Dans un communiqué, le Club de la presse de Lyon s’est ému que Jean-Michel Aulas sélectionne les médias invités à couvrir un événement public de sa campagne. Comme Mediacités peut en témoigner, l’homme d’affaires, qui brigue la mairie de Lyon, entretient avec la presse des relations qui posent question.
«La presse encore une fois triée par le candidat Jean‐Michel Aulas ». Ce mercredi 4 février, dans un communiqué, le Club de la presse de Lyon a haussé le ton face à l’homme d’affaires qui brigue la mairie de la ville. En cause : le choix d’avoir tenu plusieurs médias à l’écart d’un événement de campagne – en l’occurrence une déambulation de Jean‐Michel Aulas dans le quartier La Duchère en compagnie de Jean‐Louis Borloo venu le soutenir.
Mediacités faisait partie, sans surprise [lire plus bas], des « non‐invités », au rang desquels on comptait également Le Monde, Libération, Tribune de Lyon, Rue89Lyon, Lyon Décideurs, Lyon Capitale ou encore L’Arrière-Cour. « Tous les médias lyonnais doivent être traités sur un pied d’égalité au nom du respect du pluralisme des médias », tance le Club de la presse.
La goutte d’eau
En réalité, l’épisode constitue l’énième entorse du candidat Aulas et de son équipe aux us et coutumes qui régissent les relations entre la presse et le monde politique en démocratie. La goutte d’eau… au point qu’une dépêche AFP s’est faite l’écho du coup de gueule du Club de la presse, obligeant le staff de Jean‐Michel Aulas à réagir.
« Il existe une confusion entre le fait de “trier” des médias et celui d’adapter les formats de presse à la nature des événements. Une déambulation de terrain n’a pas vocation à accueillir l’ensemble des rédactions, contrairement à un meeting ou à une conférence de presse », s’est justifiée l’agence de communication 2017, qui orchestre la campagne du multimillionnaire.
Ah bon ? Outre qu’à Mediacités, nous contestons cette conception à géométrie variable de la couverture médiatique d’une campagne électorale, nous pouvons attester que notre rédaction n’a jamais été prévenue et encore moins invitée à une conférence de presse du candidat ou à un autre événement.

Opération séduction
Tout avait pourtant si bien commencé… Alors qu’il n’était pas encore officiellement candidat, début septembre 2025, Jean‐Michel Aulas avait tenu à rencontrer les journalistes de Mediacités Lyon, suite à un mot dans un article qui lui avait déplu (nous avions alors écrit qu’il manquait de « vision »).
Toujours ouverts aux échanges, nous avions accepté le principe d’une discussion à bâtons rompus et son collaborateur Roman Abreu, de l’agence 2017, avait organisé un déjeuner dans un restaurant, auquel Mathieu Périsse et Nicolas Barriquand, auteur de ces lignes, avons participé – chacun a payé sa part. Jean‐Michel Aulas nous avait alors exposé les raisons de son entrée en politique et son diagnostic de l’état de la ville de Lyon, mais sans entrer dans les détails.
Passée cette opération séduction, arrive son grand meeting de campagne, le 26 septembre, dans le quartier de la Confluence. Sans avoir été invités et, donc, sans avoir été accrédités en amont (ce qu’une petite main de la campagne nous reprochera à l’entrée), nous nous y rendons et publions, le soir même, un compte‐rendu de l’événement.
Pour son entrée en scène, Jean‐Michel Aulas franchit un cap dans l’écolo-bashing
Moins de vingt‐quatre heures plus tard, message courroucé de son responsable de communication qui nous reproche notre analyse du meeting et nous dispense, par SMS, une leçon de déontologie… Précision loin d’être inutile : malgré une quinzaine d’années de journalisme (notamment de journalisme politique) au compteur, c’est le premier échange de ce genre auquel nous avons été confrontés.
Echo à d’autres pratiques
Depuis, Roman Abreu répond à nos messages quand nous le sollicitons sur tel ou tel sujet, mais Mediacités est tenu à l’écart de toute communication de la campagne Aulas (pas de communiqué de presse, pas d’invitation aux conférences de presse…). Et nous sommes donc loin d’être les seuls.
Le correspondant lyonnais du Monde s’en est fait l’écho, en novembre dernier, à l’occasion du procès intenté par l’ex-président de l’Olympique lyonnais contre d’autres confrères, de Rue89Lyon. Le média en ligne Arrêt sur images a aussi consacré une enquête en deux volets, ces derniers jours, aux relations problématiques de « JMA » avec la presse. Son autrice rappelle, à juste titre, qu’elles étaient déjà complexes quand le candidat était patron de club de football.
Cela n’excuse en rien la façon dont Jean‐Michel Aulas conçoit la place de la presse dans sa campagne. Ni n’augure rien de rassurant dans l’hypothèse où il deviendrait maire de Lyon en mars prochain. Sélectionner les journalistes qui ont accès à un candidat lors d’événements publics n’est pas acceptable en démocratie. La pratique fait écho à d’autres qu’on pensait cantonnées à l’extrême droite. Le Rassemblement National est en effet coutumier de l’exclusion de journalistes de ses événements, comme ce fut le cas lors des législatives de 2024 pour un membre de la rédaction de Mediacités (Mathieu Périsse).
« Les conditions d’exercice du métier de journaliste ne touchent pas seulement des individualités dans toute leur diversité, mais surtout un principe démocratique essentiel, celui de la liberté d’informer et d’être informé », rappelle dans son communiqué le Club de la presse. Autrement dit, quand bien même Jean‐Michel Aulas n’apprécie pas tel ou tel journaliste, ce n’est pas une raison pour l’empêcher de faire son travail. Une évidence, qui malheureusement n’en est plus une pour tout le monde.
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