En France comme à Lille, l’écologie est dans toutes les bouches et tous les programmes. Les bétonneurs d’hier seraient devenus les fers de lance de l’environnement. Oubliés Lillenium, Euralille3000 et autre îlot Pépinière enseveli par la promotion immobilière. Parmi les candidats qui étaient hier au pouvoir, place sera faite aux coeurs de verdure” (Violette Spillebout), aux “places vertes” (Stéphane Baly) et aux “oasis urbaines” (Martine Aubry). Mais derrière les verbes hauts et les postures parfois martiales, leurs programmes passent à côté de l’essentiel.

Il n’y a pas dix, cinq, ni même deux endroits à Lille où offrir 23 hectares de nature et de répit aux habitants, et notamment aux plus modestes du sud de la ville ; où développer une production alimentaire ; où expérimenter face à l’urgence et à l’incertitude. Les 23 hectares de la friche Saint-Sauveur en sont la dernière opportunité. Sa construction, sa densification immobilière, seraient irréversibles. Ces candidats peuvent tout promettre, et même des “éco-brumisateurs” en cas de canicule (Martine Aubry), pour autant ils ne saisissent pas la rupture qui s’impose et que permet Saint-Sauveur.

Nous devons prendre la parole car les demi-mesures et les stratégies électoralistes nous consternent. Dans un monde en plein bouleversement climatique, dans une région étouffée aux particules fines, dans la ville la moins verte de France, ces candidats hier aux manettes s’obstinent, soit dans la densification du béton et de leurs nuisances associées, soit dans des éléments de langage tortueux pour ne pas décider.

Qui un grand espace de nature sur Saint-Sauveur gêne-t-il à part les promoteurs immobiliers ? Même New York, avec 17m² d’espaces verts par habitant, fait mieux que Lille (14m²). Lille est déjà une des grandes villes les plus denses de France. Les abords de Saint-Sauveur dépassent déjà les seuils réglementaires aux polluants atmosphériques. Les habitants du quartier Moulins vivant près du périphérique subissent déjà ses pollutions en plus d’un urbanisme dense et dégradé. Pourtant depuis cinq ans, les tours de logements et de bureaux s’érigent à cet endroit précis. Même sans Saint-Sauveur, il faudrait déjà prendre des mesures écologiques radicales et changer de modèle d’urbanisation.

Un recours juridique a permis de geler le projet Saint-Sauveur. Avec les élections municipales, il est temps d’enterrer définitivement ce projet dépassé pour rendre l’actuelle friche à la nature et aux habitants. Pour marquer un point d’arrêt dans la manière d’envisager la ville. L’annulation du projet Saint-Sauveur est un symbole politique que nous attendons autant qu’une décision concrète pour un monde qui ne soit plus dominé par la logique de métropolisation et de construction illimitée sur un territoire limité. Un monde en rupture avec les politiques « d’attractivité » ou de « rayonnement », la course démographique, les grands projets imposés.

Soyons à la hauteur des enjeux écologiques actuels. Pour une ville vivable, densifions la nature sur Lille en exigeant zéro construction sur Saint-Sauveur.

Liste des premiers signataires :

Cette tribune, rédigée à l’initiative de l’association P.A.R.C. Saint-Sauveur est soutenue par : 

Hélène Allée, coprésidente d’Entrelianes ; Aurélien Ambach Albertini, comédien ; Jacques Bonnaffé, comédien ; Alice Canabate, sociologue et vice-présidente de la Fondation d’Écologie politique ; Vincent Cattiau, président des Amis de la Terre Nord ; Myriam Cau, urbaniste ; Damien Charabidze, chercheur spécialiste des insectes ; Gilles Clément, jardinier-paysagiste-botaniste ; Alain Damasio, écrivain ; Melia Delplanque, architecte et présidente de l’association les Saprophytes, Grégory Derville, maître de conférences en science politique à l’Université de Lille ; Fabien Desage, enseignant-chercheur en science politique à l’Université de Lille ; Guillaume Faburel, géographe-urbaniste ; Vincent Farasse, auteur ; Fabrice Flipo, professeur de philosophie sociale et politique ; Jean Gadrey, économiste et membre d’Attac ; Dominique Gaudin-Müller, critique d’architecture, secrétaire de l’association Frugalité heureuse et créative ; Alessandro di Giuseppe, comédien et Pap 40 ; Camille Goirand, professeure de Science politique à l’université Paris-Sorbonne ; Martin Granger, artiste ; Alan Guillou, responsable des Planteurs Volontaires ; Nina Hautekeete, écologue ; Charles Hervé-Gruyer, paysan à la Ferme du Bec Hellouin ; Christelle Hinnewinkel, maître de conférence en géographie ; Emmanuelle Huynh, chorégraphe ; Antoine Kubiak, architecte ; Christophe Laurens, architecte-paysagiste ; Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’Université de Lille ; Elisabeth Lobry, présidente d’EcoLoos ; Philippe Madec, architecte urbaniste co-fondateur de la Frugalité Heureuse et Créative ; Fred Martin, plasticien ; Corinne Masiero, actrice ; Matthieu Meerpoel, enseignant-chercheur en droit de l’environnement ; Corinne Morel Darleux, autrice et militante écosocialiste ; Violaine Mussault, architecte-paysagiste (Scop les Saprophytes) ; Fabrice Nicolino, journaliste ; Dominique Quélen, poète ; Patrice Robin, écrivain ; Sandrine Rousseau, ancienne vice-présidente EELV du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais ; Cemil Şanli, artiste-reporter-youtuber ; Agnès Sinaï, journaliste ; TomJo, auteur ; Alain Vaillant, président de Nord Nature Environnement ; Cyril Viallon, danseur-chorégraphe ; Cécile Vignal, maître de conférences en sociologie à l’Université de Lille ; Daniel Wgeux, président de Santes Nature.

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Point final.

2 COMMENTAIRES

  1. l’écologie n est peut être pas le meilleur ami des gens mais merci aux “prometteurs journalistes” en formation qui me permettent de lire cet article complètement sans être abonné ….. Pourquoi n est il pas possible d’avoir un débat apaisé sur l’évolution de cette zone? Qui doit décider ? Nos élus ou chaque citoyen selon ses opinions, ses combats légitimes ou autre ou simplement ses intérets particuliers ?

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