Le bon exercice de la démocratie locale souffre déjà de sérieuses limites en temps ordinaire. Alors qu’en est-il en temps de coronavirus ? Et plus encore durant cet entre-deux électoral inédit avec le report sine die du second tour des municipales ? Pour Mediacités, l’occasion était toute trouvée de questionner à nouveau la gouvernance des maires et leur rapport au pouvoir. « Dans ce type de crise grave, les maires doivent se positionner personnellement, émotionnellement et, souvent, leur conception profonde de la politique et de la gouvernance émerge », explique Alain Faure, directeur de recherche au CNRS et professeur de science politique à l’Université de Grenoble.

En effectuant notre tour d’horizon dans la métropole lilloise, nous avons rencontré autant de situations que de communes. Outre le cas de Lille, déjà évoqué ici, on y découvre des maires battus mais toujours aux commandes ; d’autres en ballotage défavorable et qui espèrent sauver in extremis leur fauteuil en récoltant les bénéfices d’une bonne gestion de crise ; d’autres, déjà élus, qui n’ont cure d’associer leurs opposants dans une « union sacrée » contre le Covid-19. « Comme d’habitude, tout repose sur la personnalité des élus, indique Clotilde Ripoull, présidente de l’association des élus locaux d’opposition. Il y a ceux qui font preuve de bonne volonté et acceptent de travailler avec leur opposition. Et il y a les autres, la très grande majorité, qui la traite comme quantité négligeable parce que le système leur en donne toute latitude. »

En creux, le déséquilibre de la démocratie locale saute aux yeux de façon encore plus nette. Pouvoir ultra-concentré sur la seule personne du maire, mépris ou ignorance des élus de l’opposition… « Il n’y a pas un pays en Europe où le maire dispose d’autant de pouvoirs qu’en France », nous rappelait le politologue Rémi Lefebvre dans une interview récente. Autant de travers que nous dénonçons régulièrement à travers nos articles. Autant de confirmations qu’il nous faut réinventer le fonctionnement de nos institutions locales et définir de nouvelles règles du jeu, ainsi que nous le suggérons dans notre « Manifeste pour une démocratie locale réelle » et notre « Livre blanc pour une démocratie locale renouvelée », rédigée avec nos amis de l’Observatoire de l’éthique publique.

Roubaix : Guillaume Delbar sur un nuage

Bidule masque2Il a le vent en poupe... et l'oreille d'Emmanuel Macron, qui l'a convié à « visioconférer » avec lui le 23 avril. On comprend que Guillaume Delbar, maire sortant de Roubaix crédité de 41 % des voix le 15 mars, se sente taillé pour affronter la crise... sans trop s'embarrasser de consultation. « Vu l'urgence, l'heure n'est pas à des tête-à-tête avec des candidats aux élections, argue-t-il. Si quelqu'un a quelque chose à me dire, il peut m'appeler sur mon portable. » Le maire a quand même réuni les groupes politiques de l'actuel conseil municipal pour les tenir informés de ses actions. Et il se prête volontiers aux questions de la presse...

Il confie ainsi à Mediacités qu'il optera pour une méthode de gouvernance « plus ouverte et plus participative » en cas de réélection. Une perspective difficile à croire pour son principal rival, le médecin divers-gauche Karim Amrouni, qui a mobilisé un petit 15 % de votants au premier tour : « La gestion de la ville est caractérisée par l'entre-soi et le mépris des forces vives. Nous avons essayé d'avancer des propositions pour le déconfinement mais, pour eux, nous n'existons pas. » André Renard, autre protagoniste du premier tour (9 % pour sa liste divers-gauche), dénonce un travail de sape des associations de quartier et des conseils citoyens lors du mandat écoulé « au prétexte que ces structures seraient noyautées par les partis de gauche et les écologistes ».

Le voilà sans doute, le mal roubaisien : dans une ville en grande souffrance, que l'épidémie risque de plomber un peu plus, aucun dessein ne semble s'élever au-dessus des considérations partisanes. Pas moins de onze listes étaient en lice le 15 mars...

