La Boissière, un quartier populaire en chantier

La Boissière, c’est un quartier du nord de Nantes. Un quartier bâti rapidement dans les années 1950 et dont les bâtiments accusent aujourd’hui le poids des ans. Un quartier populaire, avec ses difficultés économiques et sociales, ses problèmes d’isolement ou de trafic. Un quartier vivant, où naissent des initiatives, se tissent des solidarités. Un quartier dont les fragiles équilibres vont être bouleversés par un projet de renouvellement urbain.

Alors que le chantier débute, Mediacités a décidé d’y poser ses valises. Pendant un an, nous allons suivre la manière dont il affecte la vie de ses habitants, mettre en parallèle la grande transformation structurelle et la banalité du quotidien. Un travail au long cours, à la croisée des enquêtes journalistique et sociologique, pour échapper aux clichés sur la vie de quartier et raconter un monde qui change.

Le quartier en chiffres

Selon l’INSEE, 2636 personnes habitent le micro-quartier de la Boissière. 27% de la population a moins de 20 ans (moyenne nantaise 23%) et 19% est âgée de 60 ans et plus (moyenne nantaise 19%). Comme les autres quartiers prioritaires au sens de la Politique de la Ville, la Boissière est marquée par la jeunesse de la population, même si le territoire est progressivement rattrapé par un phénomène de vieillissement. 40% des ménages habitent le même logement depuis 10 ans ou plus.
L’ancienneté moyenne dans le logement est de 12 ans. Les quartiers populaires connaissent une mobilité résidentielle moins importante que le reste de la ville. A Nantes, 31% des ménages occupent leur logement depuis 10 ans ou plus et l’ancienneté moyenne est de 10 ans.77% des ménages de la Boissière résident dans le parc social locatif, en immeubles. Ces derniers forment un îlot bordés de petits pavillons qui ont longtemps appartenu à des familles ouvrières avant d’être vendus ces dernières années, entraînant un début de gentrification. Nantes connait un essor démographique important avec près de 18000 nouveaux habitants entre 2012 et 2017. Cette poussée s’accompagne d’un développement économique dont les territoires prioritaires ne bénéficient pas. A la Boissière, 35% des habitants âgés de 15 ans et plus n’ont aucun diplôme ou un brevet des collèges (moyenne nantaise 18%). La part des actifs occupés parmi la population active est de 48% (moyenne nantaise 60%). Un ménage sur deux vit en dessous du seuil de pauvreté à 60% du revenu médian.

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Qui sommes-nous ?

Sur le quartier, on nous appelle “les filles”. Depuis l’hiver 2020, on sillonne le quartier. On est connues et reconnues. L’enregistreur avec sa bonnette à poils, le carnet de notes et les sweat siglés “sociologues” nous ont aidé à faire notre place. Sociologues, nous avons construit notre carrière à la marge du monde académique. Enseignantes dans des formations de l’enseignement supérieur destinées à des non-sociologues. Engagées dans des recherches portées par des structures associatives. Prestataires pour des recherches actions auprès de commanditaires publics. Ce projet d’enquête ethnographique à la Boissière poursuit cette envie commune de faire de la sociologie autrement et plus collectivement.
Pour ce projet documentaire, nous travaillons aussi avec la photographe Armandine Penna. Ainsi, en parallèle de nos photos prises au fil de notre immersion sur le terrain, vous pourrez découvrir son travail. Cette démarche rompt avec l’anonymat qui est habituellement la règle dans toute enquête sociologique, mais on espère qu’elle contribuera à donner un visage aux habitants et habitantes à qui nous donnons la parole.
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Le projet

En janvier 2020, nous débutions une enquête ethnographique sur le territoire de la Boissière à laquelle nous avons donné très rapidement la forme d’un podcast, La bonne cage, dont le développement a été soutenu dans le cadre du Contrat de ville Nantes Métropole.
Notre intention est de sortir des clichés sur les quartiers populaires en racontant le quotidien des habitants en faisant entendre leurs propres voix. Notre fil directeur tout au long de l’année 2020 a été celui des saisons. Cet été une opération sur les réseaux de chaleur a inauguré le début d’un chantier de grande ampleur sur la Boissière. L’envie de le raconter nous a poussé à réfléchir à d’autres espaces de narration que Médiacités nous a donné l’occasion de concrétiser. Nous nous inscrivons dans une tradition de l’enquête sociologique-journalistique, dans le souci de tenir ensemble la portée critique de la sociologie et la capacité à faire connaître du journalisme.
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Une année à La Boissière : avant les travaux, mettre des vies en carton

Nantes [ÉPISODE 2] En ce début d’année, dans ce quartier populaire du Nord de Nantes en pleine rénovation urbaine, on fait, défait, refait des cartons. Même si c’est surtout l’incertitude qui domine : personne ne sait vraiment quand les travaux autour du centre commercial vont commencer.

Un an d’enquête à la Boissière, à Nantes : une plongée au “bout du monde”

Nantes À Nantes Nord, le nom des territoires indique qu’on arrive aux confins de la ville : Bout-des-Pavés, Bout-des-Landes... Quant à celui de “Boissière”, il évoque un espace sauvage. Construit rapidement au sortir de la guerre, le quartier fait aujourd'hui l'objet d’un vaste projet de rénovation urbaine. Une opération qui vient percuter le quotidien des habitants.

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Portraits d’habitants

Christine de la résidence autonomie

Christine a 65 ans. Elle a déménagé dans une résidence-autonomie à l’est de Nantes le 15 mars, la veille de l’annonce officielle du confinement. Elle en faisait la demande depuis 3 ans car elle voulait anticiper à tout prix sa vieillesse et les effets engendrés par la maladie neurodégénnérative dont elle est atteinte.

Ainsi, après avoir vécu toute sa vie dans le quartier Nord, elle se retrouve parachutée dans un nouveau logement, sans connaître ni ses voisins, ni le quartier. Ancienne cuisinière en cuisine centrale, elle a hâte de pouvoir à nouveau recevoir chez elle et tester de nouvelles recettes. Depuis quelques mois, elle trouve le temps long et tourne en rond. Alors, dès qu’elle le peut, elle prend le bus et vient « faire un petit tour à la Boissière » pour voir ce qu’il se passe à l’Escale, au centre social. Le midi, elle va souvent manger au CAPS et y retrouve Annie.

Quand on lui demande sa playlist , Christine nous dit de mettre Le France de Michel Sardou car son père travaillait sur les chantiers de construction naval à Saint Nazaire.

Annie

Annie avait 16 ans quand elle a rencontré son mari qui en avait 20… Mais très vite après leur rencontre, Michel est parti faire la guerre d’Algérie et ils se sont mariés à son retour, et ont eu 4 enfants. Plus de 60 ans après, ils sont toujours mariés, mais la maladie d’Alzheimer est entrée violemment dans leur couple il y a 4 ans. Annie est désormais complètement dévouée à son mari «qui oublie tout» et a progressivement renoncé à beaucoup de ses activités à l’Escale et au centre social pour «rester à ses côtés la journée». La seule activité qu’elle s’autorise, c’est d’aller au CAPS, le restaurant associatif situé sur le quartier : elle y vient tous les matins pour aider à la pluche des légumes, son mari à côté d’elle.

Quand on lui demande sa playlist, Annie nous parle de variété française, de l’amour de la chanson que lui a transmis son père et de sa tante qu’elle admirait beaucoup et qui l’emmenait voir des opérettes.