commandes ; d’autres en ballotage défavorable et qui espèrent sauver in extremis leur fauteuil en récoltant les bénéfices d’une bonne gestion de crise ; d’autres, déjà élus, qui n’ont cure d’associer leurs opposants dans une « union sacrée » contre le Covid-19. « Comme d’habitude, tout repose sur la personnalité des élus, indique Clotilde Ripoull, présidente de l’association des élus locaux d’opposition. Il y a ceux qui font preuve de bonne volonté et acceptent de travailler avec leur opposition. Et il y a les autres, la très grande majorité, qui la traite comme quantité négligeable parce que le système leur en donne toute latitude. »

En creux, le déséquilibre de la démocratie locale saute aux yeux de façon encore plus nette. Pouvoir ultra-concentré sur la seule personne du maire, mépris ou ignorance des élus de l’opposition… « Il n’y a pas un pays en Europe où le maire dispose d’autant de pouvoirs qu’en France », nous rappelait le politologue Rémi Lefebvre dans une interview récente. Autant de travers que nous dénonçons régulièrement à travers nos articles. Autant de confirmations qu’il nous faut réinventer le fonctionnement de nos institutions locales et définir de nouvelles règles du jeu, ainsi que nous le suggérons dans notre « Manifeste pour une démocratie locale réelle » et notre « Livre blanc pour une démocratie locale renouvelée », rédigée avec nos amis de l’Observatoire de l’éthique publique.
Roubaix : Guillaume Delbar sur un nuage
Il a le vent en poupe... et l'oreille d'Emmanuel Macron, qui l'a convié à « visioconférer » avec lui le 23 avril. On comprend que Guillaume Delbar, maire sortant de Roubaix crédité de 41 % des voix le 15 mars, se sente taillé pour affronter la crise... sans trop s'embarrasser de consultation. « Vu l'urgence, l'heure n'est pas à des tête-à-tête avec des candidats aux élections, argue-t-il. Si quelqu'un a quelque chose à me dire, il peut m'appeler sur mon portable. » Le maire a quand même réuni les groupes politiques de l'actuel conseil municipal pour les tenir informés de ses actions. Et il se prête volontiers aux questions de la presse...

Il confie ainsi à Mediacités qu'il optera pour une méthode de gouvernance « plus ouverte et plus participative » en cas de réélection. Une perspective difficile à croire pour son principal rival, le médecin divers-gauche Karim Amrouni, qui a mobilisé un petit 15 % de votants au premier tour : « La gestion de la ville est caract . . .

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