Résultats du premier tour :
Taux de participation : 22,52 %
Guillaume Delbar (union centriste) : 41,22 % (4 152 voix)
Karim Amrouni (DVG) : 14,79 % (1 490 voix)
Paul Zilmia (LFI) : 9,43 % (950 voix)
André Renard (DVG) : 9 % (906 voix)
Etc.

Tourcoing : Gérald Darmanin aux « abonnés absents »

Bidule masque2Jean-Marie Vuylsteker, maire de Tourcoing toujours en poste dans l'attente de l'installation d'un nouveau conseil municipal, « ne souhaite pas s'exprimer sur la gestion de la crise sanitaire », indique la représentante de son cabinet. Et Gérald Darmanin, qui doit retrouver ce fauteuil après sa victoire le 15 mars ? « Il ne veut pas non plus », indique la même source… Mediacités n'est finalement pas plus mal traité que les rivaux malheureux du « ministre-bientôt-maire ». « On n'est pas informés », déplore Franck Talpaert, le candidat divers gauche. « On est tenus au courant de rien », bout la candidate écologiste Katy Vuylsteker (sans lien de parenté avec le maire).

Même agacement chez le socialiste Vincent Lannoo. Même s'il n'a pas pris part au dernier scrutin, il demeure conseiller d'opposition et se plaint, lui-aussi, d'être tenu à l'écart. « Vous avez choisi de nous imposer une observation distanciée des choses », ironisait-il dans un courrier adressé à Jean-Marie Vuylsteker fin avril. Nouvel envoi de message début mai et toujours pas de retour. « Même pas ce minimum démocratique que serait un accusé de réception », lâche le socialiste.

On pourrait s'en tenir à ces échanges entre politiques si quelques Tourquennois ne s'étonnaient qu'aucune distribution de masques aux habitants n'ait encore été évoquée par les édiles locaux (une distribution a depuis été annoncée pour le 11 mai). « On parle beaucoup en ce moment de la montée en puissance des maires, grince Katy Vuylsteker. Mais à Tourcoing, l'actuel et le futur sont aux abonnés absents. »

Résultats du premier tour
Taux de participation : 25,38 %
Gérald Darmanin (Union centriste) : 60,89 % (9 592 voix)
Franck Talpaert (DVG) : 10,78 % (1 698 voix)
Katy Vuylsteker (EELV) : 9,20 % (1 450 voix)
Rémi Meurin (RN) : 8,40 % (1 323 voix)
Etc.

Lambersart : le navire tangue dans un silence assourdissant

Bidule masque2Faut-il que la situation lambersartoise soit compliquée pour que la maire en place, Christiane Krieger, et son adjointe, Claudie Jilcot, candidate désignée à sa succession, refusent de se prêter à l'exercice de l'interview ? Leurs réponses à Mediacités sont consignées dans de courts textes envoyés par mail. On y apprend, en substance, que « la transparence » et « la réactivité » sont à l'ordre du jour... Ce n'est pas l'avis d'au moins deux candidats aux municipales, grands pourfendeurs des carences démocratiques de la mairie durant la campagne. « La maire applique les directives préfectorales en matière sanitaire, note Olivier Fauchille, au nom d'une liste divers droite. Nous aurions voulu la voir prendre beaucoup plus d'initiatives et répondre à toutes les questions que nous lui avons posées. »

Le divers centre Nicolas Bouche, arrivé largement en tête au soir du 1er tour, n'a eu aucun écho au message qu'il a adressé dès le lendemain à Christiane Krieger. « Elle s'apprêtait à passer la main, je peux comprendre qu'elle ne soit plus motivée. Mais la dernière réunion de conseil municipal à Lambersart date du 9 décembre 2019 et elle n'a duré qu'une heure. La ville est un navire dont l'équipage s'est écharpé. Pour l'instant, je ne suis qu'un passager mais je m'inquiète. »

Quid de la situation financière de la commune ? Des projets immobiliers en cour ? Des permis d'aménager ou de construire ? Pour Nicolas Bouche, il est inconcevable que le flou perdure plus longtemps. « Prendre la barre d'un bateau qui s'échouerait par la faute du capitaine précédent, ça ne me tente pas », indique-t-il en bouclant la métaphore.

Résultats du premier tour
Taux de participation : 38,14 %
Nicolas Bouche (DVC) : 36,42 % (2 810 voix)
Christophe Caudron (DVC) : 17,38 % (1 341 voix)
Claudie Jilcot (DVD) : 13,99 % (1 079 voix)
Pierre-Yves Pira (DVG) : 13,39 % (1 033 voix)
Olivier Fauchille (DVD) : 10,06 % (776 voix)
Frédéric Dehaeze (DVC) : 8,76 % (676 voix)

Faches-Thumesnil : une concertation dans la douleur

Bidule masque2C'était mal parti. Patrick Proisy, le candidat Insoumis victorieux - mais pas encore « installé » - a présenté publiquement, courant avril, ses pistes pour faire face à la pandémie. Avec cette surprenante précision en en-tête du document : « Au cas où ces mesures n'auraient pas encore été envisagées ou décidées. » Précaution oratoire ou pas, Nicolas Mazurier, le maire divers-droite battu mais resté aux manettes, n'a pas apprécié. Et l'a exprimé bruyamment, notamment chez nos confrères de La Voix du Nord. « De la politique et de la polémique », déplore Patrick Proisy.

Il faut dire que la douleur de la défaite était encore vive pour Nicolas Mazurier, qui avait pris en décembre 2019 la succession de Nicolas Lebas, maire de Faches depuis près de vingt ans parti tenter sa chance à Lille. Un passage de témoin acrobatique sanctionné par l'électorat à la surprise générale. « Quelques-uns de ses colistiers, très présents sur les réseaux sociaux, semblent encore vouloir rejouer le premier tour », relève Patrick Proisy. Nicolas Mazurier (qui n'a pas souhaité répondre à Mediacités) semble s'être peu à peu résolu à la concertation. Fin avril, il a invité son adversaire en mairie. Les deux hommes ont travaillé, avec des membres des services municipaux, sur la réouverture des écoles et d'autres échanges sont programmés.

Reste l'épée de Damoclès, suspendue au-dessus de toutes les communes de France : et si le 1er tour des municipales était finalement annulé ? La perspective est peu crédible. Mais si tel était le cas, il n’est pas sûr que la paix des braves persiste à Faches-Thumesnil...

Résultats du premier tour
Taux de participation : 34,71 %
Patrick Proisy (Union de la gauche) : 53,02 % (2 123 voix)
Nicolas Mazurier (Divers-droite) : 46,98 % (1 881 voix)

Comines : le pouvoir donne des vertiges

Bidule masque2Comme ces matches de foot qui se dénouent dans les arrêts de jeu, l'élection municipale à Comines pourrait se renverser en cours de confinement. Alexis Houset, candidat centriste arrivé d'un chouia en tête le 15 mars, s'interroge sur le fait… d'aller au bout de la partie. Et n’hésite pas à se dire plus intéressé par la « manufacture locale de masques » qu'il a lancée ! Les raisons de ses hésitations ne sont pas très claires : l'engagement dans le scrutin lui a coûté beaucoup d'énergie (et de l'argent) qu'il n'est pas sûr de pouvoir remobiliser ; des débats traversent son équipe ; et puis, ce temps qui passe...

De fait, la montre semble jouer en faveur d'Alain Detournay, le maire divers-droite sortant. Après avoir senti passer le vent du boulet, le maire est resté en fonction « par la force des choses ». « Pour moi, la campagne est arrêtée », affirme-t-il. La gestion de la crise sanitaire ne lui offre-t-elle pas une chance de restaurer son image et de convaincre les électeurs abstentionnistes du 15 mars ? « Oui et non, réplique-t-il, bonhomme. Etre en première ligne dans de telles circonstances, c'est aussi s'exposer à de vives critiques. »
Le climat délétère explique, selon lui, qu'aucun contact n'ait eu lieu entre la mairie et les prétendants au gouvernement de Comines. Anne-Natacha Leroy-Pietrzak, arrivée en 3e position le 15 mars, s'inquiète de l'improbable situation : « Il ne faudrait pas que l'équipe sortante profite de cet entre-deux tours à rallonge pour réorienter des projets. Je ne trouverais pas ça très honnête. » A quand le coup de sifflet final ?

Résultats du premier tour
Taux de participation : 36,61 %
Alexis Houset (DVC) : 37,61 % (1 286 voix)
Alain Detournay (DVD) : 37,38 % (1 278 voix)
Anne-Natacha Leroy-Pietrzak (DVC) : 25,01 % (855 voix)

Tous les résultats du 1er tour dans les villes de la MEL

Armentières : le maire sur sa lancée

Bidule masque2Il assume le recours aux « circuits courts ». Rien à voir avec l'avitaillement de la commune en fruits et légumes. Ce qu'évoque le maire PS d'Armentières, Bernard Haesebroeck, ce sont les décisions rapides qu'il a prises au début du confinement « pour assurer le maintien des principaux services municipaux ». Deux mois plus tard, rien ne semble avoir changé à Armentières, où le maire sortant se trouve en ballotage favorable au terme du premier tour. Les procédures liées aux ventes de logements, par exemple, sont instruites tout comme les permis de construire.

« Je ne suis certes pas réélu mais je suis investi et en pleine responsabilité jusqu'à ce que l'élection se conclut », indique Bernard Haesebroeck. S'abstient-il au moins de faire avancer des dossiers controversés ou contestés par certains habitants durant cette période spéciale ? « L'opposition ne m'a pas fait part de tels sujets », répond-il du haut de ses douze ans de mandature. Il est vrai que l’opposition municipale demeure étonnamment silencieuse. Lors du conseil municipal organisé le 30 avril (en présence physique de quelques élus, les autres étant en visioconférence), le représentant de la droite, Michel Plouy, n'a émis aucune critique sur la gestion de la crise par le maire. Pas plus que les élus du PCF

La seule voix discordante est venue de Dominique Bianchi, l’ancien adjoint de la majorité entré en dissidence. Début mai, il s'est élevé contre la reprise de l'activité scolaire, décidée par le maire seul « sans consultation préalable des habitants, ni vote des élus ». Pas de quoi émouvoir, semble-t-il, le premier magistrat de la ville…

Résultats du premier tour
Taux de participation : 37,76 %
Bernard Haesebroeck (PS) : 37,60 % (2 343 voix)
Michel Plouy (DVD) : 23,86 % (1 487 voix)
Arnaud Marié (PCF) : 17,28 % (1 077 voix)
Dominique Bianchi (DVG) : 13,48 % (840 voix)
Alexandre Lodigeois (RN) : 7,78 % (485 voix)

Villeneuve d'Ascq : Gérard Caudron bichonne ses aînés… moins ses opposants

Bidule masque2A plus de 75 ans, Gérard Caudron ne prend aucun risque de croiser le virus. Confiné dans sa maison de la Cousinerie, il ne sort guère que pour faire quelques courses et gère « sa » ville à distance. L’inamovible maire de Villeneuve d’Ascq est en liaison permanente avec son premier cercle composé de Marie-Christine Huguet, sa fidèle directrice générale des services (DGS), Maryvonne Girard, sa première adjointe, Sylvain Estager, son adjoint aux Finances, et Stéphane Vatan, le directeur du Centre communal d’action sociale (CCAS). Cette « Caudron team » porte une attention toute particulière aux aînés villeneuvois depuis le début du confinement. Coups de téléphone, livraisons de repas… Une bienveillance dont ne bénéficie pas l’opposition.

La centriste Florence Bariseau a bien essayé de lui souffler quelques propositions : la garde des enfants élargie aux policiers municipaux, l’appel à des couturières bénévoles, la mise en lien des bailleurs sociaux et du CCAS… Avant de se faire remballer sur le thème : « Vous avez vraiment besoin d’exister ». L’écologiste Pauline Segard, surprenante 2e au soir du 1er tour municipal, a eu beau interpeller Gérard Caudron sur la situation sanitaire des Roms, ce dernier lui a fait répondre par Sylvain Estager, dont on dit qu’il pourrait lui succéder en cours de mandat…

« Je travaille 10 heures par jour, 7 jours sur 7, en essayant de laisser "les mouches du coche" à leur place », nous a répondu Gérard Caudron par mail. Avant de nous renvoyer à ses « Carnets » publiés chaque semaine, depuis de longues années, sur son blog pour apprendre comment il vit cette période de réclusion. Entre citations de Victor Hugo et de Marcel Proust, réflexions sur Sénèque ou sur… les incohérences de l’Etat, on y apprend qu’il pourrait ne pas se représenter aux élections si l’on devait rejouer les deux tours. Une minauderie qui n’étonne plus personne à Villeneuve d’Ascq, tant ce refrain a déjà été chanté par l’artiste. Sauf à considérer que le confinement peut vraiment vous changer un homme.

Résultats du 1er tour
Participation : 32,43 %
Gérard Caudron (divers gauche) : 46,60 % (5 738 voix)
Pauline Ségard (écologiste) : 19,22% (2 366 voix)
Florence Bariseau (centre) : 19,16% (2 359 voix)
Gabriel Amard (La France insoumise) : 8,19% (1 008 voix)
Frédéric Cerdobbel (Rassemblement National) : 5,67% (698 voix)
Pascale Rougée (Extrême gauche) : 1,16% (143 voix)

Seclin : un conseil municipal imposé dans la douleur

Bidule masque2Il a fallu que l’Etat s’en mêle. Dans un courrier du 17 avril, le préfet a dû rappeler au maire communiste de Seclin Bernard Debreu qu’une ordonnance l’obligeait à convoquer un conseil municipal si un cinquième de ses conseillers en faisaient la demande. Une petite victoire pour l’opposant divers-droite François-Xavier Cadart, à l’origine de cette intervention préfectorale. Le 15 mars dernier, cet avocat de 48 ans virait en tête au premier tour. A 16 voix près ! Le voici à deux doigts de faire tomber le dernier bastion rouge de la métropole, tenu par le PCF depuis… 1929.

Alors forcément, quand, au lendemain du confinement, François-Xavier Cadart a vu les fidèles adjoints du maire joindre au téléphone, un à un, les Seclinois de plus de 70 ans pour les informer de la mise en place d’un numéro vert, son sang n’a fait qu’un tour : « J’ai demandé à intégrer le comité de pilotage de ce numéro vert, afin de m’assurer que Bernard Debreu ne profitait pas de la situation à des fins électorales. » En vain.

Parce qu’il restait sans réponse, l’opposant en a alors appelé au préfet. Et le jeudi 30 avril, un conseil municipal s’est donc tenu en mairie, en présence des six présidents de groupe affublés de masques. Le tout dans une ambiance d’apparence courtoise. « J’étais serein à l’extérieur, mais ça bouillait à l’intérieur », confie Bernard Debreu, pour qui cette demande de conseil s’apparente à une « opération électorale ». « Dans la situation actuelle, se réunir physiquement n’était pas sérieux », poursuit le maire, qui assure avoir été transparent sur ses actions : appel aux couturières bénévoles pour faire des masques, aide du service jeunesse à la crèche de l’hôpital de Seclin, réouverture des marchés et des cimetières…

« La crise du Covid ne fait qu’accentuer le mode de gestion autocratique du maire, juge à l’inverse Alain Fruchart, adjoint à l’Environnement entré en dissidence. On découvrait des choix budgétaires, des permis de construire au dernier moment. » Discours similaire chez Didier Serrurier, ex-socialiste, adjoint à la Culture, qui, en se présentant contre Bernard Debreu en mars, a achevé de faire exploser la majorité. « Comme d’ordinaire, il a géré la crise de manière partisane, avec le seul groupe PC », assène-t-il.

En décrétant « l’union sacrée face au Covid », Bernard Debreu ne tenait-il pas l’occasion de renouer les liens avec ses ex-adjoints devenus adversaires ? « Je ne crois pas qu’ils en aient envie », souffle-t-il. « Quand il est piqué au vif, sa fierté l’emporte sur tout, objecte François-Xavier Cadart. Il ne se rabaissera jamais à refaire des alliances. Il préfère utiliser la crise pour se présenter en sauveur. » Heureusement que le préfet veille...

Résultats du 1er tour
Taux de participation : 48,15 %
François-Xavier Cadart (divers-droite) : 40,58 % (1 625 voix)
Bernard Debreu (PC) : 40,18 % (1 609 voix)
Didier Serrurier (divers-gauche) : 10,16 % (407 voix)
Alain Fruchart (écologistes) : 9,06 % (363 voix)

Ronchin : black-out et confinement

Bidule masque2De Clemenceau à De Gaule, les situations de crise révèlent de grands hommes. Cela sera-t-il le cas à Ronchin… toute proportion gardée ? Fin avril, de nombreux Ronchinois ont reçu un mail ou un message Whats App pour s’investir dans une collecte intitulée « cabas solidaire » à destination des plus démunis. Une initiative soutenue par la municipalité et signée Jérémy Cadart. Patron de la section locale du PS, le fils de Colette Verhaeghe - ex-adjointe déléguée à l’action sociale et compagne du maire Patrick Geenens - était déjà très actif lors de la campagne municipale, qui a vu la victoire sans appel de son beau-père. « Le maire voudrait faire monter son beau-fils pour lui transmettre le flambeau en cours de mandat qu’il ne s’y prendrait pas autrement », grince un conseiller municipal.

Patrick Geenens refuse de s’exprimer sur ce sujet. Pas plus que sur les difficultés posées par une situation ubuesque où, en attendant la séance d’installation du nouveau conseil municipal, des conseillers de l’opposition figurent dans la majorité (les ex-opposants centristes ont rallié Patrick Geenens) et les adjoints de la majorité sont dans l’opposition (les ex-adjoints Verts ont fait cavalier seul en mars et perdu dès le 1er tour). « Franchement, j’ai autre chose à faire que polémiquer avec Mediacités », nous explique-t-il.

Sa toujours 4ème adjointe, l’écologiste Virginie Drapier, future chef de file de l’opposition, n’a pas reçu davantage de réponse de la part de Patrick Geenens. Interrogée par Mediacités, elle déplore « une gestion de la crise sans concertation avec les élus du conseil municipal, sans proposition d'échanges par visio et sans information sur les actions et les frais engagés ». Dont acte !

Résultats 1er tour
Taux de participation : 31,48%
Patrick Geenens (PS) : 52,46% (1 899 voix)
Virginie DRAPIER (EELV) : 30,17% (1 092 voix)
Jean-François PYL (LFI) : 17,38% (629 voix)

A Mons-en-Baroeul, une cellule de crise en duetto

Bidule masque2Inutile de chercher la tribune dévolue à l’opposition dans le journal municipal monsois du mois de mai, il n’y en a pas ! Absent de la bataille municipale faute d’avoir pu constituer une liste à droite, Jérôme Garcia n’a pas été sollicité. Quant à Timothée Lebon, conseiller municipal EELV et adversaire du maire sortant Rudy Elegeest à la tête d’une liste Verts-Insoumis, sa demande d’intervention écrite a été retoquée. « Vous n’êtes pas officiellement élu », lui a expliqué le maire. Rien qui n’étonne le désormais premier opposant municipal : « Quand j’étais dans la majorité, on n’était déjà pas associés aux décisions. »

La crise du Covid n’aurait fait qu’accentuer la pratique très solitaire du pouvoir de Rudy Elegeest, indiquent ses adversaires. Une gouvernance en réalité bicéphale. Pour gouverner, le maire s’appuie beaucoup sur son premier adjoint aux Finances, Francis Bossut, professeur de gestion tout comme lui. « Un vieux couple parfaitement complémentaire, avec un roi qui prend la lumière et un Richelieu, gros bosseur, qui accepte de rester dans l’ombre », décrypte un observateur de la vie monsoise. Un G2 plus que jamais à la manœuvre en raison des absences du directeur de cabinet et du directeur général des services. Le premier, Ludovic Broquart, est parti en janvier 2019 monter une boîte de communication ; le second, Jean-François Lavoine, est décédé brutalement à 55 ans en janvier dernier et n’a toujours pas été remplacé.

Le 1er mai au matin, Rudy Elegeest a présenté ses mesures spéciales Covid lors d’une allocution enregistrée : doublement de l’allocation municipale d’habitation, distribution de bons d’achat pour les familles les plus modestes... Le tout pour un coût de 100 000 euros. Face au duo ultra efficace Elegeest-Bossut, quel rôle pour les autres adjoints ? « Vouer une reconnaissance éternelle au chef qui a bien voulu les accepter », résume Marc Toutin, ex-adjoint au Développement durable, lui aussi en rupture de ban. « Pas de réponses à nos courriers, pas de réunion des présidents de groupe… La gestion pyramidale de Rudy Elegeest est une caricature », attaque Thimothée Lebon qui se dit très inquiet dans le cas où le maire de Mons-en-Baroeul deviendrait président de la Métropole Européenne de Lille, comme il l’ambitionne. « Une fois élu, ses soutiens n’en entendront plus parler », tacle-t-il.
Face à ces reproches, Rudy Elegeest met en avant les 200 réunions publiques organisées depuis dix ans à Mons. « Pour tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage, poursuit-il. Tout cela est tristement banal quand on veut justifier une dissidence. Je n’ai pas de leçons à recevoir d’un parti hyper centralisateur comme La France Insoumise. » A Mons, le mètre de distance sera bienvenu pour les prochains conseils municipaux de l’après confinement…

Résultats du 1er tour
Taux de participation : 33,49%
Rudy ELEGEEST (Div. G.) : 68,54% (2 799 voix)
Timothée LEBON (Div. G.) : 31,46% (1 285 voix)

Baisieux : un téléphone rouge entre vainqueur et vaincu

Bidule masque2Ne surtout pas être rancunier. Et rester mobilisé pour des administrés… qui vous ont sèchement indiqué la porte de sortie. Battu le 15 mars mais toujours en poste en attendant l’installation du conseil municipal sorti des urnes, Paul Dupont fait le job. Contraint et forcé, après 37 ans dans la majorité, comme adjoint de Francis Delrue, puis comme maire depuis 2016. « Ce n’est pas la période la plus facile de ma vie, reconnaît l’intéressé. Mais je fais fi de mes ressentiments naturels et travaille pour l’intérêt général. »

Depuis le début du confinement, chaque lundi à 14 heures, le maire défait a rendez-vous téléphonique avec son tombeur, Philippe Limousin, novice en politique. Durant environ deux heures, l’ex et le futur maire se mettent d’accord sur les actions à mener. Le lendemain, Paul Dupont envoie le compte-rendu de leur entretien à son successeur. Ce dernier l’amende et donne son feu vert avant qu’il ne soit envoyé aux élus de l’ancienne et de la nouvelle majorité. « Paul Dupont intègre mes remarques. C’est de plus en plus consensuel entre nous », témoigne Philippe Limousin.

A l’écouter, ce dernier n’a dû hausser le ton qu’une fois. C’était pour réclamer qu’un courrier soit envoyé aux Basiliens les plus âgés pour les informer de la présence de la mairie et du CCAS en cas de besoin. Paul Dupont jugeait la mesure inutile car, « dans un village comme Baisieux, les voisins et les enfants s’occupent suffisamment de leurs aînés ». Insistance de Philippe Limousin, désireux de prendre le contre-pied d’une majorité sortante qui fut critiquée pour son manque de communication. Notamment sur le projet avorté de préemption de zones agricoles dont Mediacités s’était fait l’écho ; ou sur ce chantier de lotissement Les Allées du Manoir ayant viré à la mauvaise farce.

Une fois le confinement levé et le nouveau maire intronisé, Paul Dupont laissera à d’autres le siège d’opposant qui lui revient. Défection identique pour Francis Delrue, maire de Baisieux de 1983 à 2016 qui occupait la 3ème place de la liste. Ne pas être rancunier d’accord. De là à continuer à s’investir dans l’opposition après 37 ans de pouvoir, c’est un peu trop !

Résultats du 1er tour
Participation : 47,32 %
Philippe Limousin : 56,62 % - 21 sièges.
Paul Dupont : 43,37 % - 6 sièges